Récits

Récit d’un architecte français en Chine : « Urbanisation chinoise, jusqu’ici, tout va bien »

Publié sur Asialyst sous le titre original : « Urbanisation chinoise : jusqu’ici, tout va bien ». Par Eric Le Khanh, architecte DPLG et Urbaniste ENPC, installé depuis 2003 à Shanghai et surtout Pékin.
 

Parler de ma pratique d’architecte en Chine, c’est aussi évoquer le contexte d’urbanisation extrêmement soutenu et qui durant quatre décennies, a permis à la Chine de s’élever au rang de 2ème puissance mondiale. Nous en ferons une description chronologique succincte, avec comme point de départ les années 1950.
 
A mon arrivée en 2003, la Chine était toujours un peu le « Far-West » où tout semblait possible. Même si la plupart des mégalopoles chinoises avaient pris forme, le paysage urbain qui s’offrait à mes yeux était insolite : gratte-ciel en construction, bruits des engins de démolition, fourmillement des travailleurs au hasard des ruelles des quartiers émergents, tout cela baigné par les lumières diurnes et surtout nocturnes.
C’est sans doute ce qui m’a le plus impressionné en tant que « primo-arrivant » : les chantiers permanents, spectacles d’ombres chinoises rythmées par le ballet incessant des grues, véritables balises permettant de me guider dans ces villes inconnues, immenses et énigmatiques. Parcourir Shanghai en vélo le soir à travers le quartier de XuHui, ou en longeant la Suzhou River, c’était ressentir cette frontière tangible sans cesse changeante de la mutation de la ville, où subsistaient des ambiances shanghaïennes typiquement traditionnelles. Fraîchement arrivé de Paris, j’étais le témoin sans vraiment en connaître la genèse de cette urbanisation où les échelles de temps et de distance étaient sans commune mesure avec la France.
 

Quelques repères chronologiques


 
Historiquement, la ville chinoise est peut-être celle qui a été la plus planifiée, et ce depuis plus de 5000 ans, avec comme règles de développement la cosmogonie et les symboles propres à sa culture. L’organisation spatiale répond à un ordonnancement de la position de l’enceinte royale par rapport à un environnement, dont sont déclinés ensuite, les différents quartiers hiérarchisés selon les fonctions administratives, d’affaires et commerciales.
 
La ville de Pékin est ainsi ordonnancée avec en son centre le Palais de l’empereur, cerné par les murailles de la Cité interdite. Autour, s’organisent les logements de nobles dans de grandes cours carrées ; puis les parcelles plus petites délimitées par les « hutongs », ces petites ruelles et passages délimitant les parcelles (en chinois, siheyuan et yuan zhong yuan) du centre-ville de Pékin, et où habitations et commerces cohabitent. Voyez la trame de Pékin à l’intérieur de son 2ème périphérique dans ces deux figures (l’enceinte de la Cité Interdite représente « virtuellement » le 1er périphérique) :
 
CHINE-PEKIN-CARTE-02
Trame urbaine du Pékin historique: ville fractale avec la déclinaison de la cour carrée à échelles successives. Images tirées du livre de Serge Salat, « Les Villes et les Formes », CSTB 2011.

 

Jusqu’en 1950, la Chine ne comptait pas plus de 15 % d’urbains. C’était un pays de tradition rurale où l’appartenance au « village » dans l’identité et l’imaginaire populaire était très forte.
 
L’urbanisation a commencé dans les années 1950 et 60, avec le « Grand bond en avant » lancé par Mao et l’industrialisation du pays. Ce « Grand bond en avant » fut couplé avec la volonté politique de « faire table rase » du passé et de toutes références culturelles et historiques aux structures de pouvoirs traditionnelles et ancestrales.
La percée de l’avenue Chang’An (长安街) située au sud de la Cité interdite illustre bien cette rupture. Reliant d’Est en Ouest le 2ème périphérique actuel de Pékin, Mao a voulu « briser » l’axe Nord/Sud historique et cosmologique symbolisant l’empereur (La Cité interdite), élément central entre le Ciel et la Terre.
 

S’ensuit une période de désurbanisation de 1961 à 1976, liée à la Grande famine et à la Révolution culturelle. De nombreux étudiants, cadres d’entreprises ou intellectuels se sont vus « délocalisés » dans des villages afin de se « ressourcer » aux fondamentaux du communisme…
L’urbanisation ne reprend qu’à partir de 1995, avec l’essor de l’économie chinoise pour arriver à un taux de 55 % aujourd’hui.
 

L’urbanisation aujourd’hui


 
De fait, la structure urbaine chinoise et son développement « jugé chaotique », font référence à la frénésie de projets des années 1990 où les centre-villes historiques ont étés complètement phagocyté par la logique fonctionnaliste : grandes pénétrantes urbaines privilégiant la circulation automobile, quartiers découpés par fonctions (administratives, commerciales, enseignements, services aux personnes, résidentiels, etc).
 
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