Récits

L’assujettissement des livreurs par les applications mobiles

Article paru sur L’Humanité sous le titre original: L’esclavage moderne, livré à domicile, par Pierre Duquesne
 

Après les taxis, Uber s’attaque à la livraison de repas à domicile. UberEats vient de se lancer en France, où les applications numériques de livraisons sont déjà nombreuses. La finalité, elle, reste la même. Transformer les salariés en autoentrepreneurs pour ne plus verser de cotisations patronales.


 
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© Sebastien_ORTOLA – Source: L’Humanité

 
Une drôle de tribu débarque chaque soir à République. Des jeunes hommes entre 20 et 30 ans, casquettes de coureur cycliste, vélos de compét entièrement relookés et d’énormes sacs à dos, s’étalent sur des marches de la place parisienne, à l’opposé de la zone occupée par la Nuit debout. Eux préfèrent rester assis. Faire un break. Détendre les guibolles et prendre une pause bien méritée. Ce lieu de convergence des luttes sociales est aussi le point de ralliement des livreurs à vélo, de plus en plus nombreux à sillonner les rues de la capitale.
 
Vous connaissiez Uber pour le transport de personnes ? Voici UberEats, Deliveroo, Take Eat Easy et autres Foodora pour la livraison de repas. En l’espace d’un an, le phénomène a explosé (lire ci-contre). Le livreur de pizzas et sa mobylette, rattaché à un restaurant de quartier, semblent appartenir au passé. Les nouveaux venus sont aux ordres d’une application mobile, devenue leur véritable patron. Un bip sur leur smartphone leur indique un nom de restaurant et une adresse de client. L’algorithme se charge de « dispatcher » les livreurs, géolocalisés, et de rationaliser les itinéraires. Ils sont en permanence évalués, avec des points attribués par les clients et les restaurateurs.
 
 

Un management agressif, « proche de l’esclavagisme »


 
L’efficacité du système est sidérante. Deux minutes suffisent pour installer l’application et accéder aux menus de centaines de restaurants. Bo bun, burger, japonais, bagel, ou encore carré d’agneau en croûte… l’embarras du choix. Seize minutes, montre en main, entre la commande d’un menu japonais, via son portable, dans un restaurant situé dans le 10e arrondissement et sa livraison au nord du 18e arrondissement. Et le client ne paie rien, ou presque : à peine 2 à 3 euros pour chaque course. Le reste est payé par les restaurateurs, trop heureux d’augmenter leur chiffre d’affaires sans avoir à pousser les murs de leur établissement. Ils versent une commission oscillant entre 20 à 30 % du prix du menu, mais qui est compensée par les économies faites en matière de service ou d’entretien de la salle. Tout le monde y gagne, même les livreurs, assure Will Shu, le boss britannique de Deliveroo : « Certains peuvent gagner jusqu’à 4 000 euros par mois sur la plateforme, a-t-il expliqué début avril, dans les colonnes des Échos. Ils aiment la flexibilité que l’on propose, ils peuvent travailler quand ils le veulent, mais aussi le fait de faire du sport puisque tous nos livreurs sont à bicyclette. »
 
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