Récits

Le dernier doc de Wiseman dresse un portrait humaniste du Queens

Article paru dans Métropolitiques sous le titre original: Filmer la diversité urbaine à New York, par Stéphane Tonnelat
 

Le quarantième film du documentariste américain Frederick Wiseman est sorti sur les écrans français le 23 mars 2016. Il y revient sur la thématique urbaine, qu’il avait déjà explorée dans divers films, notamment Central Park (1989) et Public Housing (1997). Il choisit cette fois un objet aux contours moins nets que dans la plupart de ses précédents films, le quartier new-yorkais de Jackson Heights, marqué par la grande diversité de sa population.


 
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Source: Metropolitiques.eu

 
Le dernier film documentaire de Frederick Wiseman, In Jackson Heights, est une plongée ininterrompue de trois heures dans les institutions, les rues et les préoccupations des habitants d’un quartier multi-ethnique de l’arrondissement de Queens à New York. Elles sont nombreuses. Dans les premières minutes, Daniel Dromm, figure de la cause homosexuelle et élu au conseil municipal, donne le ton:
 
« J’ai toujours dit que Jackson Heights avait la plus grande diversité du monde, littéralement. Nous parlons 167 langues ici. Nous sommes très fiers de cette diversité. »
 
Cette affirmation est un slogan à Queens. Depuis la fin des années 1990, les quartiers longeant le trajet de la ligne 7 du métro de New York sont présentés comme les plus ethniquement divers du monde dans la presse, les discours politiques et des articles de sciences sociales. En 1999, ce statut a été consacré par la Maison Blanche qui a inscrit la ligne 7, déjà surnommée « International Express » par les services d’urbanisme de la ville, au registre des « sentiers historiques nationaux » pour son importance dans l’histoire de l’immigration aux États-Unis. Plus qu’une sauvegarde de la mémoire d’une époque révolue, ce classement s’applique à une histoire encore en train de se faire. L’anthropologue Roger Sanjek, dans un livre publié en 1998, annonçait que la diversité observée le long de la ligne 7 était une image de « notre futur à tous » (Sanjek 1998). De fait, depuis plus de dix ans maintenant, plus de la moitié de la population du Queens n’est pas née aux États-Unis, faisant de ses quartiers les précurseurs d’une nation où les minorités représenteront bientôt la majorité de la population (« minority-majority »).
 

Le quartier comme institution ?


 
Le quartier de Jackson Heights, en particulier, fait figure de creuset du multiculturalisme états-unien. Construit dans les années 1920 – avec l’arrivée du métro – comme la première cité-jardin en appartements du monde, il offrait alors à des familles blanches protestantes l’option exclusive d’habiter en ville à la campagne. Les immeubles, sur tout le tour d’un bloc entier de la trame urbaine, étaient construits autour de grands jardins au centre de l’îlot. Puis, progressivement au cours du siècle, affecté par les crises économiques des années 1930, 1950, puis 1970, le quartier s’est densifié et ouvert d’abord aux catholiques (italiens, polonais et irlandais), aux juifs arrivés d’Europe, puis à tout le monde, en particulier aux Hispaniques, aux Chinois et aux Asiatiques du Sud, Indiens, Pakistanais et Bangladais. Il est aussi devenu un quartier gay et lesbien, en particulier pour les minorités ethniques. Seuls les Afro-Américains manquent à l’appel.
 
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