Portraits

Alejandro Aravena, l’architecte du « besoin »

Article paru sur Les Echos sous le titre original « Alejandro Aravena :« , par Catherine Sabbah
 
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Source: La Tercera

 

Vous êtes surtout connu pour les projets de logements sociaux développés dans des quartiers pauvres. L’architecture est-elle un engagement ?


 
Je cherche un équilibre entre rigueur et espoir. Se battre pour un meilleur cadre de vie n’est ni un mantra ni une croisade romantique, ce n’est rien de plus – mais rien de moins – que la construction réfléchie des espaces où les gens vivent. Au Chili, nous n’avons généralement pas assez d’argent, pas assez de temps pour répondre aux problèmes avec des outils pas vraiment adaptés. Cela oblige à être pragmatique et ce contexte particulier agit comme un filtre contre l’arbitraire : la pénurie oblige à laisser de côté tout ce qui n’est pas indispensable alors que l’abondance vous pousserait parfois à faire les choses justes parce qu’elles sont possibles. En 2003, à Iquique, au nord de Santiago, le gouvernement avait lancé un programme de logements sociaux allouant un budget très faible de 7.500 dollars, par famille, pour acheter un terrain et construire sa maison. Plutôt que de demander plus, faire moins ou construire sur des parcelles moins chères mais éloignées du centre-ville, nous avons trouvé une réponse à cette forte contrainte. Impossible de construire une « bonne maison » à ce prix-là, nous avons donc construit des « demi-bonnes maisons ». En faisant notre métier c’est-à-dire en apportant ce que les habitants ne peuvent pas facilement faire seuls : une structure solide, un toit, les pièces d’eau et les réseaux. Le reste, y compris l’autre moitié de la maison, chacun peut l’arranger à son goût, à son rythme et, surtout, selon ses moyens. Le système a été reproduit dans de nombreuses villes du Chili et au Mexique. Quels que soient leurs revenus, les gens n’ont pas besoin de charité, mais de qualité. L’architecture est alors une plus-value et non une dépense supplémentaire. Certaines de ces maisons se sont revendues dix fois leur prix de construction. Tant mieux.
 

Les architectes peuvent-ils changer le monde ?


 
Ils peuvent essayer. En posant les bonnes questions avant de penser à apporter leurs réponses. Aujourd’hui, avec assez d’argent, on peut quasiment tout construire. Mais pour quoi faire ? Si vous pensez à l’architecture comme à un art, vous pourrez édifier de très beaux bâtiments, mais ils risquent d’être vides de sens. Notre plus grand défi consiste à répondre à des questions qui n’ont rien à voir avec l’architecture : la pauvreté, la ségrégation, la violence, l’insécurité, l’éducation, les inégalités… Parfois nos projets y sont liés de manière intrinsèque car les architectes conçoivent les lieux où l’on habite, où l’on apprend, où l’on travaille, où l’on soigne. Parfois non. L’architecture dite « iconique » peut avoir une raison d’être, parce qu’elle donne forme à des forces réelles mais peu tangibles, elle fait exister des lieux et des gens en leur apportant une identité. Elle capture et traduit des désirs, des rêves, des aspirations. N’oublions pas que la représentation peut être un outil extrêmement puissant de mobilisation. Ce n’est certainement pas en nivelant nos villes par le bas que nous les améliorerons. Mais ça ne marche pas à tous les coups. Les projets délirants ou théâtraux ne sont pas forcément les bons et ne vont pas souvent dans le sens de l’intérêt général. Les solutions aux grandes questions de société n’ont pas besoin d’être spectaculaires.
 
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