Portraits

Avant leurs Portes Ouvertes du 3-4 juin, on a tenté l’expérience des récits d’architectes : écologie, confort, sur mesure et urbanisme étaient au rendez-vous

Vous le savez surement, les architectes ouvrent leurs portes dans toute la France ce week-end du 3 et 4 juin. A cette occasion, en Ile de France, le Conseil Régional de l’Ordre des Architectes a organisé une petite visite à quelques privilégiés dont nous avons fait partie. Laissez nous vous conter l’histoire de bâtiments écologiques, de bibliothèques modulables et de cinéma d’art et d’essai pour saisir toutes les échelles dont un architecte se saisit, du fragment de ville au salon, du public au privé, du symbolique au quotidien.
 
L’agence Dumont Legrand précurseur de la construction en béton de chanvre


 
L’agence Dumont Legrand s’inscrit dans les préoccupations contemporaines du dérèglement climatique et de l’économie d’énergie. Pour se faire, celle-ci construit à partir de matériaux biosourcés, dixit des matériaux issus de la biomasse d’origine végétale ou animale. Mais leur grande originalité réside dans la matière elle même. Au delà des classiques bois, briques et pailles, l’agence a mis au point un béton constitué de fibres de chanvres (oui, oui, de la famille du Canabis) et de chaux. Car il faut savoir que le béton classique est en grande partie constitué de sable que l’on extrait par dragage du fond de la Manche. « Après l’air et l’eau, ce que nous consommons le plus n’est autre que le sable » nous confie Grégoire Dumont , l’un des deux fondateurs de l’agence. Or l’empreinte écologique de nos pays atteints de « la folie des grandeurs » est principalement due à l’acheminement par camions de ce sable vers son lieu de transformation.
 

En proposant l’alternative béton de chanvre, l’agence réduit l’empreinte carbone du processus d’édification de ses bâtiments, évite un désastre écologique sous-marin, établit des relations privilégiées avec les agriculteurs locaux et limite les consommations d’énergie de chauffage des résidents ! Explications :


 
« Le chanvre est une plante rustique (mauvaise herbe), à croissance très rapide et capable de pousser sans aucun entretien, et évidemment, aucun produit phytosanitaire. Grâce à un partenariat avec le Parc Naturel Régional du Gatinais, certains agriculteurs plantent du chanvre en rotation de cultures, moment où il est important d’enrichir et de laisser au repos la terre pour que la récolte suivante soit de qualité. Ainsi, en produisant notre matière première en Essonne, nous favorisons l’économie locale, le circuit court et limitons les trajets de fret de matière ainsi que le dégagement en CO2. Et pour une fois, cette ressource n’est pas finie, au contraire du sable qui s’épuise au point de devenir rare.
 
Mélangées à de la chaux aérienne, très perméable à l’air, les fibres de chanvre forment une matière semblable à une éponge, capable de se gonfler et de se compacter. Ce changement de phase est fondamental. En hiver, le béton naturel absorbe l’humidité alors qu’il la dégage en été. Ce processus s’accompagne d’un dégagement de chaleur en hiver et d’un rafraichissement en été. Les murs recouverts de béton de chanvre offrent donc un foyer auto régulé thermiquement, qu’il n’est pas nécessaire de surchauffer ou de sur refroidir. Les économies d’énergie sont notables, et elles valent également pour le porte monnaie !
»
 
Petit plus, après s’être rendu sur le chantier de réhabilitation d’un immeuble de la rue de la Huchette, on peut confirmer que l’aspect de ce béton peu friable est rustique et esthétique !
 
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L’aspect du béton de chanvre, avant d’être poli

 
 

L’agence A003 Architectes, pro de la « passive house »


 
Puis c’est à Montreuil que nous avons été conduits, sur le chantier d’un logement social basse consommation dont la façade préfabriquée se constitue de panneaux de bois. Le principe des bâtiments à basse consommation repose sur les mêmes fondamentaux que celui des matériaux biosourcés. La prise de conscience du dérèglement climatique et de l’épuisement des ressources ont poussé l’agence A003 à inventer un habitat économe en énergie. Mais pour un même objectif, la réponse apportée est opposée si l’on peut dire à celle de l’agence Dumont Legrand. Plutôt que de favoriser les échanges de chaleur et d’humidité entre l’intérieur et l’extérieur, au travers d’un matériau poreux, l’agence A003 propose de les réduire au maximum. Ainsi, pour répondre au plan climat lancé par la mairie de Paris, certains bâtiments se dotent d’un très grand pouvoir isolant, raison pour laquelle on les appelle parfois « bâtiments tupperware».
 
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Le bâtiment basse consommation en ossature bois et son architecte, Stephane Cochet

 

L’immeuble que nous visitons ne possède aucun radiateur si ce n’est de simples sèche-serviettes dans les salles de bain. Ses triples vitrages limitent la perte de chaleur, tandis que ses volets coulissants empêchent par temps ensoleillé une radiation directe. Le chauffage des foyers est exclusivement assuré par voies aériennes. Le renouvellement de l’air et l’aération des espaces s’effectuent grâce à la captation d’air extérieur. Les canalisations charriant l’air frais et « pur » entrent en contact avec celles évacuant l’air chaud est vicié. Ce système double flux permet un échange de chaleur qui réchauffe l’air entrant d’une dizaine de degrés. Il ne reste plus qu’à chauffer la différence (entre 5 et 8 degrés) à l’aide de la chaufferie de l’immeuble de 17 logements, dont la taille est équivalente à celle d’un seul appartement. Un exploit, également utilisé pour réchauffer les eaux de claires. Comme quoi, le recyclage ne se limite pas aux matériaux, il concerne aussi l’énergie.
 
 

« Il n’y a pas de petites économies, et pour un problème global, chaque solution locale compte » nous dit Stephane Cochet, co-fondateur de l’agence A003.


 
 
Vous l’avez compris, l’architecte ne se cantonne pas à dessiner une forme. Il travaille également sur la notion de confort et de développement durable ! Mais quittons un instant l’échelle de l’immeuble pour gagner celle de l’appartement.
 
 

L’habitât sur mesure, avec Coudamy architectures


 
Paul Coudamy est architecte, mais il envisage son métier au plus proche de ses clients. Son credo : la recherche de matériaux et de formes. En travaillant à petite échelle, il prend en compte les désirs de ses clients pour leur offrir un habitat sur mesure. Dans un immeuble années 70 vieillissant, il a fait tomber les cloisons pour reconfigurer l’espace selon la façon dont il est habité.

 
« Les gens ont des habitudes différentes. Certains passent le plus clair de leur temps dans le salon, tandis que d’autres considèrent la salle de bain comme une « pièce à vivre ». Ici, les commanditaires voulaient un grand salon cuisine et de toutes petites chambres pour optimiser l’espace. Ils voulaient de plus avoir la possibilité de le fermer ou de l’ouvrir. Pour cela, j’ai conçu une bibliothèque à l’ossature métallique et aux panneaux amovibles en bambou. Une bibliothèque capable de changer de forme en somme, à l’allure aérienne et dont la capacité de rangement peut se déployer. Elle côtoie un canapé reconfigurable et de nombreux meubles conçus comme elle, sur mesure.
 
 

« Robert Mallet-Stevens dessinait jusqu’aux couverts et aux poignées de portes, je pense comme lui que notre métier s’exprime aussi dans le design et dans le rapprochement de l’exécutif et du créatif » nous dit Paul Coudamy.


 

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A la confluence des pièces de l’appartement, une lampe circulaire, dessinée par l’agence orne un sas. Son aspect lunaire diffuse une lumière ténue et apaisante. Une autre pièce unique, qui rappelle que l’architecte est aussi un artiste!
 
 


Feichtinger et Siza s’unissent pour redynamiser Montreuil


 
Pour finir, c’est la tête dans une autre lune que nous nous rendons, celle du Méliès, célèbre cinéma d’art et d’essai de Montreuil. Son architecte, vous le connaissez surement, c’est aussi celui de la passerelle Simone de Beauvoir qui enjambe la Seine entre le parc de Bercy et la BNF, où encore celui de l’ouvrage d’art du Mont Saint Michel pour lequel il a reçu l’Equerre d’Argent.
 
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Dietmar Feichtinger a conçu le Méliès en réponse au projet de réaménagement urbain orchestré par Alvaro Siza. En développant l’offre d’équipements publics, culturels et commerciaux et en portant une attention toute particulière à la mobilité, Siza cherchait à inciter les montreuillois à s’approprier la rue dans un quartier encore délaissé. Entouré des architectes Christian Devillers pour les questions des liaisons avec les quartiers environnants, de Laurent et Emmanuelle Beaudouin pour le traitement des îlots et du paysagiste Michel Corajoud, Siza a établi le plan d’urbanisme dont différents architectes ont pu s’emparer.
 
Le travail de coordination fut important à appréhender pour Feichtinger, qui concevait un cinéma jouxtant le théâtre de Dominique Coulon. Sa peau translucide contraste avec le bloc hermétique voisin.

Son architecte voulait un volume simple pour ce cinéma, capable de sa changer en « boite à lumière » la nuit tombée.


 
 

Ainsi, de la visite d’un quartier, à celle d’un atelier équipé d’un bras robot, d’un appartement ou d’un chantier… comme nous, tentez l’expérience de partir à la rencontre des architectes et de leurs récits. Ecoutez les parler d’écologie, de confort, de sur mesure, et d’urbanisme afin d’appréhender la grande diversité d’un métier vieux comme l’humanité. Vous pourrez également écoutez des conférences sur la place des femmes architectes et prendre des cours d’initiation aux imprimantes 3D. Qui sait, peut être trouverez-vous chaussure à votre pied ! Alors rendez-vous le 3 et 4 juin sur les lieux identifiés par cette carte de France, ou inscrivez vous aux 18 promenades programmées en Ile de France !


 
 
 

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