Portraits

Plateau urbain, l’association qui utilise la « dent creuse temporelle » pour établir un squat légal

Article paru sur les Inrocks sous le titre original: Faut-il institutionnaliser les squats? par Ingrid Luquet-Gad
 

Entre les murs de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul dans le XIVe arrondissement de Paris s’épanouit un écosystème où cohabitent hébergement d’urgence, start-ups et associations artistiques. Temporairement, mais en toute légalité.


 
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Le site de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris 14e © Yes We Camp

 

En décembre dernier, nous vous faisions faire connaissance avec le DOC, un espace artistique temporaire installé dans un ancien lycée professionnel abandonné du XIXe arrondissement à Paris. Un squat, donc.
Or ce qui motivait l’article était la menace d’expulsion imminente pesant sur ce nouveau vivier créatif, comprenant une vingtaine d’ateliers, des machines communes et un lieu d’exposition. L’enquête de Claire Moulène avait alors révélé le manque de communication entre les différentes parties, à savoir les innombrables divisions administratives du Conseil Régional d’Île-de-France, le futur propriétaire du lieu Paris Habitat, affilié à la Mairie de Paris, et le collectif d’artistes.
 

“Résorber la vacance, servir la création”


 
Laissé en suspens de longues semaines durant, le sort de DOC avait ému le monde de l’art, qui s’était largement mobilisé derrière lui. Pourquoi ? Parce que face au déficit flagrant d’ateliers et d’espaces de travail pour les artistes dans la capitale, l’occupation temporaire s’impose comme le seul moyen à court terme de renverser la situation et pallier l’immobilisme des pouvoirs publics.
 
Mais l’occupation temporaire, “guidée par l’urgence du désir” comme le disait joliment la pétition de soutien à DOC, peut-elle être régularisée sans perdre la spontanéité qui en fait le sel ? Peut-elle être devenir un modèle d’aménagement du territoire ? Les récentes initiatives de l’association Plateau Urbain font pencher la balance en faveur de l’affirmative. Avec pour slogan “Résorber la vacance, servir la création”, l’association voit le jour en 2012. Quatre ans plus tard, elle rassemble douze membres : des professionnels de l’immobilier, des urbanistes, des architectes et des chercheurs.
 
On se présente comme une boîte à outils. L’idée, c’est de faire le lien entre deux mondes qui s’ignorent : celui des gros propriétaire et celui des acteurs associatifs, culturels ou issus de l’économie sociale et solidaire », explique Paul Citron, vice-président de Plateau Urbain et chercheur en urbanisme.
 
Il nous reçoit dans les bureaux de l’association, installés dans une ancienne salle de radiologie de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul dans le 14e – leur plus gros projet du moment. Tout comme les trois hectares laissés vacants lors de sa fermeture, il y aurait actuellement 4 millions de mètres carrés laissés à l’abandon en Île-de-France. “Nous voulons utiliser la dent creuse temporelle entre la dernière utilisation d’un bâtiment et sa restructuration pour monter des projets”, raconte-t-il, “durant cette période, les bâtiments n’ont plus de valeurs d’échange parce qu’ils sont trop vieux et vont être démolis. Nous leur redonnons une valeur d’usage”.
 
Plateau Urbain identifie les lieux, diagnostique les parties des bâtiments pouvant être utilisés, puis rassemble les acteurs en lançant des appels à candidatures. Les occupants ne payent pas de loyer, mais une contribution aux charges – à hauteur 17 euros/m2/mois selon l’appel à candidatures de février 2015 pour Saint-Vincent-de-Paul.
 
Plateau Urbain n’a pas vocation à faire office de gestionnaire ou à labelliser les lieux, mais plutôt de gérer la cohabitation entre les différentes activités du site”, précise Paul Citron.
Pas question de reproduire une énième pépinière à start-up. Ni un “ghetto pour artistes”. Chaque site doit aussi servir de laboratoire social.
 
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