Débats

NOS ENTRETIENS AVEC LES ACTEURS DE LA VILLE : La parole à Yves Laffoucrière, Directeur Général du Bailleur social 3F

 

guillemets-ouvrant3F, premier bailleur social français, gère aujourd’hui 245 000 logements en France et en a construit plus de 7 000 en 2015. Yves Laffoucrière, Directeur Général, nous dévoile les innovations portées par le Groupe.
Il nous en dit plus sur la stratégie qu’il met en oeuvre pour concilier l’accès au logement pour le plus grand nombre

et la nécessité de produire des logements durables.
Entretien avec Yves Laffoucrière, Directeur Général du Groupe.

 
 

Yves LAFFOUCRIERE ©3F-Sylvie Duverneuil

Yves LAFFOUCRIERE ©3F-Sylvie Duverneuil

La COP 21 s’est achevée il y a un peu plus de trois mois. Quelle fut son impact sur votre politique de développement durable ?

 
Le développement durable est inscrit dans nos gènes, dans notre identité de bailleur social, depuis de nombreuses années. Nous y sommes naturellement attachés car nous gérons sur une très longue durée nos actifs. Les projets d’entreprise que nous menons tous les 5 ans, sont systématiquement imprégnés des questions de développement durable. Evidemment, nos réflexions évoluent, s’adaptent et convergent avec les politiques publiques, les lois votées ou l’émergence des politiques RSE. Nous ne sommes pas seuls maîtres du navire, le développement durable est une préoccupation collective. Mais l’évènement de la COP21 a eu l’avantage de jouer le rôle d’accélérateur en plaçant un point fixe dans nos réflexions. Cela fait une dizaine d’années que nous faisons des expérimentations en matière de bâtiments énergétiquement performants et d’énergies renouvelables. Cet évènement a été l’occasion de les transformer en un grand plan d’intensification de notre action en matière de développement durable. Ainsi nous passons d’actions juxtaposées menées par les différentes équipes à un programme plus structuré, qui s’impose à tous comme une évidence. Dans les semaines à venir, nous allons affirmer plus précisément 13 grands chantiers en matière de développement durable.
 
 

Pourriez-vous nous expliquer comment vous intégrez concrètement le développement durable dans vos projets ?

 
Il y a trois dimensions dans le développement durable:
1) Tout d’abord, la question « des logements durables », qui concentre les enjeux de réhabilitation et de construction de logements énergétiquement plus performants. Par ailleurs, nos locataires seront mis plus au coeur de ces projets grâce des concertations plus approfondies et menées plus en amont.
2) Deuxième dimension, « l’ouverture sur la ville », avec le renforcement des collaborations avec les collectivités locales sur les questions de transport, d’implantation de commerces, services et d’associations…
3) Enfin, nous nous devons d’être une entreprise exemplaire, tant dans nos pratiques internes qu’avec nos partenaires extérieurs. A titre d’exemple, nous avons lancé récemment sur internet (http://www.3f- ecoresponsable.fr/) un grand appel à idées auprès de nos locataires, leur demandant d’imaginer le logement durable de demain. Plus de 500 locataires ont déposé leurs idées, allant de jardins partagés, à la gestion des déchets, en passant par l’éclairage des parties communes… Les propositions les plus « likées » sont actuellement étudiées par nos équipes en vue de leur réalisation.
 
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« On habite un immeuble, un quartier, une ville. Ainsi nous ne pensons pas uniquement au bâtiment en soi. L’intégration de l’immeuble dans le quartier ainsi que le travail avec les collectivités locales nous parait primordial


 
 

Avez-vous des projets phares qui attestent de votre engagement durable?

 
Depuis 10 ans nous menons une politique de réduction des charges de chauffage. Nous avons
supprimé le fioul, nous essayons de nous raccorder à des réseaux de chaleur vertueux (géothermies, centrales de biomasse et d’incinération d’ordures ménagères…) plutôt que d’utiliser les énergies fossiles. De plus nous mettons en place de plus en plus de capteurs solaires et de pompes à chaleur thermodynamiques. Mais le développement durable ne passe pas uniquement par l’utilisation d’énergies vertes. A Charenton-le-Pont, nous sommes en train de reconvertir des bureaux en logements. Au lieu de démolir la carcasse de béton, ce qui coûte très cher en carbone, nous destinons l’immeuble à un nouvel usage. Dans le même esprit, dans l’hypercentre des villes de Paris et Montreuil, nous menons des opérations de surélévation d’immeubles et de changement d’usage.
 
1 avant - De Jean Marin et Brugel Architectes
 
2 apres -  De Jean Marin et Brugel Architectes
 

guillemets-ouvrantLe projet de la rue du Faubourg du Temple (Paris 10e) vise à améliorer l’habitat existant et proposer un plus grand nombre de logements.Cette opération combine démolition/reconstruction, réhabilitation et surélévation.


 
Question matériaux, nous venons de lancer la plus grande opération en bois bas carbone à RisOrangis.
 
Nous avons calculé que construire cet immeuble en bois permet d’économiser l’équivalent de 88 ans de dégagement de gaz à effet de serre. Qui plus est le bois est un très bon isolant thermique! Et, contre tout préjugé, lorsque le bois est massif (comme dans ce projet), les superstructures résistent au feu.
 
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guillemets-ouvrantLe chantier de 140 logements locatifs sociaux dans le plus grand bâtiment en bois massif d’Europe, est en cours à Ris-Orangis.


 
 
 
 

Qu’est ce qui fait la spécificité du Groupe 3F ?

 
D’un acteur historiquement habitué à produire et à gérer des logements, nous devenons petit
à petit un acteur plus global d’une ville et d’un habitat durable dans les quartiers. Nous agissons par le biais de l’architecture et de l’économie d’énergie, par celui du lien social des habitants en favorisant le vie collective, et nous portons également une certaine vision à long terme de la ville. Tout comme votre journal, nous sommes très attachés à la notion d’ « urbanité ». Notre but est de loger des gens pour qui le marché est inaccessible, d’éradiquer l’habitat insalubre, mais aussi de rendre attractifs des territoires dépréciés. Nous démolissons de vieilles cités HLM en périphérie pour les remplacer par des immeubles neufs, en visant notamment le maintien de l’habitat dans les centres historiques comme nous l’avons fait à Romorantin- Lanthenay.
 
Nous sommes des acteurs de la transformation urbaine ! Mais attention, nous ne sommes pas des inconditionnels de la démolition! Plus globalement, sur les 5 dernières années, nous avons rénové 15 000 logements en Ilede-France, et par les économies d’énergie et la réduction des dégagements en CO2, nous avons diminué de 33% l’énergie nécessaire pour chauffer ces bâtiments.
 
 

Vous parliez de favoriser le lien social. Comment procédez-vous?

 
Depuis quelques années nous accompagnons de nombreuses créations de jardins partagés, nous apportons notre aide à des associations désireuses de monter des espaces publics numériques et nous tentons de lutter contre les déserts médicaux en pratiquant une politique de loyer adaptée, ce qui incite médecins ou professions paramédicales à s’y installer. Tous ces compléments d’activité prouvent que nous ne faisons pas que des « machines à loger ». Qui plus est, à l’intérieur même de nos logements sociaux nous favorisons la mixité sociale en proposant au sein d’une même résidence des appartements allant de PLAI à PLI (logement intermédiaire). Les loyers varient donc de 4E/m2 jusqu’à 17E/m2. Certains habitants sont là depuis 15 ans, d’autres sont de tout jeunes arrivants…
 
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guillemets-ouvrantLe 2 décembre, la Société nationale d’horticulture de France (SNHF) a décerné le prix du jury mention « initiative citoyenne » du Concours National des Jardins Potagers à une locataire d’Immobilière 3F, présidente de l’association Liber-T, en charge de la gestion et de l’animation jardin partagé de la Cité Renault aux Mureaux. Depuis sa création en 2012 dans la foulée de l’opération de rénovation urbaine du quartier, ce potager de plus de 500 m2 est pris en mains par 25 familles, qui y cultivent légumes et plantes bio.

 
 

Comment arrivez vous à concilier la dimension sociale de votre habitat et la dimension qualitative et environnementale souvent onéreuse?

 
C’est tout le talent des équipes, savoir concilier produits de qualité – on ne fait pas du « sous logement » – et loyers modérés ! Nos projets sont pensés pour être économiques en tout point. Concernant les constructions en bois par exemple, comme il s’agit actuellement de petites séries expérimentales, leur construction nous revient aussi cher que d’utiliser un autre matériau. En revanche, en gagnant un an et demi sur le temps de production, nous économisons! Et lorsque le marché se développera, les prix baisseront.
 
 

Parlez-nous de votre participation à «Réinventer Paris»

 
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guillemets-ouvrantRéinventer Paris est un appel à Projets Urbains Innovants lancé en novembre 2014. Des équipes mixtes composées d’architectes, de promoteurs, d’ingénieurs, de banques, de startups, d’associations… se sont attelées à proposer des réponses visionnaires aux enjeux de la métropole future. 22 lauréats ont été désignés le 4 février pour intervenir sur des territoires niches.


 
Sur Réinventer Paris, nous avons accompagné des promoteurs privés. Nous contribuons à intégrer la réflexion sociale dans leurs projets. Sur le site «Ternes-Villiers», situé près de la Porte Maillot, le projet porté par BNP immobilier a été désigné lauréat. Immobilière 3F y réalisera des logements locatifs sociaux afin de proposer à un programme mixte, diversifié et ouvert sur la ville.
 
 

Vos commentaires

  • landrieu a dit :

    Moi locataire 3F depuis 50 annees dans une banlieue delaissee!!!rien n avance tout reste en suspend et je ne vois pas l evolution souhaitee par les dirigeants des 3F.
    Franchement dommage!!!

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