Débats

Réinventer la Seine et faire de Paris-Rouen-Le Havre « une seule et même ville dont la Seine serait la grande rue »

Après « Réinventer Paris », Anne Hidalgo s’attaque à la Seine. Hier après-midi, la maire a présenté l’appel à projet aux côtés des maires de Rouen Fréderic Sanchez et du Havre Edouard Philippe. Une quarantaine de terrains, propriété des pouvoirs publics, serviront de tremplin à l’imagination d’équipes pluridisciplinaires (promoteurs, architectes, paysagistes, urbanistes…)


 
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Visuel de Seine Métropole, Paris, Rouen, Le Havre, de Antoine Grumbach et Associés

 
L’idée ne date pas d’hier! Tout le monde se souvient du projet de Grumbach qui étirait le Grand Paris jusqu’au Havre :
« J’ai eu un rêve. La vallée de la Seine devenait le cadre d’une grande métropole mondiale où l’urbain et la nature seraient réconciliés, Paris Rouen le Havre enrichissant cette région capitale de leurs identités
propres et l’ensemble des urbanités diffuses façonnant le cadre de vie d’une ville monde riche de sa diversité et de son potentiel créatif et industriel
 » écrivait il dans son diagnostique prospectif de l’agglomération parisienne.
 
Ce principe fait peau neuve, pourtant il remonte à 1517, lorsque François Ier créa Le Havre pour servir de port à Paris. Napoléon lui-même reprit cette idée en déclarant lors d’une visite à la Porte Océane : « Paris – Rouen – Le Havre : une seule et même ville dont la Seine serait la grande rue« .
 
C’est tout l’enjeu de la dynamique de l’Axe Seine, lancée dans les années 60. Son but est de faire des ports du Havre et de Rouen les véritables ports de Paris et de transformer la façade normande en débouché littoral et maritime pour la ville-monde grand-parisienne. En jeu: le renforcement de la productivité de la vallée de la Seine afin de la transformer en un espace « d’innovation et d’avenir ».
 
Mais pour épauler l’accroissement économique de la vallée, l’idée du schéma Basse-Seine se double de l’appel à projet « Réinventer Paris » qui se préoccupe de la qualité de vie. De grands axes sont imposés aux candidats : innovation dans le rapport au fleuve, mixité des usages, ouverture au public, excellence environnementale et sociale.
 
Paris, Rouen et Le Havre unissent leurs forces pour mettre à disposition leur patrimoine industriel – tunnels, ponts, ports, friche, usines, écuries… – aux équipes devant inventer une nouvelle urbanité. Leur « mission » tourne autour de la création de nouveaux rapports à l’eau et de l’innovation dans les usages du fleuve. Espaces de baignades, centres de loisirs, cafés flottants, fermes urbaines et autres espaces « cool and green » sont à prévoir, en espérant qu’ils n’annoncent pas autant une politique de gentrification que ne l’a fait « Réinventer Paris ».
 
Pourtant, Paris semble rêver de « passerelles-cafés », de ponts habités et de barges flottantes pour le réaménagement des tunnels qu’elle met à disposition en anticipant la fermeture des quais Rive droite. Et ce, sans compter sur l’un de ses futurs projets phares, visant à reconvertir en « vitrine de l’agriculture urbaine » l’ancienne usine de traitement des eaux d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), fermée depuis 2010.
 
L’appel à projet, aura-t-il le même effet vitrine que « Réinventer Paris »? De belles opérations financières devraient avoir lieu en tout cas, puisque ne s’inscrivant pas dans le champ de la commande publique, l’appel à projet impose aux lauréat d’acheter ou de louer les terrains. Qui plus est, s’agissant d’opérations privées, il devrait être à charge des architectes de se faire rémunérer par le promoteur avec qui ils font équipe. Echaudée par la polémique soulevée par cette situation lors de « Réinventer Paris », la maire aurait, semble t-il, pris quelques précautions.
 
Les projets seront sélectionnés au printemps et à l’automne 2017, suivant deux vagues. Un évènement à suivre avec attention donc, d’autant plus que le président UDI de la région Normandie, Hervé Morin, annonçait récemment que l’axe Seine « était en panne ». Selon lui, aucun des grands chantiers n’aurait été véritablement mis en œuvre et « le calendrier flou » de la réalisation de la ligne Paris-Normandie ne laisse pas entrevoir la réelle ambition de faire de Paris « une ville mondiale, reliée efficacement à sa façade maritime».
 
 
 

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