Portraits

The World Trade Center, la gare de Santiago Calatrava, a été inaugurée hier à New York

Station Ground Zero - New York

Station Ground Zero – New York

Autant architecte praticien que théoricien, Calatrava est le paternel de la nouvelle gare World Trade Center, inaugurée hier à New York.
Cette nouvelle station new-yorkaise construite autour du site des tours jumelles, désormais transformé en mémorial, présente un grand hall oval de 111 m de long, surmonté de poutres dirigées vers le ciel comme les ailes d’un oiseau. Initialement fixé à 2 milliards de dollars, le projet a atteint les 3,85 milliards, ce qui en fait la gare la plus chère au monde.
 
A terme, la gare reliera les trains de banlieue desservant le New Jersey (PATH) et onze lignes de métro. Elle abritera un vaste centre commercial de près de 34.000 mètres carrés, baptisé Westfield, comprenant des boutiques et des restaurants, qui n’ouvriront qu’en août.
 
Calatrava, son architecte, s’est vu décerner le prix européen de l’architecture pour l’ensemble de son oeuvre en novembre dernier, au cours d’une cérémonie organisée dans la station. Figure emblématique de l’art de bâtir, il a participé à l’invention d’une architecture « organique », utopique et incroyablement mécanique. Une occasion pour nous de brosser son portrait.
 
 

L’architecte sculpteur


 
Né près de Valence en 1951, Calatrava prend, dès son plus jeune âge, des cours de dessin et de peinture à l’École des arts et métiers de Valence où il est perçu comme un enfant prodige. Il entame ensuite des études d’architecture qu’il double d’un doctorat en génie civil à l’École polytechnique fédérale de Zurich.
La rigueur des mathématiques épouse alors la créativité et la sensibilité du jeune homme qui n’aura de cesse de créer des formes, mi-infrastructures, mi-machines, graphiques et fonctionnelles.
 

C’est dans le dessin et la sculpture que l’architecte-artiste puise l’inspiration et expérimente les formes génératrices de projets. Les idées techniques y croisent les concepts formels dans un processus artistique exploratoire. Partant de modèles organiques, retrouvés dans la nature et le corps humain, Calatrava modèle, sculpte, étire de son pouce et dessine de sa plume l’émergence de nouvelles formes dépassant la simple imitation pour acquérir une identité propre. Le résultat expose un équilibre structural ordonné qui offre à la matière inerte un dynamisme formel.
 

« Mon travail comme sculpteur est fondamental pour comprendre mon travail comme architecte. J’essaie d’abattre les frontières entre l’architecture et la sculpture, et d’entrevoir l’architecture comme un art. »
– Santiago Calatrava Valls
 

De l’objet sculpté, dépassant largement l’idée de maquette, Calatrava transpose les principes développés à la petite échelle vers l’échelle habitable.
 

De la sculpture...

De la sculpture…

à l'architecture

à l’architecture

L’architecte cinétique


 
Mais c’est la « poétique du mouvement » qui rendra l’oeuvre de Calatrava si caractéristique. Tiré d’analyses in-situ, parfois même relevant du domaine des sciences et de l’anatomie, le mouvement est décortiqué, réinterprété, et ré-insufflé dans son architecture. Le projet qui s’en dégage participe à la production d’un mouvement réel, ou véhicule l’idée symbolique du mouvement par sa formalisation.
 

«Le sculpteur essaie de saisir un instant, par exemple l’envol d’un oiseau, qui monte et qui reste pour un instant. Dans les forces, il y a du temps ; les forces sont des mouvements cristallisés, pétris dans la masse du béton, pétris dans l’acier.»
-Santiago Calatrava Valls
 

L’un des premiers projets réalisés par l’architecte au début de sa carrière est avant-coureur de cette démarche à la Léonard De Vinci. Calatrava s’inspire, pour son projet d’entrepôts pour la compagnie Ernsting Miniladen en Allemagne, de l’articulation du genou humain pour actionner les immenses portes de hangars. Grâce à ces connaissances étendues en ingénieurerie, Calatrava conçoit un mécanisme qui produit l’ouverture et le pliage des portes à la manière de l’articulation de la rotule humaine. Ce détail d’assemblage sera l’un des premiers qu’il brevètera.
 
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L’architecte mécanique


 
Avec les années, Calatrava développe son goût pour les « machines urbaines » qui prennent de plus en plus d’ampleur. A Valence, sa ville de coeur, l’architecte conçoit la coupole du planétarium de la Cité des Arts et des Sciences comme un oeil dont la paupière se soulève selon la luminosité. La partie ouvrable est formée de lattes de différentes grandeurs montées sur une tige centrale pivotante en reprenant la structure d’une plume. Ce pare soleil donne au coeur bétonné du batiment l’occasion de changer d’apparence selon les conditions météorologiques et de s’adapter au climat chaud valencien.
L’architecture se met en mouvement et s’adapte à son environnement pour une ergonomie et un confort plus grand.
 
Cité des Arts et des Sciences  - Valence

Cité des Arts et des Sciences – Valence


 
Croquis de projet

Croquis de projet

Dans les projets de Calatravas, l’énergie du mouvement est suggérée lorsqu’elle n’est pas directement expérimentée. Adepte de constructions d’infrastructures lourdes, de gares, de ponts suspendus… qui incarnent l’essence de la mobilité symptomatique de nos modes de vie contemporain, l’architecte met à profit sa poétique de la cinétique pour dépasser la simple éloge de la technique. Ainsi, Calatrava passe outre les frontières artificielles qui isolent l’art de la technologie, l’action de la réflexion, la réminiscence de l’innovation, la construction de l’émerveillement.
 

Cependant, ses projets soulèvent souvent la controverse par leur extravagance, leur coûts élevés et les retards de chantiers. C’est le prix à payer pour quiconque tente de repousser les limites d’une discipline dont la frontière entre bien-être commun et performance technique est floue.
 

Pont Zubizuri - Bilbao

Pont Zubizuri – Bilbao

Pont del Alamillo - Séville

Pont del Alamillo – Séville

Gare do Oriente - Lisbone

Gare do Oriente – Lisbone

Gare TGV - Liège

Gare TGV – Liège


 
 
 

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