Débats

Le rapport au temps de Rudy Ricciotti

Article paru sur M le magazine du Monde sous le titre original: Rudy Ricciotti : « Un chantier, c’est du temps social, du temps d’emploi », par Jérôme Badie
 

[Série] A une époque de profondes mutations, le rapport au temps est chamboulé. Nous avons invité des personnalités et des anonymes de tous horizons à se confier sur ce vaste sujet. Cette semaine, l’architecte Rudy Ricciotti.


 
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Rudy Ricciotti chez lui à Cassis (Bouches-du-Rhône). GRÉGOIRE BERNARDI POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »

 
Rudy Ricciotti n’est pas un architecte tiède. Il dénonce, s’indigne dans des ouvrages polémiques, il affirme ses opinions comme ses constructions à l’image du MuCEM de Marseille, du département des arts de l’islam au Louvre ou du Mémorial du camp d’internement de Rivesaltes près de Perpignan. Ce grand prix national d’architecture 2006 nous livre sa vision très politique du temps.
 
 

Le métier d’architecte se divise en différents temps. Comment vivez-vous le temps du projet d’abord ?


 
Le moment de la prospective et du concours est un temps assez court. Un temps de la performance. Le temps où le temps manque. Nous sommes obligés d’être très réactifs, intuitifs. C’est le temps de l’anxiété. J’aime travailler dans l’urgence, dans la rapidité. L’expression « donner du temps au temps » me semble tellement vulgaire ! Je n’ai pas le temps de penser au temps. C’est une réflexion de vieillard ou de gens fatigués. C’est pourquoi je pense que le dessin n’est plus adapté à mon métier.
La main qui porte le crayon est une vision romantique. C’est une posture très XIXe siècle ou très années 1920, 1930, 1940. Je préfère travailler avec les mots. Ils permettent les fulgurances. Les mots brutalisent le temps et l’exigence. Je ne fais pas mon métier dans le plaisir. Ce n’est pas possible. Le temps du projet est paranoïaque car la peur de se tromper ou de mal faire est toujours présente.
 
 

Vient ensuite le temps du chantier et de la réalisation.


 
Quand on voit les choses sortir, là, c’est très jouissif ! Assez curieusement, le temps du chantier passe très vite. Cela me fait penser aux vacances d’été, lorsque nous étions enfants. On les croyait longues. Elles passaient si vite… Le temps du chantier est irréversible. C’est un temps cannibale qui nous dévore. Une fois commencé, le processus n’est plus critiquable ou amendable. Lorsque le pilote lâche les freins, met les gaz et arrive en bout de piste, l’avion atteint une situation de non-retour. Il est obligé de décoller. Le temps du chantier est donc psychopathe. C’est un passage à l’acte. Croyez-vous que le cadre juridique, contractuel, financier, économique, les grues, la centaine d’ouvriers, les ingénieurs permettent à un architecte de dire : « J’ai des doutes, on va tout arrêter ! » Non ! On n’arrête rien ! A ce moment-là, l’architecte n’existe plus et devient comique.
 
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