Portraits

GFR, le collectif qui joue les médiateurs entre art, habitants et urbanité

Vous avez sûrement déjà entendu parler du projet « Rosa Parks fait le mur » ! Rue d’Aubervilliers, le mur séparant les 18e et 19e arrondissements de Paris, le long des rails de la Gare de l’Est, s’est paré de mille et une couleurs. Cinq artistes de renom y ont réalisé LA plus grande fresque de street art parisienne sur 400 mètres de distance, A l’honneur : la première femme noire ayant refusé de céder sa place à une personne blanche dans un bus, au temps de l’apartheid aux Etats-Unis. Tout un symbole !


 
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© GFR

 
Le collectif GFR (Génération Freedom Ride) qui prône « un dialogue artistique dans les territoires » est à l’initiative de ce projet urbain de grande ampleur.
Ni collectif d’artistes, ni, à proprement parler, association d’acteurs du territoire, GFR est une plateforme de rencontres à la confluence de l’art, de la politique de la ville et des pratiques habitantes. Leur credo et leur créneau : le participatif. En effet, le projet « Rosa Parks fait le mur » a été conçu par et pour les riverains des deux arrondissements parisiens, sur un mur qui, de limite, devient espace commun. Martial Buisson, le co-directeur de l’association, nous explique :
 
« En faisant travailler artistes et populations, nous mettons la main créatrice au service du discours des habitants. Leur voix prend alors une forme et laisse une trace, éphémère certes, mais gravée dans les esprits ».
 
Le street-art, qu’il recouvre les murs de bombe et de posca ou qu’il soit performatif, est par essence un art éphémère. La plus grande fresque parisienne, inaugurée en décembre 2015 est d’ailleurs déjà en train de disparaître sous un projet de logistique. Mais quelle importance puisque, plus que l’œuvre finie, c’est le processus de création qui compte !
 

Apporter sa pierre à l’édifice Cocoon


 
GFR a une vocation sociale, c’est certain. Ses quartiers de prédilection sont les quartiers nord de la métropole, le 18°, le 19° arrondissement de Paris et le 93, où ils tentent de mettre en dialogue art et espace public. Leurs évènements sont minutieusement préparés. Pas parachutés d’un coup d’un seul, non! La mobilisation citoyenne pour la création d’une œuvre commune met parfois une année entière.
 
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Cocoon, le cocon agglomérant tout les identités d’un quartier
© GFR

 

« Notre premier projet s’insérait dans le quartier de la Goutte d’Or. Avec l’artiste américaine Kate Browne, nous avons rassemblé toutes les individualités et l’éclectisme du quartier au sein d’une sculpture en forme de cocon présenté le soir de la nuit Blanche. « Cocoon » représentait une structure éphémère construite en cerceaux de bois d’ailantes et incrustée de portraits et d’objets fabriqués par les habitants du quartier.
 
Pour les mobiliser, nous avons embauché sur un an des « recruteurs médiateurs ou field organizer» (originaires du quartier) chargés de transmettre l’esprit du projet, de convaincre et d’impliquer les habitants dans notre démarche. Nous avons également fait appel à l’aide de « relais », des figures emblématiques et influentes (personnalités religieuses, présidents d’associations, patrons de cafés) chargés de sensibiliser les « communautés » qui les entouraient.
»

 
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© GFR

 
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© GFR

 

Ni éloge d’un multiculturalisme nostalgique, ni critique d’une gentrification grandissante, les actions du collectif GFR proposent simplement d’organiser des ateliers de discussion et d’élaboration pour donner naissance à une œuvre partagée. Ainsi, les différentes communautés d’un même quartier se rencontrent, échangent, bâtissent de concert un objet présenté au grand public qui reflète la diversité de leur territoire. A travers cette matière récoltée, à travers l’objet édifié et à travers les portraits, c’est l’histoire du quartier qui est contée.
 

Les murs ont une bouche


 
Concernant le projet Rosa Parks fait le mur, la participation citoyenne a pris une autre forme. Les cinq artistes auxquels GFR a fait appel ont dû s’imprégner de l’esprit du territoire dans lequel ils devaient intervenir. Le but n’était pas qu’ils y déposent une œuvre émanant de leur créativité personnelle, mais bien de l’identité du quartier. Pour cela, l’organisation d’ateliers de slam, de projections ludiques ou d’échanges « au pied du mur » ont permis aux street-artistes de porter la parole habitante. « Parfois les riverains donnaient des mots que l’artiste représentait, d’autre fois, le graffeur traçait les contours d’un dessin que les habitants devaient remplir aux même ».
Martial Buisson précise avoir fait appel à des artistes suffisamment figuratifs pour que leurs œuvres parlent à tout le monde et ne soient pas perçues par les habitants comme des « dégradations » de leur quartier !
 

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Au pied du mur Rosa Parks
© GFR

 

Le collectif compte trois permanents, et a dû faire appel à dix animateurs pour le projet Rosa Parks. Leur année passée sur le terrain, celui-là même où se trouve leur local, leur a permis de prendre véritablement conscience des dynamiques du quartier, de ses rivalités, de ses enjeux. Désormais, GFR cherche à créer une résidence artistique permanente sur ce mur avec des roulements thématiques chaque année. « Nous avons remarqué qu’il y avait une guerre de gangs version jeunes de 13 ans entre le 18 et le 19° arrondissement dont le mur représente la limite. Pour la prochaine édition, nous aimerions travailler sur la question de la jeunesse, en impliquant les parents et les personnes âgées. »
 
Mettre en place le participatif est un travail de longue haleine. Plutôt que de disséminer leurs œuvres de place en place, de manière furtive et superficielle, le collectif préfère s’ancrer, établir une relation de confiance sur le long terme et devenir une agora de quartier. « Entre canal, voies ferrées, friches industrielles… ce territoire recèle de richesses. Cela nous donne envie de l’explorer sans pour autant perdre contact avec Pantin et Aubervilliers ». Le déroulement d’un trait d’union artistique entre Paris et sa banlieue nord reste donc une préoccupation majeure, particulièrement actuelle dans le contexte de la métropole du Grand Paris.
 

La recherche-action


 
Actifs dans les quartiers dits « populaires » de la capitale, le collectif GFR traite de sujets tels que les violences, les femmes, la jeunesse, la tolérance… Afin de mieux analyser et réagir à une situation donnée, GFR travaille régulièrement avec des chercheurs, des universitaires, des militants, des sociologues ou des géographes. L’un de leurs projets, réalisé à l’occasion d’une Nuit blanche parisienne, abordait la condition des femmes dans l’espace public. Pour aller plus loin dans le projet « Façades », GFR a l’intention de travailler avec l’association Genre et ville, une plateforme de réflexion et d’action sur le thème des identités et des territorialités.
 
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Les « Façades »
© GFR

 
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Les « Façades »
© GFR

 
Affaire à suivre donc et à surveiller de près !
 
 
 

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