Portraits

Dimanche, le centre Pompidou aura 39 ans

Inauguré le 31 janvier 1977, le centre national d’art et de culture Georges-Pompidou n’a pas manqué de faire polémique pour son modernisme apparent, son aspect industriel et ses couleurs criardes. Pourtant, il est aujourd’hui le troisième lieu culturel parisien le plus fréquenté après le Louvre et la tour Eiffel et abrite la deuxième plus grande collection d’Art contemporain du monde après celle du MoMA de New-York.
 
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Maquette de la façade ouest du projet définitif

 

Le nouveau coeur battant de Paris


 
Dans un contexte de transformation radicale de la capitale – le plus gros après les travaux d’Haussmann -, où les voies rapides, le périphérique, le RER ainsi que le centre d’affaires de La Défense et de nombreuses opérations de grands ensembles voient le jour, le président Georges Pompidou cherche à offrir aux parisiens un lieu d’art et de culture. L’emplacement d’un ancien îlot insalubre devenu terrain vague puis parking des Halles est choisi pour accueillir le futur musée. Pour reconquérir ce grand vide central, entre le quartier du Marais et l’île de la Cité, le président désire symboliquement y greffer un nouveau coeur battant, un lieu polyvalent devant rayonner dans la France entière et dans le monde.
 
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Le plateau Beaubourg avant la construction, vue du parc de stationnement

 
« Je voudrais passionnément que Paris possède un centre culturel (…) qui soit à la fois un musée et un centre de création, où les arts plastiques voisineraient avec la musique, le cinéma, les livres, la recherche audio-visuelle, etc. Le musée ne peut être que d’art moderne, puisque nous avons le Louvre. La création, évidemment, serait moderne et évoluerait sans cesse. La bibliothèque attirerait des milliers de lecteurs qui du même coup seraient mis en contact avec les arts » a harangué le président, dès le lancement du projet en 1969.
 
Présidé par Jean Prouvé, le jury désigne parmi les 681 équipes internationales participantes celle de Renzo Piano et Richard Rogers, épaulés par Peter Rice et Mike Davies. Les deux jeunes architectes, associés depuis peu, ont une trentaine d’années et peu d’expérience. Le gigantisme de ce chantier va les propulser sur la scène internationale.
 
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Un projet décalé


 
Précurseurs du mouvement High-Tech, les deux jeunes architectes ont conçu un bâtiment à l’inverse des principes de construction portés par le normalise de l’époque.
Ils rejettent à l’extérieur tout ce que l’esthétisme classique dissimule. Tuyaux, cages d’escaliers, escalators, structure porteuse en métal… agrémentent la façade. Le bâtiment ne cache rien de ses fonctions, la machine expose ses boyaux. L’exposition de la structure et des services mécaniques font indéniablement référence à l’industrie. Les fresques stylistique et symbolique ne sont pas recherchées, seule l’efficacité et la fonctionnalité, dont la diversité s’exprime par l’utilisation de couleurs variées, comptent.
 
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Maquette de la façade est du projet définitif

 
En distinguant la structure, les réseaux de distribution et les espaces de vie des
utilisateurs, les deux architectes ont la possibilité de créer des aménagements intérieurs très flexibles. Conçus selon un plan ouvert, libres de cloisons intérieures, ils sont libérés de toute contrainte physique. Les grands plateaux libres du musée sont transformable au gré des besoins et des expositions.
 

Quand l’extérieur pénètre à l’intérieur


 
Grâce à un jeu contrôlé de verre et de lumière, les architectes mettent en valeur à la fois la structure même du bâtiment, mais aussi les espaces intérieurs. Une attention toute particulière est accordée à l’environnement urbain et à l’intégration du musée dans le tissu bâti. Considérant l’architecture comme un levier d’expression pour les habitants, Rogers et Piano ne bâtissent que la moitié de l’espace dédié au chantier. L’autre moitié est léguée au public, au travers de la réalisation d’une vaste place en pente appelé « la piazza ». Par elle, le musée s’ouvre sur la ville et crée une respiration au milieu du quartier très dense qui l’accueille. La piazza est en lien direct avec le forum. Contrairement aux musées classiques vers lesquels le visiteur monte par quelques marches d’escalier, le centre Pompidou ne possède aucun seuil, aucun porche ni aucune marche. A l’inverse encore, le visiteur y glisse, y descend presque tout naturellement. Le musée n’occupe pas dans l’espace de la ville une position dominante, emblème de puissance.
 
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La place, dédiée à l’appropriation des riverains, est aujourd’hui le théâtre de spectacles de rue, d’amuseurs publics et de portraitistes, au plus grand bonheur des touristes. A l’origine, le projet prévoyait de laisser le forum ouvert nuit et jour sur la piazza à la manière d’un hall de gare. Pour des raisons de sécurité, l’initiative n’a pas été maintenue mais le forum reste une sorte de place couverte, un morceau de ville dans le bâtiment, où on retrouve autour d’un grand vide central un café, un boutique et un bureau de poste.
 
La gangue extérieure du musée est publique et gratuite. Par l’escalier extérieur qui serpente le long de la façade, la « chenille », le visiteur a accès à un panorama imprenable sur Paris, sans avoir à entrer dans aucune salle. Elle est en quelque sorte un prolongement vertical des circulations de la ville. Le même principe a été repris bien des années plus tard par Rudy Ricciotti pour son musée marseillais, le MuCEM. La place a encore une fois, depuis l’extérieur, une existence à l’intérieur.
 
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Ainsi, l’équipe d’architectes aura réussi à faire cohabiter l’intérieur et l’extérieur ainsi que différentes activités dans un même bâtiment. Plus qu’un musée, le centre Pompidou est devenu un lieu de vie, qui fait toujours affluer la public, au delà de toutes les prévisions.

 

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