Portraits

Inondations : Pour l’architecte Frédéric Bonnet, le risque est un élément de projet urbain

Article paru sur Libération sous le titre original: Frédéric Bonnet : «La digue ne réduit pas le risque, elle le déplace», par Sibylle Vincendon

 

Face aux inondations, l’architecte Frédéric Bonnet propose la résilience : puisqu’on ne peut les éviter, il faut en intégrer le risque et se protéger en reprenant des habitudes anciennes comme habiter à l’étage, ou construire sur pilotis.


 
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A Souppes-sur-Loing, le 2 juin. Photo Cyril Zannettacci

 
Entre Loire et Seine, on n’avait pas vu un printemps aussi pluvieux depuis 1928. Fin mai, le pic de précipitations fait déborder la Seine et certains de ses affluents. Provins, Moret-sur-Loing, Villeneuve-Saint-Georges sont submergés tandis que des champs entiers disparaissent sous l’eau dans le Loiret et le Loir-et-Cher comme dans une dizaine d’autres départements et que l’autoroute A10, envahie d’eau, est impraticable. Au total, 1 358 communes auront été déclarées en état de catastrophe naturelle, les assureurs évalueront de leur côté la facture des dégâts à plus d’un milliard d’euros. Rien de tout cela n’était une surprise. Début janvier, Etat, collectivités, administrations et grands opérateurs de service urbain avaient effectué un exercice de simulation d’une crue centennale. Avec un mot d’ordre : on ne sait pas quand elle se produira, mais on sait qu’elle aura lieu. Dès lors que l’on est conscient de cela, faut-il renoncer à construire les zones où l’eau menace ? Ou faire avec le risque en bâtissant des quartiers résilients ? Dans le calme d’une situation revenue à la normale, la réflexion peut, enfin, démarrer.
 
Cofondateur de l’agence Obras et grand prix de l’Urbanisme 2014, Frédéric Bonnet propose une autre approche urbaine des catastrophes naturelles. Dans le cadre de la stratégie nationale sur la prévention des risques, il a participé à des ateliers sur cinq territoires. Dans un livre intitulé Atout risques, et sous-titré, Des territoires exposés se réinventent (éd. Parenthèses, 2016), il explique comment dépasser la simple interdiction de construire et faire de ces aléas un élément du projet urbain.
 
 


Comment le risque peut-il être un atout ?


 
Si on ne le prend que comme une contrainte, on n’avance pas beaucoup parce que l’on se heurte au mur des règlements alors que les règles n’ont jamais empêché de bâtir des constructions vulnérables. Historiquement, les villes se sont installées près des fleuves et des rivières mais la cité originelle était le plus souvent construite hors d’eau. Au XXe siècle, une forte expansion urbaine a eu lieu et ce dont nous avons hérité se trouve dans l’eau, c’est-à-dire dans le lit majeur du fleuve ou des rivières. Certaines communes d’Ile-de-France sont dans des zones 100 % inondables. Comme le lit majeur d’une rivière va d’un pied de colline à un autre pied de colline, c’est très vaste. Il faut prendre acte du risque et l’intégrer dans le projet urbain comme un élément de projet. Arriver à fabriquer la ville en tenant compte du risque et non pas en le niant.
 
 

Quelle est la part de la perte de mémoire dans ce déni ?


 
La culture du risque s’affaiblit. Dans les sociétés traditionnelles, les gens s’adaptaient. Dans les villages du bord de Loire, il y a encore des maisons où la vie se passe à l’étage. C’est culturel, on est habitué. Aujourd’hui, on est dans un phénomène de technophilie où l’on compense les problèmes par la technique.
 
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