Brèves

Que représente la démolition des cités-dortoirs pour leurs habitants ?

Article paru sur I-D VICE sous le titre original: La france explose ses tours et ses banlieues (et tout le monde s’en fout), par Micha Barban-Dangerfield
 
la-france-explose-ses-tours-et-ses-banlieues-et-tout-le-monde-sen-fout-1462958365

Source: I-D VICE

 

Les tours de la cité des 4000 à La Courneuve sont rasées les unes après les autres. L’État veut-il se débarrasser des banlieues ou des populations qui y vivent ?


 

« Le cœur délogé ils ont cassé ma tour. » Ces quelques mots de PNL feront office de départ. Depuis 2005, les émeutes et les promesses hygiénistes de Sarkozy de passer les banlieues françaises au karcher, les grands ensembles se font petit. Mais voilà, en fait, ils disparaissent. Comme l’aveu d’un échec, celui d’une utopie du vivre ensemble imaginée dans l’élan triomphal des Trente Glorieuses, les politiques préfèrent désormais raser les tours. Elles sont devenues au fur et à mesure des décennies le symptôme physique et architectural d’une crise sociale, économique et identitaire. On les casse. Fin de l’Histoire.

 

À la Courneuve dans le 93, la cité des 4000 tombe en miette. Une après l’autre, les tours disparaissent sans faire trop de bruit, étouffées par les promesses du Grand Paris pour lequel il faut les sacrifier. Et puis le souvenir des émeutes a laissé un goût amer. Depuis, la Courneuve est présentée comme l’épicentre de la violence, de la criminalité, du deal et de la discrimination. Il n’y a qu’à taper quelques mots clés sur Google pour se rendre compte de l’image qui lui colle à la peau.
 

Des barres, des flics et des voitures qui brûlent. Voilà le topo. Un triptyque magique suffisamment puissant pour condamner tout un quartier avant même de tenter de le comprendre ou de l’expier. Les banlieues implosent donc on les explose. Mais que fait-on des gens qui y vivent ? On ressent quoi quand on observe le spectacle de la démolition de sa propre maison ?


 

La première pierre de la cité des 4000 a été posée sur le sol de La Courneuve en 1957. Un immense chantier qui s’inscrivait dans une première vague de construction de grands ensembles, fantasmés comme l’avènement d’une pensée rationnelle et moderne. Il fallait alors loger les populations pauvres, immigrées et laborieuses qui habitaient les périphéries de la ville dans des bidonvilles. L’architecture des grands ensembles se voulait salvatrice, porteuse d’un message universel et devenait la preuve visuelle de l’intervention de l’État. Un État rationnel et hygiéniste, une pensée carrée et géométrique. Un paradigme même, qui a été gravé dans le marbre en 1933 avec la publication de la Charte d’Athènes par l’architecte Le Corbusier. Le roman d’apprentissage de tout architecte moderne. Le but ? Construire des cités dortoirs, en périphérie des capitales. Un empilement de milliers de cellules similaires capables d’accueillir des centaines de familles. Les banlieues étaient devenues la promesse d’un monde meilleur dans lequel les classes travailleuses avaient le droit à leur espace – loin des villes. Les architectes se gargarisaient entre eux d’avoir réussi à penser « la cité radieuse » et construit un nouveau vivre-ensemble. On pourrait d’ailleurs encore les féliciter. C’est vrai, ces grands ensembles forment une prouesse technique et architecturale. Seulement voilà, ces cités radieuses ne le sont que lorsqu’on les observe de loin, depuis une ville qui les exclue. Parce qu’il est clair aujourd’hui que les cités comme celle des 4000 à la Courneuve représentent un échec à la fois social et politique. Géographique et urbain.
 
Aujourd’hui l’architecte et auteur de plusieurs grands ensembles Jean Dubuisson, regrette. « Ce n’est pas la forme de barres ou de tours qui fait que c’est inhabitable. Le problème c’est l’urbanisme. On a eu tort de construire ces zones loin des centres-villes. Les gens se sont sentis exclus », explique-t-il au Monde. En voulant à tout prix « parquer » les classes pauvres et immigrées dans des barres, sous prétexte d’un engagement de l’état dans la gestion de sa population, ce dernier enclave, isole. Depuis 1986, alors que la France s’émerveillait devant le spectacle de la démolition de la tour Debussy, La Courneuve tombe. On pourrait penser à mille façons de remédier à l’échec des banlieues. Mais on préfère les détruire, effacer l’ardoise et se tourner d’un seul coup vers le futur, quitte à enfouir un passé mal digéré.
 
L’immeuble foire et personne n’y fera rien puisque la tour est condamnée. En attendant les gens n’ont pas d’autres choix que de rester ou partir pour ceux qui n’en peuvent plus. C’est un moyen de pression pour que les gens partent et qu’ils n’aient pas à être relogés…
 
Cliquez ici pour lire la suite de l’article
 
 
 

Commenter l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Je déclare avoir pris connaissance et avoir approuvé la Charte de modération et j'accepte que ma réaction soit publiée sur le site Lumières de la Ville.