Récits

Retour sur les 4 projets en lice pour le réaménagement du Forum des Halles

 

En juin 2003, la Ville de Paris appelait quatre équipes d’architectes à réfléchir au futur du quartier des Halles, moins de 30 ans après la reconversion du « ventre du Paris » en « Forum ».


 
A la place des Halles Baltard, les jardins décrépis et les parapluies de Willerval furent rasés au profit d’un second grand chantier de rénovation urbaine. Le grand marché de Paris laissait place au grand centre commercial de Paris. Qu’en sera t-il demain?
 

Un article cinglant D’architecture revient sur la présentation au public de la consultation internationale pour l’aménagement des Halles, dont les citations des équipes d’architectes sont tirées.
 

Retour sur les quatre projets en lice en 2004:
 
 

MAAS : Fenêtre sur puit


 
Le flipper urbain, de nuit – Crédit photo – dr –
Source:darchitectures.com

 
Source:darchitectures.com

 
Mi caléidoscipe, mi rosace, mi vitrail, le projet proposait de créer une mosaïque d’usages, de décors et de couleurs en « ouvrant » le sol à divers endroits sur les sous-étages accueillant une grande variété de micro projets. Par ces puits recouverts d’une membrane de verre, la lumière naturelle aurait permis d’éclairer « la fosse » tandis que la nuit, la lumière artificielle serait sortie des profondeurs pour atteindre la surface. Sur cette mer translucide, au milieu de « cette grande fenêtre sur le monde, sur le sous sol », quelques arbres flottent, en lévitation au dessus de la galerie marchande.
 
«Il nous fallait résoudre le problème que pose les Halles : depuis vingt, ans les principales activités y sont souterraines. Elles sont immenses. C’est presque la plus grande gare de Paris. Il y a là plus de visiteurs qu’au Louvre ou dans d’autres lieux touristiques. Mais cet espace reste caché aux yeux d’une grande partie du public. C’est pourtant là qu’on entre dans Paris ; qu’on vienne de
la banlieue, ou de plus loin encore par le train, c’est l’endroit où l’on découvre Paris. Mais, aujourd’hui, vous devez traverser des catacombes, des lieux étroits, oppressants, pour atteindre une zone qui n’est pas très cosmopolite, une zone abîmée, un jardin qui n’en est pas un, une place qui n’en est pas une. Donc le sujet serait : comment faire un geste pour que ce monde redevienne un lieu dont la partie souterraine rayonne, se montre aux yeux de Paris, aux yeux du monde, dans toute sa beauté ?
 »
 
L’intention était louable. Pour transformer la porte de Paris: passer du trou au puit, mais surtout de la pyramide du Louvre aplatie au « flipper urbain ».
 

MVRDV, Winy Maas, architecte mandataire ; avec West 8 (A. Geuze), paysagiste ; La Vie de l’Art
(Hilbert & Associés), programmation générale ; M&M Mall & Market, programmation de commerces ;
Ove Arup International, BET ;
Coyne et Bellier, BET structures ; Trouvin Seraquip, BET fluides ; Cabinet Le Fives, économiste.

 
 

David Mangin : Un toit a hauteur de canopée


 
 
Source:accomplir.asso.fr
 
« Les continuités urbaines entre le site et le reste de la ville ne fonctionnent pas : on a construit tout un système d’autoroutes urbaines rapides en sous-sol, d’où des tunnels aux grandes profondeurs de sorties, qui empêchent la circulation des piétons dans les rues adjacentes. On sait techniquement supprimer, reporter, réduire ces trémies, et c’est l’une des priorités de ce projet. Il faut aussi donner une nouvelle synergie au site. Pour cela, nous proposons de remettre en piste deux bâtiments : la Bourse du commerce, édifice exceptionnel mais actuellement coupé de la ville et du jardin, ignoré du public puisqu’on ne peut y accéder. C’est donc un élément moteur existant – faisons déjà bien avec ce qui existe déjà. Et puis à l’autre extrémité du site, la place basse de l’ancien Forum, lui aussi très coupé de la ville et du jardin. L’idée est très simple : comment relier l’un à l’autre ? »
 
Pour y répondre, l’équipe propose la création d’un grand cours enjambant l’ancien forum et « dominant l’espace commercial » pour relier ces deux polarités. Des jardins ourlent le grand cours en conservant d’un côté le mail de marronniers existants, et de l’autre en s’adaptant aux usages divers des riverains.
 
SEURA, David Mangin, architecte mandataire ;
Philippe Raguin, paysagiste ;
Bénénice pour la ville et le commerce, programmation ; Séchaud & Bossuydt, BET ;
Light Cibles (L.Clair), éclairagiste ;
ETC (P. Massé), BET mobilité et déplacements.

 
Au dessus de la partie flottante du cours et de la bouche béante du forum, une ombrière à hauteur de cimes d’arbres flottait comme « un toit dans un jardin ». Mais la partie émergée des Halles sera remplacée par un édifice aux formes courbes d’inspiration végétale : La Canopée, ayant fait l’objet d’un concours international spécifique en 2007, remporté par les architectes Patrick Berger et Jacques Anziutti.
 
lefigaro.fr
Le projet tel qu’il a été inauguré aujourd’hui
Source: lefigaro.fr

 
 

Jean Nouvel : Des tapis volants verdoyants


 
darchitectures.com2
Un jardin sur le toit des Halles Crédit photo – dr
Source: darchitecture.com

 
Auvent du carreau – Crédit photo – dr
Source: darchitectures.com

 

Jean Nouvel proposait quant à lui une superposition de jardins flottants. Le premier, au niveau du sol, le second, « suspendu à mi hauteur entre le sol et les toits de Paris », tandis que le troisième s’alignait sur la skyline de la capitale. Ces trois strates végétales auraient été connectées au Palais-Royal par un grand « corridor vert » (berck, on déteste ce mot).
 
« Comment intégrer Saint-Eustache dans ce nouveau jeu ? Comment révéler la Bourse du commerce et sa coupole, qui est fabuleuse ? Comment interpeller Beaubourg ? Comment raviver la mémoire des passages ? Comment inciter à visiter le quartier et à repérer les principaux jalons historiques ? Comment retrouver le plaisir de flâner ? Comment faire que les Parisiens se sentent aux Halles, à Paris, chez eux ?D’abord en créant un jardin, qui à la fois soit unique et qui soit le prolongement de l’histoire des jardins de Paris – le Palais-Royal, les Tuileries, les Buttes-Chaumont. Les jardins de Paris, c’est l’animation calme, la sérénité, les grands espaces libérés, depuis lesquels on regarde Paris, Paris autour, Paris très près, Paris plus loin ; c’est une question de profondeur, de surprise, d’enchaînements. »
 
La création de nouvelles halles (dont le toit est un jardin vous l’aurez compris), aurait permis d’effacer la fracture entre superficie et abîme, en faisant émerger du trou un bâtiment. L’idée est bonne mais on ne peut s’empêcher de rire en voyant l’équipe parler de «tapis volant » pour qualifier ces « jardin onirique ».
 
AJN, Jean Nouvel, architecte mandataire ; avec Nicolas Michelin, architecte ;
Michel Desvignes, paysagiste ;
O’Byrne-CAFÉ, programmation ;
Ove Arup International, BET ;
Cabinet Casso, consultant sécurité ;
Pierre Lefèvre, consultant environnement et HQE ; Christine Schmülckle-Mollard, architecte MH, consultante patrimoine.

 
 

Rem Koolhas : Réinventer la modernité pour Paris


 
oma.eu
Maquette
Source: oma.eu

 
Coupe de principe – Crédit photo – dr –
Source: darchitectures.com

 

Tout le monde se souvient de la maquette de l’équipe, et de ses petits plots colorés semblables à des flans gélatineux retournés. Il s’agissait en fait de bâtiments, tantôt « émergences du sous-sol », tantôt « pénétrations de la surface », destinés à gommer la fracture « schizophrène » opposant terrain et sous-terrain. Les pavillons, spécialisés, auraient chacun accueilli un usage précis.
 

« La France est l’un des pays qui ont inventé la modernité. […] Paradoxalement, avec la destruction des Halles a débuté en France un complexe, une névrose sur ce sujet, et la modernité y est devenue très difficile. La seule manière dont elle semblait pouvoir survivre était par l’intermédiaire de projets un peu utopiques, comme les Grands Travaux de Mitterrand. Ils ont donné l’impression que la modernité ne pouvait être que grande, neutre, abstraite, un peu froide. C’est peut-être cela qui explique en ce moment l’absence d’une conviction partagée sur le statut de la modernité en ville. Un fait résume cette évolution : étrangement, le mot « tour » est lui-même devenu suspect dans la ville de la tour Eiffel, laquelle donne pourtant toute son identité à Paris. »
 
Peut être s’agit-il du projet le mieux pensé à l’échelle de la métropole (et non du quartier) puisque connaissant la provenance du public des Halles (qui déborde largement du périphérique) Koolhaas écrit: « la mise en relation des espaces
souterrains du Forum des Halles avec le quartier des Halles est destinée à favoriserla rencontre des publics parisiens et franciliens. » La forme du projet repose ainsi sur un travail d’infrastructures visant à faciliter les cheminements entre les lignes de métro et de RER et à pousser les métropolitains de la Metropolis à la surface.
 
OMA, Rem Koolhaas,
architecte mandataire ;
avec One Architecture (D. van Dansik)
et XDGA (X. de Geyteer), architectes ; agence TER (O. Philippe), paysagistes ; Partenaires développement
(J.-P. Lebas), programmation ;
Ove Arup International, BET.

 
Pour aller plus loin sur le projet de Rem Koolhas lisez le mémoire de Virginie Pontbriand : »L’approche contextuelle de Rem Koolhaas et l’OMA à traversle projet des Halles« , Ecole d’architecture de Paris Belleville, janvier 2008
 
 

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