Récits

La déclaration d’amour de plusieurs artistes à la ville de Bruxelles

Article paru sur Le Monde sous le titre original « Bruxelles est la ville d’Europe où l’on chante le mieux le blues »
 

Après les attentats qui ont frappé Bruxelles mardi 22 mars, le service culture du Monde a sollicité plusieurs artistes nés en Belgique, ou y ayant vécu et travaillé, pour recueillir leur réaction.


 
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Source: lemonde.fr

 

Dick Annegarn : « Bruxelles est la capitale des bâtards »


 
Chanteur néerlandais, vivant entre la France et le Maroc, il est notamment l’auteur du morceau iconique Bruxelles, fortement relayé par les réseaux sociaux depuis la tragédie : « Ma chanson accompagne la tristesse du moment et, du coup, je suis un peu sollicité. Demain, je dois passer au “Grand Journal”. C’est étrange, ce matin je faisais une animation en milieu scolaire dans la banlieue de Toulouse, et puis j’enchaîne avec des radios et des télés… Cette chanson résonne donc à nouveau. Bruxelles évoquait “une guerre qui est toujours à faire”. Je parlais de la guerre flamando-wallonne, de combattants et de combattus, et cette guerre je l’ai fuie.
 
Je suis néerlandais mais j’ai vécu dans le nord de Bruxelles de 6 à 20 ans, mon père était traducteur pour le Marché commun. C’est une ville faussement paisible, avec beaucoup de misère, d’alcool, de violence. Une ville pleine de nostalgie. Je ne voulais pas rester avec ces soixante-huitards, ces types qui se tapent sur le ventre, “la danse des panses” dans la chanson. A l’époque, c’était un tas de verre et d’aluminium, que ce soit à l’aéroport de Zaventem ou à Molenbeek. Je me suis rendu compte alors que l’architecture pouvait être violente. La Belgique est un pays un peu artificiel, aujourd’hui un agglomérat d’intérêts européens. Bruxelles est la capitale des bâtards, et j’en suis un. C’est la ville d’Europe où l’on chante le mieux le blues, comme l’a montré Arno.
 
La chanson a été écrite et enregistrée à Paris en septante-quatre. Elle a été reprise par Bashung. Il a fait une maquette qui était mieux que la version sur l’album [Le Grand dîner, Tribute à Dick Annegarn, Tôt ou Tard, 2006] mais il a eu peur de la sortir. La différence entre la sienne et la mienne, c’est que j’ai pleuré en l’enregistrant mais ça ne s’entend pas. Lui, je ne sais pas s’il pleurait mais ça s’entend. Ma voix est un peu fausse car je m’effondrais. L’artiste cède son œuvre. Bruxelles appartient donc à Bashung, Raphaël, Calogero, qui l’ont également chantée, à tout le monde. C’est une chanson qui n’est pas gaie, contrairement à la Bruxelles de Brel, guillerette, avec ses crinolines et la place de Brouckère. Précédée chez moi de “Artère vers l’enfer”…
 
Bruxelles est une ville cosmopolite et j’espère qu’elle le restera. Je m’intéresse aux cultures belges, au pluriel, le wallon étant une des 70 langues. J’y ai été chanter en janvier, j’ai toujours de la famille, mon frère, ma sœur. Je vis aujourd’hui en Haute-Garonne et je passe beaucoup de temps au Maroc. J’ai une maison dans la Médina d’Essaouira, dans le quartier juif, où je suis bien accueilli. Il y a des alcoolos qui se défoncent à l’éther mais tout le monde sourit à tout le monde. C’est une ville avec trois religions, plus les Berbères, et ça cohabite. »
 

Luc Dardenne : « Nous étions une génération qui n’avait pas connu la guerre »


 
Cinéaste (Rosetta, L’Enfant, Le Silence de Lorna…), frère de Jean-Pierre, il vit à Bruxelles : « Je suis sous le choc.

 
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