Débats

L’occupation temporaire de la ville, le moyen de rendre l’ « utopie concrète »?

A l’issue de la manifestation contre la loi travail de jeudi dernier, de nombreux militants se sont lancés dans l’occupation de places publiques dans plusieurs villes de France, dont la place de la République à Paris. Le mouvements intitulé « Nuits debout » appelle au « rêve général » et transporte avec lui les effluves d’un mai 68 pourtant déjà loin.


 

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Photo Martin Colombet, Hans Lucas
Source: Libération

 
De la réforme du code du travail est né un mouvement de contestation global, qui n’est pas sans rappeler « Los Indignados » espagnols. Sur la place de la République miroitante et emplie d’ombres vacillantes, le film « Merci Parton » a été projeté. En salles depuis plus d’un mois et réalisé par François Ruffin, il dénonce les effets de la délocalisation des usines de production du groupe LVMH en 2007. Le film, tout comme le journal Fakir sont devenus les deux pilastres du collectif « La convergence des luttes », à l’origine de cette mobilisation.
 
Sur leur site on peut lire: « [Nous sommes] déterminés à nous unir pour faire entendre notre ras le bol de la politique gouvernementale, politique qui n’a de cesse de réduire nos droits sociaux, au seul profit des intérêts du patronat ». C’est suite à une assemblé organisée le 23 février dernier à la Bourse du travail que « comment leur faire peur » a donné naissance au mouvement « Nuits debout ». Ainsi, après la manif, nombreux sont ceux qui ne sont pas rentrés chez eux, rappelant dans la bonne humeur la célèbre phrase de Sénèque : « La vie ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est d’apprendre à danser sous la pluie ».
 
Régulièrement évacuée par les forces de police, régulièrement ré-investie par les contestataires, la place de la république s’est dotée de tentures, de stand de distribution de nourriture, d’une infirmerie… Une petit village informel et éphémère en quelque sorte, ou les individus se retrouvent autour d’une cause commune, d’une boule au ventre qui les empêche de caresser l’espoir de jours meilleurs. Chômeurs, étudiants, travailleurs précaires, mal logés, syndicalistes, utopistes… ils sont les « 99% », en opposition aux aux «1% » les plus riches. Les nuits sont froides et longues, mais le débat fait rage, la solidarité tient les participants éveillés, le sentiment d’appartenir à un groupe surtout ! Tous dénoncent un pouvoir politique trop éloigné des citoyens et une oligarchie qui accapare les richesses.
 
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Photo Martin Colombet, Hans Lucas
Source: Libération

 
Dans une interview menée auprès de Elisabeth Dumont-Le Cornec à propos du mouvement « Occupy Central » ou « Révolution des parapluies » survenu l’année dernière à Hong Kong, la journaliste et historienne nous rapportait: «  Les places sont souvent nées sur de vastes espaces vides situés au centre des villes ou aux carrefours de routes fréquentées, en des lieux où se tenaient autrefois les marchés, les grandes fêtes religieuses et populaires, les événements politiques. Du fait de leur taille et de leur situation centrale, elles restent des lieux propices à tout rassemblement populaire, qu’il soit contestataire ou non. La topographie d’une place se prête parfaitement à l’accueil d’une foule, avec l’installation de tentes et d’un système de ravitaillement. »
 
Ainsi place de la République ce week-end, mais aussi place de la Bourse à Londres en octobre 2011 (Occupy the London Stock Exchange), Zuccotti Park à New York en septembre 2011 (Occupy Wall Street), la Puerta del Sol à Madrid en mai 2011 (15-M) et bien d’autres encore… redeviennent les agoras et forum disparus de nos villes. Après le Speaker’s corner de Hyde Park à Londres, chaque ville verra t-elle naître une résurgence moderne de ce lieu de rassemblement politique de la cité ?
 
A l’heure du scandale des « Panama Papers », révélant l’évasion fiscale de dizaines de personnalités, la « révolte des déclassés » ne devrait pas s’arrêter. Le camp, selon Raphaël Kempf, recrée les liens qu’un urbanisme inhumain aurait détruits. Serait-il le nouveau refuge « in-city » d’un «peuple mondial en lutte » en pleine émergence?
 
Pour approfondir le sujet, lisez « De Londres à Santiago, la révolte des déclassés« , un article de Raphaël Kempf paru sur Le Monde Diplomatique
 
 
 

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