Récits

Archi en France, une galère qui les pousse à s’exporter à l’étranger

Article publié sur le Nouvel Observateur sous le titre original: « Boudés chez eux, les jeunes architectes français s’exportent », par Anna Topaloff et Dorane Vignando
 

Ils sont jeunes, brillants et plein d’idées, mais ont des difficultés à percer en France. Essoufflés par un pays qui peine à leur faire confiance, ces architectes préfèrent s’exporter.


 
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Source: leparisien.fr

 
La nouvelle a surpris tout le monde. Une jeune agence parisienne, Moreau Kusunoki, vient de remporter le concours international pour la construction du prochain musée Guggenheim, à Helsinki.
 

14894148guillemets-ouvrantAGENCE MOREAU KUSUNOKI ARCHITECTES
Fondée à Paris en 2011 par Nicolas Moreau et Hiroko Kusunoki, duo franco-japonais, cette toute jeune agence conçoit l’architecture comme la concrétisation de « visions poétiques ». En témoigne cette maquette du futur musée Guggenheim d’Helsinki, récemment choisie parmi 1 700 projets issus du monde entier.

 
Leur tour et leurs 11 pavillons modulaires et modulables aux façades de bois brûlé et à la toiture oblique noire face à la mer ont damé le pion à plus de 1 700 concurrents, dont des maîtres de la discipline comme le Britannique Norman Foster ou le Japonais Kengo Kuma. Une fois passé le sentiment de fierté nationale, une question s’impose : pourquoi, en France, personne n’a entendu parler de ces jeunes architectes dont, hors de nos frontières, on s’arrache le talent ?
 
C’est l’un des nombreux paradoxes dont la patrie de Vauban, Viollet-le-Duc, Le Corbusier a le secret : adulés à l’étranger, les bâtisseurs made in France souffrent d’un déficit de considération sur leur propre territoire. Il n’y a pas que nos « starchitectes » –Jean Nouvel, Christian Portzamparc, Jean-Michel Wilmotte et consorts – qui s’exportent aux quatre coins de la planète. De plus en plus souvent, ces jeunes archis se tournent vers l’extérieur pour trouver un terrain de jeu à leur mesure. La raison est d’abord pragmatique : malgré la réputation de nos écoles et les six années d’études nécessaires à l’obtention d’un diplôme d’État, le métier reste très mal rémunéré. Selon le dernier rapport de l’Observatoire de la profession d’architecte, le salaire moyen est de 2 700 euros net mensuels. Quand 23 % de la corporation ne dépasse pas les… 800 euros net par mois. Côme Ménage, jeune pousse de l’agence new-yorkaire O.D.A, assume sans fard.
 
« Je gagne deux fois plus que mes camarades de l’école restés en France. »
 
Dès lors, difficile de s’étonner que des bataillons de diplômés aillent tenter leur chance ailleurs… Pour preuve, un premier bureau d’ « agent d’architectes » vient de voir le jour dans la capitale : Talents & Co. L’idée ? Comme pour un chanteur ou un comédien, il s’agit de gérer la carrière d’un futur grand nom, de gérer sa communication, d’obtenir des contrats, de faire du lobbying pour lui, bref d’exporter la french touch. « Nous sommes un peu coach, un peu concierges de luxe, mais notre métier consiste surtout à les mettre sur des coups », explique Guillaume Courchay, le co-fondateur de l’agence, avec Alain Trincal. Le bureau compte ainsi dans son écurie des valeurs sûres comme Shigeru Ban (Pritzker Prize 2014), Jean-François Milou et d’autres talents prometteurs comme Tolila + Gilliland, Oxo Architectes ou Laisné Roussel. Mais plus que des « coups », c’est une autre mentalité, un autre rapport à l’architecture que les bâtisseurs vont chercher loin de chez eux.
 
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