Récits

Dans le film post-apocalyptique Divergente : Chicago et Mies van der Rohe

Article paru sur Mediapart sous le titre original: «Divergente»: fiction contre-utopique et architecture (I Chicago et Mies van der Rohe)

 
Du film à l’exploration politique de l’architecture réelle.
 
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Une cité emmurée. A nouveau. Des habitants en uniformes, répartis en classes imperméables les unes aux autres (Audacieux, Erudits, Altruistes, Sincères et Fraternels). Encore. Tous les signes de la contre-utopie sont là. Mais c’en est à se demander si ces signes, à ancrer la perception du genre, n’en démonétisent pas par avance la portée critique. Quelle société s’organiserait de nos jours sur des principes aussi rigides, sinon quelque Corée du Nord de plus en plus isolée ? A chanter la divergence dans une société qui ne vit que d’individualisme, la contre-utopie finit par faire l’éloge de ce qui est – non sans décrédibiliser du même coup toute divergence véritable. Il ne va pas sans paradoxe de réunir en salle des millions d’adolescents pour leur faire rêver d’hérésie.
 
Chicago se prête à ce scénario. Son skyline si reconnaissable apparaît dès le générique du premier volet, qui glisse bientôt vers des points touristiques confirmés, à commencer par la Chicago River, asséchée il est vrai, mais d’où l’on aperçoit Marina City ou la tour réalisée par Ricardo Bofill. Si New York reste la ville cinématographique par excellence, Chicago ne rechigne pas à de spectaculaires mises en scène. En proie à la violence des Transformers et de Michael Bay il y a cinq ans, elle a accueilli à deux reprises le Batman de Christopher Nolan et s’apprête à souffrir intensément de sa rencontre avec Superman.
 
Pour ce qui est de Divergente, où la ville est déjà à moitié détruite, le choix se révèle cohérent. Le skyline de New York est trop marqué par ses splendides décorations néogothiques / art déco pour donner l’idée d’une cité générique. Chicago compte bien de séduisantes pâtisseries surélevées. Mais la ville qui a vu la naissance du gratte-ciel y a d’abord poursuivi l’accumulation de bureaux en centre-ville, tout en limitant l’investissement foncier. Form follows function, comme l’affirma Louis Sullivan, architecte génial de la ville. L’esthétique qui s’en est suivi (excepté l’incroyable dentelle du même Sullivan, très nettement compensatoire) s’est immédiatement attachée à l’expression d’un rationalisme sans fioriture.
 
Au tournant de la Seconde Guerre mondiale, cette esthétique a enfin trouvé à se sublimer dans les diverses interventions de Mies van der Rohe…
 
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