Débats

Nos villes masculines deviendraient-elles des smart cities à l’image de la femme ?

Article publié sur L’Atelier sous le titre original « La (smart) cité des femmes », par Etienne Roché
 

Si la cité, telle qu’on la connaît, est de facture masculine, la smart city ne pourrait-elle être façonnée en une « Cité des Femmes » ?


 
Il y a 50 ans, les bals populaires étaient un bon moyen de se rencontrer : les célibataires y allaient endimanchés, les chaperons formaient une légion silencieuse et bienveillante, et au son de l’orchestre, Cupidon décochait ses flèches dans toute l’assistance avec un certain succès car la structure sociologique de l’époque l’imposait (sédentarité importante, stabilité du schéma familial dominant, population rurale plus importante…) Le temps a passé, les bals populaires puis les discomobiles ont cédé la place aux boîtes de nuit avant de décliner elles aussi dans les années 2000. Et Internet arriva : Cupidon a rejoint à présent un Olympe californien, les chaperons se sont transformés en entremetteurs numériques reprenant corps dans des applications comme Meetic, Tindr ou plus récemment Happn; la place de bal s’est étendue à toute la ville et l’orchestre joue à présent en permanence.
 

L’unité de temps, de lieu et d’action de la séduction n’est plus


 
Dans la séduction 2.0, le marketing digital s’impose de fait et suit un parfait alignement avec la consumérisation de nos sociétés; on choisit à présent le « produit » en ligne avant de se rendre éventuellement sur place pour le voir, voire de se le faire livrer à domicile… Evidemment, l’amour et l’Amour ne sont pas facilement réductibles à une suite de préférences de goûts et de couleurs qui donneraient l’hypothétique recette d’un philtre d’une autre époque. Aussi, les business-models du « dating » explosent en nombre et se déclinent en d’infinies variétés affinitaires comme, par exemple, Glut’aime, site de rencontres pour les intolérants au Gluten… De même, dans un des marchés connexes de la Rencontre, celui de la prostitution, quand il est légalisé, le domaine n’a pas échappé pas à sa numérisation. En Allemagne (où la prostitution est encadrée), l’application ‘Ohlala’ se présente comme le Uber de la profession avec tous les atours inhérents à ce type d’application, et a pour objectif de « désintermédier » les proxénètes de ce marché (approche qui pourrait d’ailleurs faire réfléchir à la nature économique de certains intermédiaires dans d’autres secteurs industriels…) Mais la séduction reste avant tout une affaire de rencontre qui n’a rien de virtuel. Comme dans d’autres secteurs, celui de la séduction nécessite tout de même un retour dans le « physique ». Ces rencontres, organisées ou fortuites, nécessitent que certaines conditions soient réunies et que des lieux existent.
 

Une ville à l’image du mâle ?


 
C’est là que les choses ont commencé à se compliquer dans les dernières décennies. Sortis de terre en peu de temps à l’échelle du siècle et surtout en moins d’une génération, les grands ensembles urbains des 30 Glorieuses ont rapidement construit une ville à l’image de l’homme, du mâle de l’époque, voulant aller toujours plus vite, plus haut, plus fort et donc plus propice à la voiture qu’à la rencontre. Le tout béton et tout bitume ont rabaissé la condition du piéton à celle d’une fourmi dans ces grands ensembles, devenant de véritables matrices d’insécurité, dans lesquelles les femmes ont dû par sur-adaptation construire des stratégies d’évitements ou d’invisibilité …
 
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© Genre et ville

 
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