Débats

L’émancipation par l’appropriation de la ville, paru sur Demain la ville

« Empowerment ». Ce terme aujourd’hui galvaudé, signifie, dans sa définition originelle et relative au travail social, l’acquisition par des populations marginalisées d’une conscience critique de leur situation. Né aux Etats-Unis dans un contexte de lutte sociale, l’empowerment permet aux plus « faibles » de renforcer leur capacité d’agir et de s’organiser. C’est le sociologue américain, Saul Alinsky, qui lance le premier le concept de « community organizing » (organisation collective locale) dans les années 30, nommé « empowerment » près de 40 ans plus tard. Dès lors, la mobilisation collective apparaît comme génératrice de changement.


 

« Nouveau fou vend désordre en espace urbain »


 
La prise de pouvoir est précédée d’une prise de conscience.
 
La compagnie de théâtre ouvert Ilotopie l’a bien compris. Fondée dans les années 80 par Bruno Schnebelin (ex-directeur technique au Palais des sports de Paris et ancien étudiant en sociologie à Nanterre), la troupe réunit plasticiens, comédiens et musiciens autour d’une question centrale : percuter le quotidien urbain. « Les espaces publics sont nos scènes. L’invention et l’intervention artistique sont nos modes d’actions », peut-on lire sur leur site.
 
Entre abribus habités, oreilles conteuses et œuvres paysagères aquatiques, la notoriété d’Ilotopie a décollé avec sa performance PLM : Palace à loyer modéré.
 
En 1990, au pied d’une des tours de La Castellane, cité populaire des quartiers nord de Marseille, l’étrangeté a fait irruption pour révéler des structures sociales demeurées invisibles. Durant une semaine, la troupe a transformé cet habitat précaire en hôtel de luxe. Les comédiens ont endossé le rôle de groom, de chauffeur ou de femme de chambre pour servir les habitants devenus « clients-rois ». Tapis rouge à l’entrée, porte tournante, lustres dorés et Bentley accompagnaient les petits-déjeuners au lit et les services de livraison à domicile. Sur la « place de l’Escapade », le rêve touchait du doigt la réalité.
 
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En 1990, une cité transformée en palace
© Photographes nomades

 
Dans cette fable urbaine et éphémère, Ilotipie a su concrétiser l’utopie. Elle a fait exister « un non lieu et en même temps, un lieu de bonheur, un jeu de société grandeur nature où (…) la fiction se vit dans le réel et la réalité devient fiction » écrit Françoise Léger dans l’ouvrage Les utopies à l’épreuve de l’art, Ilotopie.
 
Bien que le jeu ait été vivement repris par les médias, reprochant parfois à la compagnie de « faire goûter aux « pauvres » ce qu’ils ne peuvent pas connaître », la visibilité de l’évènement a accéléré la réhabilitation de l’immeuble concerné. Quand les classes défavorisées goûtent au luxe, les projecteurs, attirés par une situation insolite, éclairent en hors-champs des conditions de vie banalisées et dénigrées. C’est « la revanche des pauvres ».
 
Présentation du projet sur TF1 en 1990

 
La prise de conscience précédant la prise de pouvoir peut alors s’effectuer sur deux plans. D’un côté, elle permet de pointer les défauts et les injustices du quotidien, travail préalable à la remédiation. De l’autre, elle permet de rendre visible une situation et d’identifier les atouts d’un territoire, travail préliminaire indispensable à l’appropriation. Ici, le processus d’empowerment suscite l’hybridation du diagnostic avec le remède (le projet), du social avec le territorial.
 
Le collectif de théâtre « bim » se saisit de ces deux processus pour déconstruire les codes de perception de l’espace urbain.
 
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