Récits

L’échappée belle, récit d’un amoureux de l’asphalte des bords de Seine

Article paru dans le journal étudiant « Poteau poutre » de décembre 2015
 
La mairie de Paris a annoncé la fermeture définitive, dès l’été 2016, de la voie Georges Pompidou, plus communément appelée voie sur berge. Réalisé en 1966, cette autoroute urbaine traverse paris d’Ouest en Est sur 13 kilomètres, et sera réservée aux piétons sur 3,3 kilomètres, du tunnel des Tuileries au bassin de l’Arsenal.
Une page se tourne sur l’époque Pompidolienne, où la voiture était reine, quand chaque français grâce à sa carlingue participait à l’esthétisme d’un dynamisme hexagonal
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Août 2016 bannira la bagnole de sa dernière scène parisienne.

 

© Hector Enezian

© Hector Enezian

Mais je l’aurai connu ce temps où l’on pouvait filer le long de la seine a travers Paris, à contre-courant et hors du temps. C’était mon rêve mobile, mon évasion quotidienne, rapide et égoïste sur un ruban d’asphalte.  Je vivais sur cette ligne droite du quai de mon quartier jusqu’a Marne la vallée, c’était quelques minutes d’attention à grande vitesse comme une dernière ivresse urbaine.
Les premières images des voies sur berges noyées dans une pelouse verdoyante sont tombées, l’humain reprend sa place sur la nature ou l’inverse.
 
Il est donc temps de couper ce cordon qui me reliait à toi banlieue natale, nature minable, je dis aujourd’hui au revoir à mon seul échappatoire pour te voir.
 
 
On pouvait imaginer le temps d’une traversée sur ces quais la ville de demain, libre et mobile, adaptable et modulable.
 
On regrettera les promenades le dimanche en rollers sur les voies, où les enfants adorent s’y croire, sur l’autoroute de la Seine.
 
Regarder depuis le Pont Marie les voitures filer a la tombée de la nuit, c’était presque plus beau que ces bateaux moches qui éclairent le ciel, et savourer le caractère insolite d’une voie express habilement cachée entre l’eau et les bouquinistes, les ponts adaptant leurs voûtes au courbes de la route.
 
Sur l’autre rive les noctambules dansent déjà les pieds dans l’eau.
 
En sortant de ma chambre je t’emmène une dernière fois voir ma nature, c’est à 5 minutes par les quais puis l’A4 vers Disney rien ne peut nous arrêter, c’est une belle échappée quand la ville devient citrouille. Accroche toi et ferme les yeux on ira plonger dans ce fameux tableau de Manet.
 
 

Impatient de voir des enfants s’amuser sur les rives d’un Paris plage permanent, ce texte est avant tout lyrique et imagé pour enterrer avec nostalgie une pratique désuète de la ville.
 
 
 

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