Portraits

La Jungle de Calais, laboratoire de la ville du XXI° siècle

Tribune de Cyrille Hanappe parue dans Libération sous le titre original: « Les leçons urbaines de la jungle »
 
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Vue d’ensemble du secteur sud-ouest de la jungle. ENSAPB

 

Le camp de migrants est plus qu’un bidonville, il est plus qu’une ville, il est le laboratoire de la ville du XXIe siècle.


 
Multiculturelle, solidaire, écologique, dynamique, sympathique mais aussi sale, chaotique et mal équipée, la «jungle» de Calais n’est pas née d’un idéal utopique, mais de ce mélange de hasard et de nécessité qui fit naître toutes les grandes villes de l’Histoire. La jungle est le village du monde, le quartier de l’humanité, le forum des sociétés.
 
Autorisée sans limitation de temps il y a un an par le gouvernement et la mairie de Calais, elle s’est inventée depuis à la croisée des peuples qui l’ont investie. Qu’ils soient originaires du Soudan, d’Erythrée, de Syrie, d’Afghanistan, aussi bien que du Royaume-Uni, de France ou de Belgique, ils sont des milliers à la concevoir et à la construire depuis un an.
 
Il est important de comprendre qu’elle n’est pas habitée que par des migrants dans l’urgence de passer la Manche, mais qu’il y a aussi d’autres réfugiés qui sont venus s’y installer, car ils bénéficient là d’un tissu d’entraide social, économique et bienveillant qu’ils ne trouvent nulle part ailleurs en France. Dans l’attente de l’instruction du dossier de demande d’asile, qui peut durer un an et qui interdit de travailler, on se retrouve à Calais avec des gens ayant les mêmes problématiques, qui ont connu les mêmes chemins et des cultures partagées. Des tuyaux y sont échangés, une activité économique minimale existe, le dynamisme et l’énergie de tous sont palpables – toutes choses qu’on ne trouve pas dans des centres d’accueil et d’orientation (CAO) éparpillés dans le territoire rural français.
 
Le théoricien italien Aldo Rossi définissait «l’architecture de la ville» par ses trois permanences : le viaire, les monuments et les typologies d’habitat. Ces trois éléments se sont fixés dans la jungle dès le début de son existence. Les sentes sont devenues des chemins, puis des rues définissant un plan qui n’a jamais changé dans son tracé. Les églises et les mosquées ont grandi, se sont solidifiées et embellies. Sont apparus les écoles, le théâtre, les bibliothèques, les restaurants et les boutiques, et la fameuse boîte de nuit. Quant aux habitats, ils se sont définis au cours du temps, au croisement des cultures d’origine des habitants, des matériaux disponibles et des apports de différents groupes de bénévoles et des associations du monde entier.
 
L’église copte érythréenne est un des plus beaux symboles des monuments de la jungle : présente dès les premiers jours, en mars 2015, isolée au milieu de la lande, elle était d’abord bicolore bleu et rouge, avec une simple nef qui faisait un peu moins de dix mètres de long. Victime d’un incendie, elle fut reconstruite exactement sur le même site, mais cette fois blanche avec des liserés bleus, deux fois plus grande, plus large, plus haute, plus belle.
 
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