Débats

Zaha Hadid, de l’école Zorglub au « parametricime »

Article paru sur Le Monde sous le titre original: Mort de Zaha Hadid, la lionne faite architecte, par Frédéric Edelmann
 

L’architecte anglo-irakienne Zaha Hadid est morte, jeudi 31 mars à Miami (Floride), victime d’une crise cardiaque. Agée de 65 ans, elle était hospitalisée pour une bronchite.


 
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Source: genevieve-furnemont.com

 
Couronnée de nombreux honneurs, elle avait reçu en 2015 la médaille d’or décernée par l’Institut royal des architectes britanniques (RIBA). « Zaha Hadid est une force formidable et influente à l’échelle mondiale en matière d’architecture », avait alors souligné Jane Duncan, la présidente du RIBA, qualifiant son travail d’« extrêmement expérimental, rigoureux et exigeant ».
 
Après s’être imposée dans le monde entier, appelée à construire sur tous les continents, elle vivait une période plus difficile. Première femme, et première musulmane, à avoir reçu le prestigieux prix Pritzker en 2004, elle venait de voir son projet de stade olympique à Tokyo recalé. Véritable star, suivie de près par les médias, elle avait fait ainsi l’objet de vives attaques pour des propos qu’elle aurait tenus sur les ouvriers morts sur les chantiers lancés pour la Coupe du monde de football 2022 au Qatar.
 

Statut de popstar


 
Née en 1950 à Bagdad, en Irak, son éducation aurait d’abord été confiée à des religieuses françaises, ce qui ne transparaissait guère, ni dans son usage de la langue de Molière, ni dans la carrière fantasque et fantastique de cette femme au statut de popstar, au physique fellinien, à la voix sombre et chaude. En 1960, son père, Muhammad Hadid, riche industriel et politicien libéral, l’envoie en Suisse avec ses deux frères. D’où elle repart bientôt pour commencer des études de mathématiques à Beyrouth. Comment imaginer alors qu’une femme puisse devenir architecte ? L’idée n’est pas incongrue à la prestigieuse école de l’Architectural Association (AA), à Londres, « l’Académie des Frankenstein », pour le prince Charles, défenseur d’une très classique urbanité. En 1972, Zaha Hadid s’y choisit comme professeur et maître à penser Rem Koolhaas, qui, lorsqu’elle obtiendra son diplôme en 1977, parlera d’elle comme d’une « planète à l’inimitable orbite ». Il dira plus tard de son travail : « Ce qu’il y a d’unique dans son œuvre, c’est la combinaison d’une énergie énorme, et d’une infinie délicatesse. » Elle-même définit ainsi son mouvement spatial : « Je me suis sentie limitée par la pauvreté du traditionnel principe de dessin architectural et j’ai recherché de nouveaux moyens de représentation. »
Parallèlement à sa carrière d’architecte, Zaha Hadid avait enseigné dans les plus prestigieuses institutions internationales, dispensant son savoir à l’AA, à l’Ecole supérieure de design de l’université Harvard, à l’Ecole d’architecture de Chicago, ou à l’université des Arts appliqués de Vienne… Se faisant alors théoricienne, elle se montrait peut-être moins laconique. On retiendra d’elle des sentences comme : « L’architecture est d’avant-garde lorsqu’elle est tournée vers les usagers, qui sont trop souvent oubliés. » Ou : « Une architecture d’avant-garde transforme l’espace public en espace civique. »
 

 
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