Débats

Après la polémique de Grenoble, le street-artiste Goin réagit : « Je suis un insoumis qui a redonné à La Marseillaise son sens initial »

Létat-matraquant-la-liberté_Liberty-Down_Goin_2016-1920x849
 

Au coeur de la polémique depuis hier après le dévoilement de sa dernière fresque dans les rues de Grenoble, le street-artiste Goin a tenu à clarifier son message. De nombreuses voix politiques se sont en effet élevées ces dernières heures contre cette oeuvre réalisée dans le cadre du « Grenoble Street Art Fest ». La fresque qui représente une femme à terre, frappée par deux policiers anti-émeute et réussissant tout de même à tenir à bout de bras, un drapeau bleu-blanc-rouge en bien mauvais état n’est pas forcément ce que l’on croit selon l’artiste…

 
 

Votre fresque « L’Etat matraquant la liberté » a suscité de nombreuses réactions hostiles de la part de représentants politiques, Geneviève Fioraso appelant même à « l’effacer ». Comment expliquez-vous la radicalité de ces prises de position ?

 

Ces violentes réactions ne m’étonnent qu’à moitié vu l’état de la France en ces temps obscurs. Ce qui me choque le plus c’est la facilité avec laquelle ces politiciens ont oubliés toutes les valeurs de notre belle France. Il y à ici un conflit flagrant de générations… Nous en avons marre de ces politiques moyenâgeux qui nous dirigent. Ils ne voient même plus le désespoir de la population face à leur dictat.
Ils ne comprennent rien à l’art, à la vie et à l’amour. Ils ne connaissent que le 1er degré et nous éduquent ainsi à éviter toute réflexion profonde. Nous voulons être libres, nous voulons être frères, nous voulons pouvoir choisir autre chose que la marque de notre lave vaisselle; notre avenir !
 

Mais de manière générale, je trouve que les réactions sont exagérées mais je suis content que cela provoque le débat c’est le but de mon travail…Certains diront même de l’art.
Beaucoup de gens ne voient pas les bienfaits de l’art subversif et engagé pour notre société. C’est une arme d’évolution massive à ne pas négliger!

 
 

Quel est le message que vous souhaitiez faire passer à travers cette œuvre ?

 

Cette peinture est une allégorie de la violence du pouvoir avec l’utilisation du 49.3 qui met à mal notre « démocratie » et nos libertés fondamentales.
Le peuple à peur. La France veux se protéger… mais à quel prix ?
Au prix de perdre toute confiance du peuple ? de l’écraser au profit du capitalisme sauvage !
La soumission du pouvoir au totalitarisme marchand est une honte et une preuve de plus qu’ils ne font qu’accepter les règles du jeux que l’on leur donnent, alors que c’est eux qui devraient les faire ces règles !
 
 

Votre oeuvre ne comportait au départ pas de titre. Est-ce en voyant la polémique enfler que vous avez souhaité préciser votre idée en l’intitulant ainsi ?

 

« L’état matraquant la liberté / Liberty Down »
En effet, dès que j’ai vu que la mayonnaise commençait à mal tourner j’ai voulu apaiser le débat en précisant que ma fresque était une allégorie « Pouvoir VS Liberté » et non « Policier VS République ».

La violence de la scène représente bien la brutalité de ce qu’est le 49.3 dans une démocratie. Malheureusement, il y aura toujours des gens qui préféreront regarder le doigt plutôt que la lune…
 
 

Votre fresque n’est donc pas « anti-flic » ?

 

Je ne suis pas anti-flic et cette fresque non plus. La police représente dans cette peinture la violence que représente le 49.3 sur notre démocratie.
 
 

Comprenez-vous tout de même l’émotion des policiers ?

 

Oui mais il ne faut pas prendre cela personnellement. Au contact direct du peuple, ils représentent aussi l’État pour nous.
 
 

Tout cette polémique reflète-t-elle la société que vous dénonçez ?

 

Je dois avouer que oui. C’est peut-être finalement un test que j’ai fait pour voir si l’amour et l’espoir existent encore…Je suis un éternel optimiste au fond.
 
 

Le préfet demande même l’effacement de la fresque, qu’en pensez-vous ?

 

Cela m’attriste mais ne m’étonne pas. En ces temps troubles, nos libertés fondamentales sont remises en causes. On nous dit qu’il faudrait arrêter de s’exprimer parce que ça chauffe ces temps ? La liberté d’expression c’est pas seulement quand tout va bien, elle est inconditionnelle, elle est totale ou elle n’existe pas !
C’est une des bases fondatrices de notre pays et vous voudriez nous l’enlever ?

 
 

Autre chose à ajouter ?

 

Comme le disait Gainsbourg, « Je suis un insoumis qui a redonné à La Marseillaise son sens initial. »
 
 
 

Commenter l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Je déclare avoir pris connaissance et avoir approuvé la Charte de modération et j'accepte que ma réaction soit publiée sur le site Lumières de la Ville.