Récits

Les premiers pas, mal acceptés, du street art à Tunis

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Un portrait d’un homme politique tunisien de gauche qui a été tué en 2013. (Thessa Lageman)

 
Le street art est un phénomène relativement récent en Afrique du Nord. Depuis quelques années, de plus en plus de murs se parent de messages et de fresques éphémères, parmi lesquels le « Calligraffiti », street art à la frontière de l’art de la calligraphie arabe et de celui du graffiti. Les murs, mais aussi… les dômes des mosquées servent de médium aux jeunes artistes de rue en mal de liberté d’expression.
 
Dans le Grand Tunis, bien loin des belles villas de Carthage, les banlieues populaires de l’ouest ont été le siège de récentes émeutes et se vident progressivement de leurs jeunes, fuyant le chômage ou rejoignant l’Etat islamique. Bien que la révolution de 2011 ait été porteuse de grands espoirs, cinq ans plus tard, la pauvreté, le chômage et la corruption sévissent toujours. L’attrait touristique de la capitale s’est effondré après une série d’attaques terroristes et la liberté d’expression est de plus en plus restreinte.
 
Arbi Mejri, un des membres du 4 Street Family – un groupe de 25 graffiti artistes, danseurs, beatboxeurs et cinéastes – confie à Citylab : « Nous abordons des sujets tels que la pollution ou le droit des femmes. La plupart des artistes tunisiens dissimulent leurs messages politiques surtout quand ils critiquent les représentants du gouvernement ou des chefs religieux, parce cela représente un réel danger !»
 
Ce n’est pas un hasard si le street art a fait son apparition dans les quartiers populaires de la métropole. « Sans problèmes, il n’y a pas d’art » s’exclame Vajo, l’artiste de rue et graphiste. Selon lui, l’un des principal problème tunisien réside dans le précipice qui sépare les classes sociales.
 
Pendant la dictature, il était dangereux d’exercer le street art, mais après que le président Zine El Abidine Ben Ali ait fui, de nombreux artistes ont profité de cette liberté provisoire pour s’exprimer. Vajo, Electro Jaye et ESKA-ONE ont commencés par orner les murs intérieurs et extérieurs d’une maison ayant appartenu à l’un des beaux-parents du dictateur, dans la banlieue aisée de Gammarth. Depuis, les initiatives fleurissent: à Djerbahood sur l’île de Djerba, 150 artistes internationaux ont été invités à peindre un village; l’été dernier, un groupe d’artistes a peint un vieux Boeing 727 à El Mourouj, et un autre dans la banlieue de Tunis…
Tous ont comme référence des artistes de rue bien connus tels que Banksy, 1UP Crew ou Tati Suarez.
 
Cependant, le graffiti reste mal accepté par une certaine partie de la population et la police qui ont du mal à distinguer cet art du vandalisme. Les ratonnades sont monnaie courante pour ces artistes illégitimes. Pour limiter les risques, certains préfèrent obtenir des autorisations.
 
L’une des rares artistes de rue de sexe féminin du pays, Dalinde Louati, a reçu l’autorisation de l’Institut Supérieur des Arts et Métiers de Sfax pour peindre sur les murs des villes tunisiennes dans le cadre de son doctorat sur l’art de la rue en Tunisie. Ceci, à la condition qu’elle s’engage à effacer toutes les traces après avoir terminé ses recherches. Malgré tout, elle n’a pu éviter un bref passage en prison après avoir peint un pistolet en face d’une usine de phosphate, en signe de protestation à la pollution urbaine.
« L’art peut encourager les gens, et leur donner espoir. Il y en a grand besoin ici » soutient elle.
 
En Afrique du Nord, le street art en est encore à ses balbutiement, mais il apprendra bientôt à chanter !
 
Article réécrit à partir de
« How Street Art Took Off in the Suburbs of Tunis »
, rédigé par Thessa lageman et publié sur Citylab
 
 
 

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