Portraits

Vhils, le street artiste qui sculpte des portraits sur les murs, au marteau-piqueur et au burin

Article paru sur Libération sous le titre original : « Vhils, les murs du sens »
 
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Portrait ciselé dans un mur par Vhils. Source: chambre237

 
Sensation du «street art», le jeune Lisboète fait surgir des façades des visages insoupçonnés. Rencontre à Hongkong où il prépare sa prochaine exposition.
 
«J’ai toujours été timide avec les langues », dit Alexandre Farto aka Vhils, 28 ans, après plus de cinq heures passées à parler en anglais de son travail, de politique, d’éducation artistique, de la ville, et de sa prochaine exposition, ici à Hongkong. Lui qui vit et travaille avec une Française comprend notre langue mais n’ose la parler qu’avec ses beaux-parents.
 
Alexandre Farto a trouvé son propre langage : l’art urbain, l’art contextuel, le street art. Les aficionados savent que Vhils est l’une des étoiles montantes du moment. L’un de ceux qui renouvellent le genre tout en s’intégrant à l’histoire d’un art né à Philadelphie et New York dans les années 60. Son langage est protéiforme.
 
Vhils est un expérimentateur, un galeriste, un graffeur, un messager, un sculpteur. Avec cette constante : tout ce qu’il crée est politique. Au sens premier du terme : en lien avec la vie de la cité, de la ville. Pour comprendre pourquoi il sculpte les murs, pourquoi il les fait exploser, pourquoi ses visages nous regardent aux quatre coins du monde, il faut se glisser dans sa peau. Celui d’un jeune homme touchant et modeste, voix posée et chaleureuse, look casual et sans fioritures.
 
Magda Danysz, sa galeriste et grande spécialiste du street art résume bien l’homme et son travail : «Chez Vhils tout fait sens. Alors qu’il réalise quelque chose de séculaire, graver, gratter les murs, il réussit avec poésie à faire du nouveau sans que jamais l’effet ne prédomine sur le sens et l’émotion», que l’on peut parfois reprocher à certains artistes contemporains. «Du plus loin que je me souvienne, je voulais faire quelque chose en lien avec l’art et l’expérimentation. J’étais un élève moyen, je n’étais pas bon en sport, alors je dessinais.»
 
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A Rio de Janeiro. Source : portugalconfidential

 
Ce sont les murs de sa ville qui vont lui servir de medium dès l’âge de 10 ans. Le futur Vhils (il adopte ce tag, cette signature, à 13 ans, parce qu’il en aime les lettres et qu’il peut les dessiner très vite), grandit à Seixal, dans la banlieue ouvrière de Lisbonne. Ses parents originaires de la campagne s’y sont installés quand ils sont devenus étudiants. Seixal est située de l’autre côté du pont du 25-avril qui la relie à Lisbonne. Le détail pourrait paraître anodin. Mais le mot «bridge» (pont) jalonne notre conversation. Car Vhils veut construire des ponts, au sens figuré. Des ponts entre les jeunes artistes et les institutions, entre les citoyens et leurs villes, entre le street art et l’art contemporain.
 
«Au milieu des années 90, certains murs de ma banlieue laissés à l’abandon ont commencé à être recouverts de graffitis. Ils faisaient face à d’autres recouverts de publicités. La mairie luttait contre ces tags, moins contre la publicité, et les couches s’accumulaient. Le changement du pays suite à la révolution de 1974 qui a mis fin à la dictature était visible sur ces murs. Les murs absorbent toujours l’histoire de la ville.» Alexandre Farto a regardé ces couches successives comme un archéologue étudie les sédiments dans le sol.
 

Réhumaniser


 
Sa première impulsion a été d’apporter sa propre couche, en réaction à l’urbanisation qui était en marche «comme une bombe nucléaire», avec ses cercles concentriques qui n’épargnent rien. «Je faisais partie du phénomène de sédimentation.» Il commence par suivre le parcours habituel du graffeur. Passe des murs aux trains pour gagner le respect de ses camarades et des autres bandes – «crews» dans le milieu du tag.
 

 
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