Débats

Après la COP21 : Nos entretiens pour une ville durable : la parole à Pierre Sorel, Directeur Général du Groupe SOGEPROM

guillemets-ouvrantAlors que la COP21 s’est terminée il y a plus d’un mois et qu’il s’en est suivi un accord que l’on qualifie d’«historique», nous avons souhaité révéler « le côté vert de la force » de ceux qui construisent la ville aujourd’hui. Pour SOGEPROM, les mots sont clairs et limpides : «Audace et innovation». C’est le leitmotiv défendu par Pierre Sorel, Directeur Général de SOGEPROM qui nous dévoile au travers des innovations du groupe, une vision fédératrice et pluridisplinaire qui entend bousculer les codes traditionnels de la construction de la ville.

 
 

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Pierre Sorel, pourriez-vous nous présenter ce qui fait aujourd’hui la spécificité de Sogeprom en terme d’innovation durable ?

 
L’audace et l’innovation ! Une certaine capacité à nous projeter qui se retrouve d’ailleurs dans l’une de nos dernières réalisations : La tour D2 à la Défense. Là où toutes les tours à la Défense ont été construites, depuis que la Défense existe, en béton, nous avons revendiqué la possibilité de pouvoir construire une tour en métal, c’est à dire grâce à une construction mixte composée de métal et de béton. Qui plus est, avec un exo- structure, composée de métal et dont la façade est porteuse. Ce qui permet donc de s’affranchir
de poteaux en façades et de donner une luminosité et une vue magnifique aux alentours. C’est un projet sur lequel on s’est beaucoup investi d’un point de vue technique, puisque lorsqu’on a commencé à participer au concours, le premier projet rendu par l’architecte avait reçu une certaine froideur de la part des constructeurs classiques qui voyaient cette proposition comme une rupture avec les processus traditionnels constructifs. Notre patron des études, qui est remarquable, a su, contre vents et marées, prouver que ce système de construction était possible et réaliste. Cela dénote notre capacité à ne jamais s’arrêter à une problématique technique apparente et à ne pas hésiter à pousser les murs pour voir comment on peut répondre dans un contexte donné et apporter d’autres solutions et d’autres voies. Ce n’était pas une révolution, car cette technique existait déjà dans d’autres pays, mais notre victoire, c’est d’avoir su apporter une nouvelle solution dans un marché dominé par une technique spécifique, le béton en l’occurrence.
 

Audace et innovation, c’est aussi notre manière de construire la ville, une manière de l’aborder, une manière de voir le développement durable et de comprendre ce que cela signifie dans la déclinaison. Sur l’ensemble de ces sujets, nous ne nous arrêtons pas à une difficulté apparente,. Nous tentons de ré-interroger le système, au travers de regards différents, avec des approches différentes, afin de faire germer une idée originale. Par ailleurs, on a la chance d’avoir une triple expertise: en logement et en bureaux, comme la plupart des promoteurs, mais aussi en commerce. Nous faisons non seulement de la promotion de commerces, mais nous faisons également de la gestion et de la commercialisation de commerces, ce qui nous donne à voir ce qu’est le coeur de la vie d’un quartier. Pouvoir aborder un fragment de territoire en ayant un regard multi-produit est essentiel en vue de définir les besoins d’utilisateurs potentiels.

 
 

Conçue par les architectes Anthony Béchu et Tom Sheehan, la tour D2 s’élève sur le site actuel de l’ancien immeuble Bureau Veritas. Première tour de La Défense à « exo structure métallique », D2 s’intègre dans la skyline du quartier d’affaires avec sa forme arrondie et sa résille extérieure en acier et culmine à 171 m de hauteur. Le projet fut porté par Sogecap en tant qu’investisseur et réalisé en co-promotion par Sogeprom et Bouygues Immobilier.

Conçue par les architectes Anthony Béchu et Tom Sheehan, la tour D2 s’élève sur le site actuel de l’ancien immeuble Bureau Veritas. Première tour de La Défense à « exo structure métallique », D2 s’intègre dans la skyline du quartier d’affaires avec sa forme arrondie et sa résille extérieure en acier et culmine à 171 m de hauteur. Le projet fut porté par Sogecap en tant qu’investisseur et réalisé en co-promotion par Sogeprom et Bouygues Immobilier.

La Tour D2 semble être l’un des projets phares de Sogeprom. Aujourd’hui, menez-vous d’autres projets du même type qui font votre fierté et construisent votre spécificité ?

 
Bien sûr ! A mes yeux, le plus beau projet mené par Sogeprom est celui de la constitution d’ateliers pluridisciplinaires nous permettant de placer la technique au service de l’humain dans nos projets de construction. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de construire, mais de comprendre, d’appréhender, de développer. Pour cela, il est indispensable d’étudier les aspects sociaux, économiques, constructifs et écologiques d’un quartier. Cette variété de sujets, extrêmement pointus, font appels à une multitude d’expertises. Aucun groupe ne peut prétendre détenir un savoir absolu dans tous ces domaines ! Nous travaillons donc dans un système ouvert à toute compétence désireuse de participer à notre synergie créative.
 

Ainsi, un étudiant en urbanisme, un jeune membre d’une start-up ou encore un groupe industriel… peuvent participer à l’élaboration d’un projet commun. Chacun y trouve son compte, certains s’en vont une fois qu’ils ont obtenu ce qu’ils voulaient… c’est comme ça, nous ne cherchons pas à nous protéger de la concurrence, nous sommes un peu le Linux de la promotion immobilière, nous fonctionnons comme un code ouvert. Dans ce type de groupe de travail, où la première valeur est celle de l’homme, les rapports et la passion de chacun sont propices à une vision décalée de la construction de la ville. Dans notre contexte local et face aux difficultés de décrypter la grille de lecture de la ville, nous revendiquons notre approche atypique à pouvoir discuter de tout. Nous avons par exemple travaillé avec la start-up Lucibel qui étudiait un système de transmission de l’information par la lumière. Ce système, 1000 fois plus efficace que le wifi et grâce auquel chaque lampe possède sa propre adresse IP, a l’avantage de pouvoir proposer à quiconque se trouve dans un avion, un ascenseur, un train ou même un hôpital (en éradiquant le problème de la pollution magnétique), un accès à internet en haut débit depuis son smart-phone. C’est donc parti de la volonté d’une start-up de se rapprocher de notre Groupe et de notre disposition à la recevoir et à travailler en bonne intelligence avec elle.
 
 

© Lucibel - Sogeprom et Lucibel, expert français de l’éclairage LED, ont présenté en septembre 2015 un prototype de luminaire LIFI haut débit, technologie d’accès à Internet par la lumière, et les avantages révolutionnaires qu’elle offre par rapport au WIFI. Sogeprom est l’un des premiers à tester le LIFI haut-débit dans ses locaux parisiens et équipera également son futur siège.

© Lucibel – Sogeprom et Lucibel, expert français de l’éclairage LED, ont présenté en septembre 2015 un prototype de luminaire LIFI haut débit, technologie d’accès à Internet par la lumière, et les avantages révolutionnaires qu’elle offre par rapport au WIFI. Sogeprom est l’un des premiers à tester le LIFI haut-débit dans ses locaux parisiens et équipera également son futur siège.

Autre exemple, avec New Wind, les porteurs du projet de l’Arbre à Vent, dont on a pu retrouver deux modèles devant la COP21 au Bourget. L’arbre à vent est un mobilier urbain coiffé de nombreuses petites éoliennes qui agit comme un système de stockage de l’énergie. Même peu de vent suffit à les faire tourner et à actionner les nombreux petits moteurs électriques. L’addition de toute ces petites quantités d’énergie est notoire. Mais comme toujours, le problème de l’énergie éolienne réside dans le stockage. Alors avec un autre partenaire, nous avons mis au point un système de triangulation. Renault, avec son large parc de voitures électriques pouvait nous fournir les batteries usagées, bien qu’encore fonctionnelles, que ses clients lui ramenaient pour être échangées contre de plus autonomes.
 
 



 
 

Les recycler nous a permis de créer un réservoir d’énergie, occupant l’équivalent de deux places de parking en sous-sol et capable de gérer les pointes de consommation électrique de tout un mmeuble. Nous nous sommes alors rapprochés de Schneider Electrics afin d’obtenir de leur part un pilotage énergétique, dans le but de basculer
facilement du réseau normal au réseau évènementiel, lui-même alimenté par l’énergie des éoliennes. Ce cercle vertueux n’a pu être élaboré que par l’association de New Wind, Renault et Schneider Electric. Ces deux technologies seront intégrées dans le projet de notre futur siège social, future vitrine de notre enseigne. Mais voilà surtout un système dans lequel on associe différents acteurs et la ville c’est tout ça à la fois, conjugué dans une multitude d’expertises et de compétences. La composante essentielle restant d’abord la façon d’habiter et d’utiliser ces éléments. Si on sort de la question technique ou du partenariat industriel, il y a toute une série de questions comme « c’est quoi travailler demain ? », « c’est quoi habiter demain ? », « c’est quoi consommer demain ? ».

 

Aujourd’hui dans les bureaux que l’on est en train de concevoir, nous développerons une approche qui ne sera plus du tout traditionnelle. Ce n’est pas parce que je suis le patron que je dois occuper un bureau qui peut en contenir quatre alors que je n’occupe qu’un espace capable d’accueillir une personne avec une tablette. En terme de gestion de l’espace on en revient au développement durable. A quoi bon construire et occuper des espaces qui ne correspondent plus à une réalité opérationnelle.
Avec l’ère du numérique on est arrivé à s’affranchir de systèmes traditionnels, qu’il faut réintégrer aujourd’hui pour pouvoir travailler différemment et aborder la ville de demain d’une autre manière. Demain, dans ces immeubles de bureaux, nous serons dans des plateaux paysagers, moi y compris. Et les usages des espaces conditionneront la gestion architecturale de l’immeuble de bureaux de demain.

 
 

Nous sommes ici sur des réflexions typiques aux bureaux, qu’en est-il de l’habitat et du commerce ?

La préoccupation du plaisir d’habiter est fondamentale. Pour cela, il faut analyser l’évolution de nos modes de vie et prendre en compte le confort. La famille nombreuse, la cohabitation inter-générationelle, la colocation… sont des situations devant accueillir des structures dédiées. Avec la montée du télétravail, les gens développent le besoin de pouvoir s’isoler mais avec logements de plus en plus petits, ce n’est pas toujours possible. Nous réfléchissons donc à la création de salles de coworking situées à proximité des logements par exemple.
 

A Nantes, nous avons livré un immeuble pensé pour la colocation, avec des prises d’eau dans chaque chambre, plusieurs placards séparés dans l’entrée, la possibilité de brancher plusieurs frigos dans la cuisine etc. Par ailleurs, je peux vous dire que je suis un fervent partisan de la hauteur et même de la très grande hauteur, car en sortant du tabou de la hauteur, il est aussi possible de ré-intéroger le rapport à l’extérieur, à la vue, au vide et à lumière.
 

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Ce sont donc des sujets encore une fois innovants et sur lesquels on s’interroge : c’est quoi une copropriété ? c’est quoi une collocation ? c’est quoi les parties communes ? c’est quoi « vivre dans un logement aujourd’hui » ? Et sur ces différentes réflexions, on se fait d’ailleurs accompagner par des acteurs différents. C’est notamment le cas d’IPSOS, à qui on a commandé un sondage sur la façon d’habiter des immeubles de 50 mètres par exemple. En ce qui concerne le commerce, le cas est aussi très intéressant. Avec l’avènement du numérique, l’information est devenue gratuite. Ce qui apparait avoir de la valeur aujourd’hui, c’est la recherche des rapports humains. La vente privée et la vente en ligne après un succès avéré, stagnent et cherchent à renouer avec les commerces physiques. Un système de pacte s’établit ainsi, basé sur la possibilité de rendre un produit dans une boutique, à charge d’être intéressé par un autre produit et de consommer sur place.
 

Autre exemple de l’importance du retour de l’humain dans les rapports commerciaux: les Apple Store. Le décor très sobre, l’absence de technologie apparente, le vendeur qui tutoie le client et se tient à côté de lui au lieu de se placer dans un rapport frontal, sont autant de signes dont la marque visionnaire a su se saisir pour fidéliser le client. Avant tout, elle répond à un réel besoin, celui du retour de l’humain dans les relations prestataire-client. Ce sont aussi des données que l’on prend en compte aujourd’hui car le commerce de demain, ce n’est pas la technologie à son maximum, au contraire on est dans un retour de l’humain.
 
 

Vous parlez beaucoup d’avancées techniques voire technologiques, mais qu’en est il des autres aspects du développement durable?

 

Vous remarquerez je n’ai pas parlé du projet d’éolienne en tant que tel mais bien du processus de restitution de cette énergie à l’homme, car vous avez en face de vous quelqu’un d’extrêmement frustré par la monopolisation du discours énergétique par les énergies vertes.
 

J’ai travaillé il y a une dizaine d’années sur les premiers livres blancs du Grenelle de l’environnement. A l’époque nous interrogions la place du développement durable dans le bâtiment et dans le quotidien. Nous avions plein d’idées originales, mais malheureusement, sous l’impulsion des grands groupes, il n’en est sorti qu’une problématique essentiellement orientée sur l’énergie. Or le développement durable est infiniment plus riche dans ses déclinaisons. L’importance de la gestion de l’empreinte carbone, en favorisant la production locale, en était totalement exclue. Ceci a eu des conséquences directes sur l’industrie immobilière.
 
Des armées d’ingénieurs sont arrivées avec des tonnes de règlementations marquant l’entrée dans une querelle mathématique (sur des calculs de coefficients) et non plus écologique. Les fondamentaux comme les matériaux, la production, la sensibilisation du public… étaient oubliés.
 

A l’inverse, nous essayons, vous l’aurez compris de développer et de miser sur tous les champs des possibles du développement durable. Notre futur siège, par exemple, réunira un certain d’innovations majeures qui vont dans ce sens. Par ailleurs, Sogeprom a été retenu dans la phase finale de Réinventer Paris. Notre immeuble N2, à Batignolles, traite justement de la question des matériaux. Au delà du développement durable, nous y abordons le sujet du « cradle to cradle » (littéralement du berceau à la tombe) qui consiste à étudier le cycle de vie d’un matériau de sa naissance jusqu’à sa mort. La question posée est celle de la réutilisation des matériaux après
destruction d’un bâtiment. L’immeuble imaginé à Batignolles dans le cadre de Réinventer Paris s’inscrit dans cette démarche et sera recyclable de A à Z, un exemple ultime de développement durable !
 
 
 

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