Récits

Quand le brutalisme inspire la mode et le cinéma

Article paru sur Le Nouvel Observateur, sous le titre original: Architecture : le brutalisme des années 60 fait son grand retour, par Elvire Emptaz
 
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Source: Le nouvel Obs

 

Blocs de béton, tours massives… Longtemps accusé de défigurer les paysages, voire de favoriser la criminalité, le brutalisme des années 1960 connaît un étonnant retour en grâce, et inspire la mode et le cinéma. Zoom sur la tendance lourde du moment.


 

« La banalité d’une construction devient sa force d’expression ».
(Jacques Sriglio, architecte)


 
Il y a près d’un an, dans la ville de Palm Springs, située en plein désert californien, se trouvait le gratin de la mode mondiale. Ils étaient 500, rassemblés à l’ombre d’une immense bâtisse aux allures de soucoupe volante. L’édifice futuriste en béton brut, aux courbes sensuelles et strictes, abritait le deuxième défilé croisière de la maison Louis Vuitton. Nicolas Ghesquière, le directeur artistique passionné d’architecture, a été jusqu’à redessiner les lignes du bâtiment conçu en 1970 par l’architecte John Lautner sur les sangles en cuir de robes légères et vaporeuses. Vue d’en haut, la disposition des sièges pour les prestigieux invités – des cubes de verre, béton et acier – faisait écho aux sinuosités de l’imposante villa.
 
En un défilé qui a fait entrer la mode dans ce monde de brut, Ghesquière a illustré une tendance de fond: la réémergence d’un mouvement architectural qu’on pensait oublié ou méprisé il y a quelques années. Et dont le seul nom, « brutalisme », suffit à susciter chez le novice les hypothèses de signification les plus farfelues, de la philosophie pratiquée par le héros de Riad Sattouf, Pascal Brutal, à une pratique sexuelle un peu… rude.
 
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Le Salk Institute (La Jolla, Californie) signé Louis Kahn (1965)

 
Pour en trouver l’origine, il faut plonger très loin de là… Dans l’Angleterre des années 1950, où un couple d’architectes, Alison et Peter Smithson, dessine les grandes lignes du brutalisme. Ils en choisissent le nom en référence, non pas à la brutalité, mais à la Cité radieuse de Marseille, construite tout en béton brut par Le Corbusier en 1947. « Ils décrètent alors que tout bâtiment doit exposer clairement sa structure », explique aujourd’hui, avec un accent chantant, l’architecte urbaniste Jacques Sriglio, spécialiste de Le Corbusier.
 

« Les matériaux sont mis en valeur pour leur qualité intrinsèque, sans fard. Le brutalisme, c’est l’idée de retourner à la manifestation primitive de ce qu’une construction peut dire. Sa banalité, souligne le spécialiste, devient sa force d’expression. »


 
Soixante-dix ans plus tard, on retrouve cette expressivité partout, à commencer sur les écrans. Le film d’anticipation High-Rise de Ben Wheatley, adapté d’une nouvelle du romancier J. G. Ballard de 1975, sortira le 6 avril. Toute son intrigue est bâtie autour d’un imposant immeuble de béton et de verre dessiné par Jeremy Irons, qui se détériore au même rythme que la santé mentale de ses habitants, et dont le héros principal est interprété par Tom Hiddleston. Avant cela, une partie de La Révolte, dernier volet de la saga à succès Hunger Games, a été tournée dans la Cité du Parc, à Ivry. Et les séries télé ne sont pas en reste. La nouvelle création d’Arte, Trepalium, a également été filmée dans des bâtiments existants dont le siège du Parti Communiste, place du Colonel Fabien, construit à Paris par Oscar Niemeyer, admirateur du Corbusier et grand concepteur de Brasilia. Elle décrit un futur proche dans lequel le monde est divisé en deux: 80 % de la population sans emploi vit dans « la zone » et les 20 % restants, actifs, évoluent dans des bâtisses simples et monumentales, métaphore de la toute-puissance de l’entreprise. Chez les Anglais, les séries télévisées London Spy et Luther laissent une belle place à d’autres bâtiments labyrinthiques, idéaux pour symboliser les tourments de leurs héros autant que pour y filmer des courses-poursuites.
 
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