Portraits

Alexandre Chemetoff, cet immense paysagiste, porte un regard décalé sur la « nature » en ville

Article publié sur Libération sous le titre original « Plus verte la ville », par Catherine Mallaval
 
Dès les années 80, l’architecte-paysagiste Alexandre Chemetoff plantait des bambous dans Paris. Balade dans ses chantiers de prédilection.
 
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L’immeuble conçu par Ernesto Nathan Rogers, dans les années 60, à Milan est un exemple pour Chemetoff. Photo Alexandre Chemetoff.

 
On peut rêver de plaquer sa rue. L’asphalte. L’air shooté au dioxyde de carbone. Le gris qui manque de vert. De tout planter. Filer en Islande pour reprendre souffle dans les artères de Reykjavik, qui tire son énergie des entrailles brûlantes et soufrées de sa terre. Prendre un billet pour la Suède, destination Malmö et ses éco-zones. Ou s’envoler pour Vancouver qui pompe toute sa force dans les vagues, le soleil et le vent. Mais la rue est-elle plus verte chez nos voisins ? Et d’ailleurs qu’est-ce qu’une rue verte ?
 
Celle que promet Paris, avec quelque cent hectares de toits, façades, murs végétalisés et lopins d’agriculture urbaine d’ici 2020 ? «La rue verte n’existe aujourd’hui que par petits bouts», énonce l’architecte-urbaniste-paysagiste Alexandre Chemetoff, yeux bleus réflexifs sur un corps de colosse aux mouvements lents. Tout en économie d’énergie. Depuis plus de vingt ans, l’homme dessine, conçoit des opérations de rénovation avec le souci d’un juste équilibre entre l’urbain et la nature, dans son bureau, ou plus exactement sa serre plantée au milieu de bambous et de lierre. Un hurluberlu ?
 
Un cérébral qui en 1983, s’est mis en tête d’installer son agence baptisée Bureau des paysages à Gentilly (Val-de-Marne) sur un terrain pentu entre la Bièvre qui coule désormais sous une chape de béton et un aqueduc chargé, jadis, d’alimenter le palais du Luxembourg. Le lieu tient du manifeste. Bois, verre, ouvrages de botanique, végétation luxuriante, essais de différents sols bien plus vivants que du bitume, il se fond en douceur dans l’allure chaotique du quartier.
 
Avec croquis et concepts tels que «frugalité» ou «fragilité», «réemploi», Alexandre Chemetoff vous dessine ce que pourrait être une «vraie» rue verte en revisitant notamment ses derniers chantiers, lui qui dans les années 80 livra aux parisiens le jardin des bambous du parc de la Villette. Soit 3 000 m2 de zénitude, creusés à six mètres de profondeur, protégés du vent et des bruits tandis qu’un mur face au sud absorbe et restitue la chaleur du soleil. Entretien autour de quelques thèmes fétiches de ce géant vert, qui s’apprête à livrer fin avril à Paris, à l’angle des rues Bichat et du faubourg du Temple, un îlot d’habitats avec une crèche dont les salles seront baptisées orme, ginkgo, chêne…
 

Simplicité, naturalité


 
«On parle beaucoup des murs végétaux. Et celui du quai Branly est spectaculaire. Mais de tels murs sont peu accessibles, et peu économiques d’entretien. Pour moi, ce sont presque des gadgets. On n’est pas obligé d’être sophistiqué, quand on veut faire vert. Une belle glycine ou du lierre qui envahit la façade d’un immeuble, c’est extraordinaire. Il faut favoriser une esthétique de la simplicité. Et quand on végétalise ne pas faire table rase du passé, mais s’inscrire dans le lieu, le climat, l’ambiance. C’est ainsi que la nature trouve un équilibre avec la rue, la ville. Pour moi, verdir une rue passe par le sol. L’asphalte étouffe tout. Alors que dès qu’un sol est poreux, l’eau peut s’infiltrer et les herbes s’inviter.
 
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