Portraits

Un artiste défend la cause des Zabbaline, les ramasseurs de rue du Caire

Vue de près, la nouvelle fresque « Perception » de l’artiste de rue franco-tunisien eL Seed ressemble a des segments de serpents. Mais en prenant de la hauteur depuis la colline avoisinante, l’anamorphose apparait. Les fragments s’assemblent pour donner l’illusion d’un tout et porter un message de soutien aux ramasseurs de rue du Caire, les zabbalines.
 

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What you see is not what you think #perception #athanasius #zaraeeb #mubarakcha3abMasr #bestlifeproject

Une vidéo publiée par eL Seed (@elseed) le


 
Le quartier dans lequel siège cette fresque abrite en effet de nombreux glaneurs qui collectent et recyclent les rebuts générés par la ville. Les zabbalines ont une fonction vitale pour la ville. Tels les petite poissons que l’on repère souvent sur l’aileron d’un requin, ils la nettoient, la pansent, la désengorgent, tout en tirant bénéfice de ce qu’ils collectent. La relation qu’établit la ville (comme au Brésil ou se métier est très répandu) à ces « panseurs » est symbiotique.
 
eL Seed cherche par cette intervention à faire changer le regard porté par la société sur cette population. Souvent considérés comme des pariât, des mendiants, des vas nu pied, les zabbalines cairotes ne sont pas reconnus pour leur travail.
 
Dans le quartier de Manchiet Nasserr au Caire, la communauté collecte les ordures de la ville depuis des décennies et a développé le système de recyclage extrèmement efficace et très rentable au niveau mondial. Pourtant, l’endroit est perçu comme sale, marginalisé et isolé. C’est là que les déchets de la ville sont rassemblés pour être triés. Entre les commerces et les bazars, des sacs éventrés, des bidons, des matières éparses s’accumulent tandis que les doigts des femmes sélectionnent finement plastiques et métaux. Les chèvres et les cochons y glanent leur pitance en participant au tableau éclectique. Plus de trente mille personnes, majoritairement de religion chrétienne copte vivent ici, dans cet « intestin urbain ». Les premiers arrivants, originaires des régions pauvres de Haute-Egypte, s’y sont installés dans les années 1940 pour tirer profit d’une métropole à la croissance vertigineuse.
 
Mais depuis 2003, les autorités ont confié la gestion des déchets à de grandes entreprises dans l’optique de rationaliser le système et de mieux desservir les quartiers négligés par les zabbalines (les quartiers pauvres, produisant peu de déchets recyclables). Depuis, le métier est en train de mourir et une guerre urbaine oppose ramasseurs informels et entreprises institutionnelles. Les bêtes ne trouvent plus les déchets organiques dont elles se nourrissaient et en plus de se retrouver « au chômage », les zabbalines sont affamés. Pourtant, le ramassage officiel n’est pas plus efficace que celui des glaneurs, et les habitants des quartiers de classes moyennes et aisées paient davantage qu’au paravant pour un service souvent moins efficace. Le taux de recyclage serait passé de 80 % avec les zabbalines à 2 % à 8 % avec les différentes sociétés privées.
 

In my new project ‘Perception’ I am questioning the level of judgment and misconception society can unconsciously have upon a community based on their differences. In the neighborhood of Manshiyat Nasr in Cairo, the Coptic community of Zaraeeb collects the trash of the city for decades and developed the most efficient and highly profitable recycling system on a global level. Still, the place is perceived as dirty, marginalized and segregated. To bring light on this community, with my team and the help of the local community, I created an anamorphic piece that covers almost 50 buildings only visible from a certain point of the Moqattam Mountain. The piece of art uses the words of Saint Athanasius of Alexandria, a Coptic Bishop from the 3rd century, that said: ‘Anyone who wants to see the sunlight clearly needs to wipe his eye first.' 'إن أراد أحد أن يبصر نور الشمس، فإن عليه أن يمسح عينيه' The Zaraeeb community welcomed my team and I as we were family. It was one of the most amazing human experience I have ever had. They are generous, honest and strong people. They have been given the name of zabaleen (the garbage people), but this is not how they call themselves. They don’t live in the garbage but from the garbage; and not their garbage, but the garbage of the whole city. They are the one who clean the city of Cairo. #perception #athanasius #zaraeeb #cairo

Une photo publiée par eL Seed (@elseed) le


 
Pour éveiller les consciences à cette incohérence politique et urbaine, eL Seed braque les projecteurs sur cette communauté. Son message couvre près de 50 bâtiments et n’est lisible que depuis la Montagne Moqattam. L’œuvre d’art reprend les mots de Athanase d’Alexandrie, figure majeure du christianisme antique et évêque copte du 3ème siècle: « Celui qui veut voir la lumière du soleil doit s’essuyer les yeux en premier. »
 
Et voici un bref aperçu des superbes photographies de Bruno Amsellem rendant compte du quotidien des zabbalines:
 
ZABBALINS-016
 
ZABBALINS-032
 
ZABBALINS-035
 
ZABBALINS-043
 
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