Portraits

Le Baron Haussmann, le « premier urbaniste moderne »

Il y a 125 ans, le baron Haussmann s’éteignait, laissant derrière lui un Paris transformé, dont les rues, les boulevards, les façades, les mobiliers urbain, les parcs et les égouts… portent encore la marque.
 

© Le Point

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Georges Eugène Haussmann occupa le poste de préfet de la Seine du 23 juin 1853 au 5 janvier 1870. C’est donc sous le Second Empire et le règne de Napoléon III qu’il poursuit les travaux de transformation de la capitale, engagés par ses prédécesseurs à la préfecture de la Seine, Rambuteau et Berger, tous deux sous l’emprise de la pensée hygiéniste.
 

La croissance démographique de Paris a provoqué dès le XVIII° siècle, une densification considérable des quartiers du centre. Les labyrinthes de ruelles étroites et moyenâgeuses sont noyés sous les eaux grises, les habitants, trop nombreux et miséreux s’y entassent comme dans des cages à lapins, l’air chargé d’effluves âcres ne peut y circuler, portant avec lui les « miasmes » annonciateurs de maladies et de mort. Mais surtout, c’est la crainte de voir le processus de paupérisation enfler jusqu’à provoquer un soulèvement populaire qui fut à l’origine de la percée des grands axes dits aujourd’hui « haussmanniens ». En élargissant les rues, qu’il traçais toutes droites, le préfet assure aux services de l’ordre une maitrise spatiale de la capitale. Les mouvements contestataires, si fréquents à l’époque, pouvaient ainsi être étouffés, bloqués par des barrages en amont ou en aval d’une avenue, en court circuitant les lacis de ruelles coupes gorges.
 

La Bièvre, couverte en 1830, était un égout à ciel ouvert

La Bièvre, couverte en 1830, était un égout à ciel ouvert

En plus d’assurer l’ordre établi, l’objectif d’Haussmann est de contrer l’exode bourgeoise des quartiers du centre vers les faubourgs du nord et de l’ouest. Il écrira à Napoléon III, en prémices d’un politique de gentrification: il faut « accepter dans une juste mesure la cherté des loyers et des vivres […] comme un auxiliaire utile pour défendre Paris contre l’invasion des ouvriers de la province ».
 

Sa campagne intitulée « Paris embellie, Paris agrandie, Paris assainie » met en valeur le patrimoine (nouveau comme ancien) de la ville lumière en créant de grandes perspectives. Les Champs Elysées, initiés par son prédécesseur Rambuteau, sont aménagés. Les Gare de Lyon et les Gares de l’Est sont créées, dans un désir d’efficacité économique et d’encouragement des écoulement des flux, d’hommes et de marchandises.
 

Chantier de percée du Boulevard Henri IV

Chantier de percée du Boulevard Henri IV

Des poumons verts, susceptibles d’améliorer la qualité de l’air sont créés. Un square pour chacun des quartiers de Paris, ainsi que le parc Montsouris et le parc des Buttes-Chaumont voient le jour sous l’oeil aguerri de Jean-Charles Alphand. D’autres espaces verts déjà existants sont aménagés, tels que le bois de Vincennes et de Boulogne, qui deviennent les lieux de villégiature des urbains en mal de paysage bucolique. Pour purifier la ville de ses écoulements nauséabonds, Haussmann s’entoure de l’ingénieur Belgrand et entame un vaste chantier d’assainissement dont est issu le réseau d’égouts actuel. Soucieux de ne pas voir la grande épidémie de choléra de 1832 se réitérer, il inscrit dans la loi de 1894 le « tout à l’égout », interdisant le déversement d’eaux usées dans la Seine.
 

Paris se transforme considérablement. La capitale s’étend et absorbe onze de ses communes limitrophes (Belleville , Grenelle, Vaugirard, La Villette… )
Ces travaux impliquent de nombreuses destructions, comme le marché des Innocents ou l’église Saint-Benoît-le-Bétourné, et engendre une vaste campagne de délogement. 18 000 maisons sont démolies entre 1852 et 1868.
L’oeuvre du Baron est largement contestée par les intellectuels de l’époque. Émile Zola fait référence à ses manœuvres financières spéculatives et douteuses dans son roman La Curée et Jules Ferry dénonce la colossale facture de ces travaux dans « Les Comptes fantastiques d’Haussmann ». Cette brochure, dont le titre fait référence aux Contes fantastiques d’Hoffmann, révèle que la transformation parisienne aurait coûté 1 500 millions de francs contre les 500 annoncés. De plus, bien que l’amélioration de l’hygiène de vie soit à l’origine de cette campagne de remodelage du paysage parisien, les travaux engendrent de nombreuses épidémies suite à la création de crevasses remplies d’eau stagnantes où les moustiques et autres vecteurs de maladies se développent.
 

En 1870 quelques mois avant la chute de Napoléon III, le Baron Haussmann est destitué mais les ingénieurs Jean Charles Alphand, responsable la direction du Service des Promenades et Plantations et Eugène Belgrand, chargé d’approvisionner Paris en eau potable et d’assainir la Seine, poursuivirent son œuvre.
 

Son retour dans la vie politique lui prête les habits de député bonapartiste de Corse jusqu’à ce qu’il consacre la fin de sa vie à la rédaction d’un ouvrage de référence en matière d’urbanisme: les Mémoires du Baron Haussmann. A sa mort, le 11 janvier 1891, il est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris.
 
Il accompagna la transformation urbaine la plus spectaculaire, sans équivalent ailleurs. En faisant exécuter le premier plan global de Paris, doté de courbes de niveaux, il élabore une analyse approfondie de la topographie et de la morphologie parisiennes. Ses grands axes, au delà de leur visée sécuritaire, brisent l’isolement des quartiers et mettent en relation les points névralgiques de la ville. Le Corbusier dira de lui qu’il fût « le premier urbaniste moderne ».
 

Les places et les avenues créées sous le "règne" du préfet Haussmann source:dystopolitik.blogspot.fr

Les places et les avenues créées sous le « règne » du préfet Haussmann
source:dystopolitik.blogspot.fr


 
 
 

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