Portraits

Le premier jour du reste de l’histoire de l’Olympia

La mythique scène parisienne possède mille et une anecdotes. Mais hier soir, la salle a accueilli un concert historique: celui des Eagles of Death Metal, venus y terminer le spectacle tristement interrompu par les attentats du 13 novembre. La représentation privée dédiée aux victimes et leurs proches, leur a permis de remplir la fosse, baignée d’une émotion palpable. Les étages, plus vides, laissaient cependant planer l’ombre des disparus.
 
Photo X.F.

Crédit : X.F

 

Ce 16 février, « Il est cinq heures paris s’éveille » résonne avant que la première chanson ne déchire la foule. A peine quelques secondes de silence entre deux couplets sont restées en suspens, en mémoire… Puis la fête a explosé dans le rock’n’roll plus que dans la tristesse.
 

Hier, l’Olympia, déjà inscrit dans l’histoire, est devenu éternel. Hier, le premier jour du reste de son histoire, il est devenu un symbole de renaissance. Mais avant ça, qu’a t-il été?
 
 

Son édification est dûe à Joseph Oller, le fondateur du Moulin Rouge. Après avoir été sommé, pour cause de risque d’incendie, de démanteler les montagnes russes qu’il avait installées dans la cour d’un bâtiment donnant sur le 28 boulevard des Capucines, Oller décide d’ouvrir à cet emplacement une nouvelle salle de spectacle. C’est la célèbre danseuse de cancan, La Goulue, qui inaugure de ses pas claquants la scène en 1893. Par la suite, les attractions foraines menées par des acrobates et des contorsionnistes se succèdent avant de laisser place aux revues de music-hall.
 

Mais en 1929, la crise économique qui ronge le monde entier provoque la fin des spectacles vivants et l’Olympia est reconverti en cinéma. Au cours de la seconde guerre mondiale, le lieu est successivement occupé par l’armée allemande et l’armée américaine. Suite à cet épisode, Jacques Haïk, le créateur du cinéma Le Grand Rex, reconstruit entièrement en 1954 l’ancien music-hall et donne naissance au Nouvel Olympia.
 

Bruno Coquatrix, son nouveau directeur, rend la salle à la chanson. Le tout nouvel établissement est inauguré par Gilbert Bécaud, surnommé Mr. 100 000 volts, qui, selon la légende, serait à l’origine de 23 fauteuils cassés par la foule en liesse. C’est à lui que le record du nombre de représentations dans la salle est attribué : 27 en tout.
Le public afflue. Sur scène se succèdent les plus grands noms de la chanson. Barbara, Georges Brassens, Ferré, Sheila, Yves Montand, Michel Sardou, Dalida, et même Jacques Tati… la font vibrer, tandis que d’autres la font trembler. Édith Piaf, très malade, y chante « Non, je ne regrette rien » à la fin de sa vie en y tenant jusqu’à 2 représentations par soir durant 3 mois. Jacques Brel y fait ses adieux en peignoir à un public démuni en octobre 1966, l’une des soirées les plus émouvantes de l’histoire de l’Olympia… jusqu’à ce jour.
 

Les adieux de Brel à son public
Source: mémoirequichante

 

La scène, devenue mythique, s’ouvre à l’international en accueillant entre autres les Beatles et les Rolling Stones. Les nouvelles recrues de la scène montante, d’un nouveau genre, considèrent la salle comme un passage obligé, à l’image de Johnny Halliday.
Grâce à Bruno Coquatrix, et par la suite son neveu Jean-Michel Boris (qui en prend la direction de 1979 à 2001), tous les artistes français ou presque auront foulé la scène de l’Olympia, à l’exception de Serge Gainsbourg.
 

Source : yellow-sub.fr

 

Dans les années 90, l’Olympia évite de peu sa vente à la Société générale, la banque propriétaire du pâté de maisons, qui souhaite remplacer le lieu par un club en sous-sol. La résistance générale et le classement in extremis du lieu culturel par le ministre de la culture Jack Lang, permet à l’Olympia d’échapper à un destin de parking. Cependant la démolition est inévitable. Le lieu sera reconstruit à l’identique quelques mètres plus loin et c’est encore une fois Gilbert Bécard qui inaugure la nouvelle scène !
 
Une histoire faite de rebondissements donc, dont la soirée d’hier est l’un des plus poignant.
 
 
 

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