Récits

Architecture souterraine et villes enterrées

Vivre sous terre n’a jamais acquis en France un succès urbanistique évident. La construction de parkings, d’égouts, de circulations souterraines, de zones de stockage ou d’ouvrages militaires… place une architecture technique et logistique en sous-sols afin de mieux la dissimuler.
 
Alors que les enjeux urbains imposent aux architectes d’étendre leurs champs de recherche, certains s’intéressent à de nouvelles modalités d’occuper le territoire… en profondeur.
 
Urbaniser les sous-sols devient l’idée fixe de Edouard Utudjian, membre de l’atelier d’Auguste Perret dans les années 30. Il créé alors le GECUS – Groupe d’Etude et de Coordination de l’Urbanisme Souterrain – qui a compté près de 400 membres du monde entier. Ingénieurs, architectes, géolo­gues, juristes, biologistes, chimistes et géotechniciens… promeuvent ainsi la construction en sous-sol de cinémas, parkings et ouvrages pour la protection civile. Loin de concevoir une gigantesque ville souterraine et habitée, le groupe s’oriente au fil des années vers le concept de vie souterraine temporaire.
 

Max Abramovitz- projet de réseaux souterrains pour Pittsburg

Max Abramovitz- projet de réseaux souterrains pour Pittsburg

Aujourd’hui les projets de ville souterraine sont si grandiloquents et futuristes que le public a souvent du mal à les croire. Mais pour la plupart basés sur des « prophéties », ils cherchent des solutions à la nécessaire adaptation face au réchauffement planétaire par exemple.
 

A la recherche de l’eau


 
D’après une récente étude, le sud-ouest des Etats-Unis devrait opérer une transition vers une sécheresse perpétuelle causée par le réchauffement climatique. L’Université de Toronto au Canada a présenté une réponse à la pénurie d’eau toute droit inspirée du roman « Dune » de Franck Herbert qui donna son nom au projet « Sietch Nevada ». La ressource précieuse conditionne ici la forme de la ville. Un réseau de canaux souterrains, reliés aux aquifères profonds, sert à la fois de voies de communication et d’irrigation pour les cultures, tandis que les habitations et les commerces les surplombent, protégés de l’agression du soleil au fond d’immenses cavernes.
 
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Un projet similaire, « Above Below », fut imaginé par l’architecte Matthew Fromboluti. Il y prévoit de réinvestir la carrière abandonnée de Lavender Pit, en plein désert. Atteignant les nappes phréatiques, sa structure de 275 mètres de profondeur utilise une cheminée solaire et d’un système de ventilation naturelle afin de favoriser l’évaporation de l’eau. Ce procédé de « transpiration » permet de produire de l’énergie et de contrôler localement le climat.
 
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Un « Gratte Terre » pour ne pas entraver le patrimoine architectural de Mexicox


 
Des architectes mexicains de l’agence « Arquitectura BNKR » ont imaginé un gratte ciel inversé en plein coeur de la capitale de Mexico. «Earthscraper» devrait atteindre 300 mètres de profondeur (presque la Tour Eiffel). L’agence souhaite proposer une solution aux problèmes liés à la conservation du patrimoine architectural. Leur démarche questionne l’impact de l’architecture contemporaine sur le patrimoine urbain, tenant bien compte de la croissance démographique et de la nécessité de construire des logements dans la ville de Mexico. Au sein d’une place dont toutes les façades sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, les architectes ont eu l’idée de proposer un immeuble invisible. Inspiré de la pyramide du Louvre, ce principe permettrait de construire des logements, des structures culturelles et de loisir, sans dégrader l’image de la célèbre place.
 
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La forme conique offre une arrivée de lumière en puits. Ce vide sera recouvert d’une dalle de verre permettant ainsi aux citoyens de s’y rassemblemer. Au dessous, un musée, un centre culturel dédié aux Aztèques, un espace de vente, des appartements et des entreprises sont prévus. Des passerelles s’étendront vers le centre afin de permettre la traversée du cratère.
 
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S’ouvrir sur la ville


 

C’est à Dominique Perrault, principalement connu comme l’architecte de la Bibliothèque François-Mitterrand, que l’on doit la paternité de L’université féminine d’Ewha (traduire « Poiriers en fleur »), située à la porte ouest de Séoul.
Pour assurer la jonction entre les vallées de l’université et la capitale coréenne, l’architecte s’est servi de la géographie vallonée du site en imaginant un bâtiment dissimulé sous une colline artificielle coiffée par un jardin. Profondément entaillée par une longue faille, servant à la fois de passage et de cour, ce jardin accueille en sous sol une bibliothèque, des lieux de discussion, de repos, de travail solitaire ou partagé, des commerces, des cafés, une banque… tout ce qui permet aux étudiantes de rester attachées au campus sans s’éloigner de la vie quotidienne. La longue faille, bordée par deux façades de verre, relie la ville au site d’Ewha et représente la principale source de lumière du souterrain.
 
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La maison alpine, intégrée au paysage


 
La maison alpine, située dans le village suisse de Vals, est une réalisation de SeARCH et Christian Muller Architects. Le désir de s’intégrer au paysage sans en émerger comme « un nez au milieu de la figure » a poussé les architectes à insérer l’habitat dans la pente des près.
 
Ce bunker semble avoir évolué vers une forme d’art moderne, offrant des formes dynamiques et avant-gardiste de l’efficacité énergétique.
 
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Un mémorial souterrain


 
En 2012, le prix de l’International VELUX Award fut remis à deux étudiants en architecture de l’ETHZ de Zürich, avec un projet poétique intitulé “Resonance, memory”.
Partant de l’idée d’une hypothétique coulée de boue qui aurait enfoui un village entier, ce projet propose de symboliser cette présence disparue par des colonnes thermoplastiques transparentes plantées dans la terre. La lumière du soleil, transmise à l’espace souterrain par le biais des colonnes, constitue une image allégorique de l’ensemble architectural et de l’intimité des anciennes pièces des maisons désormais enterrées.
 
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Ainsi cette architecture tellurique considère la géographie, la topographie et les éléments remarquables (ou non) qui composent un paysages, comme le véritable matériau de l’architecture. Cependant, l’urbanisme souterrain reste encore de l’ordre du fantasme, même si à Montréal, un réseau enterré sert de reflet à celui de surface pour affronter la rudesse des hivers.
 


 
Cliquez ici pour lire notre article sur les incroyables sous-sols de La Défense
 
 

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