Récits

A Auch, dans le Gers, un ancien institut médico-éducatif accueille un projet démocratique favorisant l’accés à la propriété

Article publié sur Bestamag sous le titre original : Au cœur de ruelles médiévales, des habitants rénovent un lieu hors du commun pour vivre autrement
 
 

Habiter autrement les centres des petites villes, accéder à la propriété quand on n’a pas de très gros moyens, vivre sans voiture et partager les problèmes : c’est l’aventure dans laquelle s’est lancé un collectif à Auch. Avec un projet de réhabilitation hors du commun : un important corps de bâtiments sur 3000 m² de terrain, réparti sur 7 niveaux, enclavé en plein centre-ville, accessible essentiellement par des escaliers sinueux. Ici on partage beaucoup – travaux, réflexions, espaces communs à rénover. La topographie particulière du terrain, le choix d’un collectif démocratique, la mixité sociale, en font une expérience assez unique, qui tâtonne encore mais veut s’inscrire dans la durée. Et qui, pour l’instant, essuie les plâtres, au propre comme au figuré. Rencontre.
 
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© Bastamag

 

On m’avait parlé d’un immeuble en plein centre-ville, retapé par une sorte de communauté. Je connais un peu le coin, un enchevêtrement de ruelles médiévales qui cascadent à flanc de coteau au cœur d’Auch, la capitale du Gers et de la Gascogne. C’est toujours un peu étroit et très pentu, et j’ai imaginé une petite baraque biscornue habitée par une bande de hippies, enclavée dans un quartier sombre et triste. Je décide de tenter l’approche par les « pousterles », ces escaliers uniques en leur genre qui relient la haute-ville d’Auch à la rive gauche du Gers.
 
En fait, la pousterle des Couloumats (les « pigeons », en Gascon) est l’une des plus longues de la ville — et donc du monde, puisque les pousterles n’existent que dans cette ville et sur ces coteaux qui soutiennent la cathédrale. Il y a là tout un Monopoly de petites maisons en terrasse auxquelles on ne peut accéder que par les escaliers. Plus haut dans mon ascension, je croise une vielle dame qui se moque gentiment de mon souffle court et me glisse : « Surtout, il faut de bonnes cuisses ! » J’atteins enfin une petite rue encaissée qui s’accroche dans la pente. Derrière un portail en bois, sur lequel est scotché un permis de construire, je plonge avec délice dans l’ombre d’un garage encombré de matériaux de construction éparpillés. Suivant les bruits de coups et de coupe caractéristiques des travaux, je débouche brutalement à la lumière et dans un monde totalement inattendu.
 

Un lieu incroyable


 
L’histoire commence au printemps 2013 quand Sylvie et Fred, jeune couple avec deux enfants, cherchent à louer un logement un peu plus grand dans la ville. Fred raconte :
 
« Être propriétaires n’a jamais franchement été dans nos projets ou notre façon de vivre. Nous voulions juste que les enfants aient chacun leur chambre. Et habiter dans le centre-ville pour pouvoir nous rendre à pied à la plupart de nos activités quotidiennes, utiliser le moins possible la voiture. Le problème, c’est que nous ne trouvions rien de bien convaincant sur le marché. On a commencé à se dire qu’il fallait peut-être chercher à louer plus grand, quitte à vivre en colocation.
 
C’est alors que l’agent immobilier nous a proposé de visiter cet endroit. Cela ne correspondait pas à notre demande, mais cela ne coûtait rien de venir visiter. C’était un weekend où nous recevions des copains et nous nous sommes retrouvés à 25 dans… ce lieu incroyable. »
 
Ce lieu incroyable, c’est un ancien institut médico-éducatif (IME), en vente depuis 7 ans : 3000 m² de foncier dont 1800 m² habitables, répartis sur 5 niveaux en terrasses, avec une vue imprenable sur la rivière qui roule ses eaux boueuses des dernières pluies en contrebas, la ville qui ondule sur ses collines et même la barre bleue des Pyrénées, au loin, quand il fait beau. Le tout à un jet de caillou de la cathédrale, de la mairie, des commerces, du collège, de tout ce qui fait l’attrait d’une petite ville de province.
 
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