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#SafeDansLaRue, les tactiques développées par les femmes pour se rassurer la nuit

Article publié sur l’Obs sous le titre original: « Peur dans la ville : oui messieurs, si vous pouviez changer de trottoir… »
 

Des hommes se sont sentis vexés que des femmes, sur Twitter, racontent leurs stratégies pour se rassurer lorsqu’elles marchent seules dans la rue le soir. De fait, celles-ci « consomment moins d’espace public ».


 
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Une jeune femme, derrière une vitre et ses gouttes de pluie – Alyssa L. Miller/Flickr/CC

 
Le garçon le plus doux que je connaisse me racontait un jour comment, alors qu’il rentrait chez lui en pleine nuit, il avait constaté qu’il était en train de faire flipper une femme sur le même trottoir que lui. Quand il m’avait raconté cette histoire, il était gêné. L’image que cela lui avait renvoyé de lui-même le dégoutait un peu.
 
D’autres hommes ont eu cette prise de conscience grâce… à Twitter. Sur le réseau social, des centaines de femmes ont partagé leurs peurs et les stratégies qu’elles mettaient en place pour se sentir plus en sécurité la nuit, avec ces mots-clés : #SafeDansLaRue.
 

 


 
Certains confrères journalistes ont vu là un partage de « techniques », « de conseils ». C’est assez triste car aucune femme n’est fière ou satisfaite de ces stratégies. On préfèrerait plutôt s’en passer. Et l’idée de ces tweets était justement de mettre en évidence ce fait hallucinant, qu’on ne dit presque jamais. Dans la rue, toutes les femmes ont déjà eu peur.
 

Les femmes « consomment moins d’espace public »


 
C’est partout la même histoire, même si certaines villes inquiètent plus que d’autres. Marseille est en tête (désolée les Marseillais). Dans un sondage du magazine Psychologies, mené en 2008 sur le bonheur en ville, on apprenait que 54% des sondés disaient avoir peur de sortir, la nuit tombée. Le mensuel précisait :
 
« Paris fait 25 points de mieux que Marseille, où peu de femmes s’aventurent à marcher sur un trottoir après 21 heures. Dans le sud méditerranéen, la “ chasse aux femmes ” dessine des villes machistes. »
 
Géographe, Yves Raibaud travaille sur le genre dans la ville. Il explique que les femmes « consomment moins d’espace public ». « Quand on observe les trajectoires des femmes, on voit qu’elles sont dans des couloirs, elles se déplacent d’un point à un autre, et ne stationnent pas dans la rue, contrairement aux hommes. »
 
Sut Twitter, la blogueuse féministe Crêpe Georgette a dressé une liste de choses simples que peuvent faire les hommes si vraiment ils veulent « agir féministe ». L’une de ses propositions a choqué.
 
« Dans la rue la nuit si une femme est seule, je la depasse vite en me mettant sur le trottoir d’en face pour montrer que tout est safe »
— CrêpeGeorgette (@valerieCG) February 4, 2014
 
Des hommes ont eu la sensation qu’on cherchait à les museler. Quand je lui parle de cette idée, qu’avait aussi déjà formulé Maïa Mazaurette, Yves Raibaud s’exclame :
 
« J’ai moi-même adopté cette pratique ! Un jour, je montais des marches quatre par quatre, j’étais pressé parce que j’étais en retard. J’ai fait peur à une femme qui passait par là. Elle est partie en courant. »
 

« Elles ont peur de se faire violer »


 
Il explique que changer de trottoir quand on y est seul avec une femme, c’est « un conseil de courtoisie qui existe dans certains pays », en Algérie par exemple. Bien sûr, cela ne veut pas dire que tous les hommes le font, mais la règle existe.
 
J’ai demandé à des femmes de raconter ce qui leur passe par la tête quand elles ont peur dans la ville. A les lire, on est partagé entre une envie de sourire (certaines stratégies sont absurdes) et de pleurer. Toute cette peur partagée…
 
Yves Raibaud : « Ce qui ressort des études, c’est que les femmes n’ont pas vraiment peur de se faire voler quelque chose. Elles ont peur de se faire violer. »

 

« Je serre les poings »


 

Quand je lui demande de me raconter sa stratégie, Lisa (tous les prénoms de femmes ont été changés) commence par me dire qu’elle n’en n’a pas vraiment.
 
Yves Raibaud raconte à ce sujet :
« Quand on fait des sondages, un certain nombre de femmes disent qu’elles n’ont pas peur, mais dans les faits, on se rend compte très vite qu’elles pensent aussi des stratégies, au cas où elles se feraient agresser. »
 
Lisa, par exemple, dit qu’elle « ne calcule rien » mais lâche aussi :
« Juste je serre les poings et j’essaie de me dire que je peux frapper avec. Et je marche d’un air énervé et assuré, en mode Jean sans Peur.
 
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