Portraits

Un philosophe décrypte notre « peur » des sans abris

Article publié sur Philosophie Magazine sous le titre original: Patrick Declerck: “Vivre dans la rue est un sport de combat”
 

Le projet d’un centre d’hébergement d’urgence pour sans-abri déclenche la colère des habitants du 16e arrondissement de Paris. L’anthropologue et psychanalyste Patrick Declerck nous aide à comprendre ce qui est à l’œuvre dans la violence de ces réactions. Selon lui, ce sentiment de rejet s’adresse à un double monstrueux de nous-mêmes.


 
La construction prochaine d’un centre d’hébergement, destiné à accueillir en priorité les personnes prises en charge par le Samu social, aux abords du bois de Boulogne, dans le 16e arrondissement de Paris déchaine la colère de certains riverains. Deux cents places pendant trois ans : le projet de la mairie de Paris demeure pourtant modeste alors que, selon l’Insee, 28800 personnes seraient sans domicile fixe dans l’agglomération parisienne. De quoi ce malaise est-il donc le nom ? L’anthropologue et philosophe Patrick Declerck, qui a notamment signé Les Naufragés. Avec les clochards de Paris (Plon, 2001) et Le Sang nouveau est arrivé. L’horreur SDF (Gallimard, 2005), identifie les ressorts d’une peur diffuse.
 
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Simulation du projet de centre d’hébergement d’urgence dans le 16e arrondissement parisien © Moon Architectures

 

Comment comprendre la violence de la réaction des riverains du 16e arrondissement, à l’annonce de la construction d’un centre d’hébergement d’urgence?


 
Patrick Declerck: La violence des réactions démontre que nous ne supportons pas d’avoir près de nous des personnes qui risqueraient d’apparaître comme nos doubles, avec les mêmes besoins, la même logique, le même rapport au monde. L’un des facteurs fondamentaux de séparation de l’humanité est l’argent. Il est le théâtre parfait de la mise en scène de tous les fantasmes, tous les non-dits, toutes les agressions, toutes les violences. L’argent est un équivalent ontologiquement creux, ce n’est que du papier et du métal, mais symboliquement riche de bonheur. On le considère comme une protection contre la mort et l’effondrement de tout sens, ce qu’il n’est bien sûr pas. Il produit une existence sociale composée d’un malaise permanent, parce qu’elle est fausse. D’où la nécessité d’entretenir une distance maximale entre ce monde factice et fantasmatique de l’argent, et la réalité, la vraie. Cette dernière peut se résumer ainsi : Homo sapiens reste toujours Homo sapiens. On peut le regretter, et certains ne s’en privent visiblement pas; néanmoins, avec ou sans carte bancaire, avec ou sans Chanel, il est et reste toujours Homo sapiens. Voilà l’insupportable vérité.
 
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