Brèves

Un musée nomade dans le plus grand bidonville d’Inde

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Dharavi, le méga-bidonville rendu célèbre par le film Slumdog Millionnaire devrait bientôt accueillir un musée de design, le premier construit au milieu de baraquements informels.
 
A quelques kilomètres de Bombay, Dharavi compte près de 750.000 habitants et est de ce fait l’un des plus grand bidonville d’Asie. Hindous, Musulmans, Chrétiens, Marathis, Gujaratis, Tamouls et Biharis y cohabitent de façon plus ou moins pacifiée. Laboratoire de formation d’identités nouvelles mais aussi laboratoire d’une économie informelle, Dharavi intrigue. Cette énorme usine informelle accueille de nombreux glaneurs chargés de recyclager le plastique ou l’aluminium. En parallèle, une production textile destinée à l’étranger génére un chiffre d’affaires avoisinant les 500 millions d’euros par an.
 

Recyclage de bidons à huile

Recyclage de bidons à huile

Recyclage de plastique ©Sylvain Leser

Recyclage de plastique
©Sylvain Leser

Au cœur de la capitale économique de l’Inde, Dharavi est aujourd’hui menacée par des enjeux économiques et politiques, et ses terres sont courtisées par les promoteurs immobiliers désireux d’y construire un grand quartier résidentiel. Mettre à profit ces terrain précieux en construisant des habitations verticales et en libérant les espaces au sol risquerait d’en exclure les travailleurs des 15 000 micro-entreprises.
 
Plusieurs initiatives cherchent ainsi à revaloriser l’image de cette ville précaire et à sensibiliser à la dynamique, à la créativité et à la production qu’un tel territoire recèle. En février 2015, le bidonville organisait une « biennale » sur les sujets de l’hygiène et de la santé. Pendant plus de trois semaines, les habitants de Dharavi ont exposés leurs oeuvres dont la création fut supervisée par des artistes.
 
Poteries peints à la main au sujet de maladies sexuellement transmissibles, carte brodée indiquant les lieux de violence domestique, sculptures racontant le fonctionnement du système immunitaire à partir de matériaux recyclés et d’objets du quotidien, marionnettes géantes abordant le thème de la tuberculose… ont attiré des milliers de visiteurs et servi de terrain d’étude à des sociologues pour mesurer l’impact d’un tel évènement sur le quartier.
 
L’art a donc été choisi par les habitants de Dharavi pour aborder le thème de la santé mais aussi pour révéler au grand public et au grand jour la ruche d’activités économiques que représente ce territoire, trop souvent effacée par l’image de la misère et des taudis.
 
Aujourd’hui, un projet de musée ambulant s’échafaude. Celui-ci accueillerait les objets fabriqués par les habitants, placés au même rang que les oeuvres de design exposées dans les plus grands musées du monde. Les habitants de Dharavi, de Mumbai et du reste du monde, devraient remettre en question la perception des «bidonvilles, des favelas, des barriadas, des ghettos», à travers l’observation de ces objets aux multiples vies. La forte densité de population et la nature informelle du milieu urbain ont poussé les créateurs du projet à concevoir un musée en perpétuel mouvement. Pendant deux mois, à partir février 2016, « Design Museum Dharavi » ouvrira ses portes à différents endroits de la ville afin de mettre en valeur les talents locaux et de générer un lieu où les décideurs pourraient trouver des clients potentiels et étendre le projet de création d’ateliers.
 
Un projet éphémère, mobile et évolutif, qui pose la première pierre de l’admission du bidonville en tant que tissu urbain et qui nous rappelle que dans de nombreux cas « un ville est on bidonville qui a réussi ».
 


 
 
 

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