Récits

Et Haussmann traça les grands axes parisiens pour endiguer les manifestations

En ce grand jour de manifestation, impossible pour nous de ne pas vous parler de la politique sécuritaire menée par le Baron Haussmann dans le but d’endiguer les débordements sociaux.


 

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Répression de la révolte des canuts (ouvriers de la soie) à Lyon en 1834
Source: assistancescolaire.com


 
Georges Eugène Haussmann, préfet de la Seine de juin 1853 à janvier 1870 poursuit les travaux de transformation de la capitale, engagés par ses prédécesseurs Rambuteau et Berger, sous le règne de Napoléon III.
Mû par deux préoccupations fondatrices de ses grands travaux, la pensée hygiéniste et la politique de sécurisation de la capitale, Haussmann accompagne la transformation urbaine la plus spectaculaire, sans équivalent ailleurs !
 

Au XVIII° siècle, la croissance démographique de Paris provoque une densification considérable des quartiers du centre. Les labyrinthes de ruelles étroites et moyenâgeuses sont noyés sous les eaux grises, les habitants, trop nombreux et miséreux s’y entassent dans de minuscules appartements insalubres, l’air chargé d’effluves âcres ne peut circuler et favorise le développement de « miasmes » et de maladies. C’est la crainte de voir le processus de paupérisation enfler jusqu’à provoquer un soulèvement populaire qui est à l’origine de la percée des grands axes dits aujourd’hui « haussmanniens ». En élargissant les rues, qu’il traçais toutes droites, le préfet assure aux services de l’ordre une maitrise spatiale de la capitale. Les mouvements contestataires, si fréquents à l’époque, sont ainsi étouffés, bloqués par des barrages en amont ou en aval d’une avenue, en court circuitant les lacis de ruelles coupes gorges.
 
Sa campagne intitulée « Paris embellie, Paris agrandie, Paris assainie » explicite son désir de faire de la ville lumière une ville « du bon vivre », de laquelle « révolutionnaires », « saltimbanques » et « miséreux » seraient tenus à l’écart.
Ainsi, en plus d’assurer l’ordre dans la capile, l’objectif d’Haussmann est de poser les bases d’un politique de gentrification. Il écrira d’ailleurs à Napoléon III: il faut « accepter dans une juste mesure la cherté des loyers et des vivres […] comme un auxiliaire utile pour défendre Paris contre l’invasion des ouvriers de la province ».
 
A cette occasion, 18 000 logements « précaires » sont démolis entre 1852 et 1868, qui, sous prétexte de préoccupation hygiénique permettent par le même occasion de déloger les « petites gens ». Une manière de balayer la menace d’une révolte populaire qui plane sur le Second Empire, possiblement provoquée par leur difficile condition de vie. Car, bien que l’amélioration de l’hygiène de vie soit à l’origine de cette campagne de remodelage du paysage parisien, les travaux engendrent de nombreuses épidémies suite à la création de crevasses remplies d’eau stagnantes où les moustiques et autres vecteurs de maladies se développent.
 
L’oeuvre du Baron est largement contestée par les intellectuels de l’époque. Émile Zola fait référence à ses manœuvres financières spéculatives et douteuses dans son roman La Curée et Jules Ferry dénonce la colossale facture de ces travaux dans « Les Comptes fantastiques d’Haussmann ». Cette brochure, dont le titre fait référence aux Contes fantastiques d’Hoffmann, révèle que la transformation parisienne aurait coûté 1 500 millions de francs contre les 500 annoncés.
 
Mais ne soyons pas trop caricatural! Les grands axes, au delà de leur visée sécuritaire, brisent l’isolement des quartiers et mettent en relation les points névralgiques de la ville. Le Corbusier dira d’Haussmann qu’il fût « le premier urbaniste moderne ».
 
 
 

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