Portraits

Oscar Niemeyer, le poète de la courbe

Puisque le climat n’est pas à fêter les morts, nous avons décidé de fêter les naissances! Il y a 108 ans, le petit Oscar Ribeiro de Almeida de Niemeyer Soares naissait à Rio de Janeiro, pour entamer une carrière fulgurante et s’éteindre près de 106 ans plus tard.
 
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Mondialement réputé pour la construction de Brasilia, la nouvelle capitale brésilienne sortie du désert et dont il partage la « paternité » avec Lucio Costa, Niemeyer est le digne héritier du fonctionnalisme corbuséen, dont il a su renouveler la forme.
Il s’initia à l’architecture dans la célèbre Ecole des Beaux Arts de Rio, empreinte des préceptes du classicisme français, « stigmates » de la colonisation européenne. Pourtant, à l’international, le rayonnement de l’architecture moderne initié par Walter Gropius, Frank Lloyd Wright, Ludwig Mies van der Rohe et Le Corbusier est palpable. Le jeune architecte développe en autodidacte son intérêt pour ce mouvement mais la difficulté de se confronter à la réalité des projets sur le sol brésilien, encore faiblement développé économiquement et indépendant seulement depuis 1822, le maintient dans un apprentissage théorique pur.
 
C’est un stage dans l’agence du célèbre architecte-urbainste carioca Lucio Costa, appartenant au mouvement du style international, qui lancera le jeune Niemeyer. Comme nombreux de ses camarades, il éprouve le besoin de parfaire son apprentissage tout en touchant un salaire lui permettant de continuer ses études. Cependant, il refuse de s’adapter à une architecture commerciale, répandue au Brésil à cette époque, et demande à Lucio Costa et Carlos Leao de l’encadrer. « J’ai préféré travailler gratuitement (…) C’était une faveur qu’il me faisait », écrit il dans sa biographie Les courbes du temps.
 
Dans les années 30, un homme politique, le ministre de l’éducation et de la santé publique, Gustavo Capanema, marque un virage décisif dans la culture architecturale brésilienne. Il s’élève contre l’opinion publique et la tradition pour proposer à Le Carbusier de signer le ministère de l’éducation de Rio de Janeiro. « Capanema a donné à l’architecture brésilienne l’impulsion initiale qui lui manquait (…) Les uns disaient qu’il réalisait une oeuvre communiste, sans savoir (belle ignorance!) qu’à cette époque en Union soviétique, l’architecture moderne était considérée comme l’expression décadente de la bourgeoisie capitaliste. D’autres l’accusaient d’aller à la rencontre des habitudes et des traditions de notre peuple, comme si la vie n’évoluait pas comme évoluent les hommes et la nature elle-même. »
 
Le jeune architecte apprend avec Lucio Costa à respecter l’architecture coloniale portugaise en même temps qu’il se nourrit, analyse et digère les formes de son maitre à penser Le Corbusier. Il passe sont temps au Jardin botanique de Rio à dessiner les silhouettes élancées des palmiers de l’allée principale, les formes crantées des énormes feuilles grasses des philodendrons monstruosa et les circonvolutions de certains troncs épineux. Il les dessine minutieusement pour mieux les styliser ensuite, « les simplifier sur papier. C’est ce qu’il y a de magique dans l’architecture: voir surgir du papier un théâtre, un palais, une image de femme… c’est si bon! »
 
Avec le béton armé, qui offre la possibilité de la courbe, Niemeyer trouve son matériau de prédilection. Au début des années 1940, le maire de Belo Horizonte lui confie la réalisation du complexe de Pampulha. Il y construit notamment l’église Saint-François d’Assise dont les courbes marquent sa rupture avec le style international de Le Corbusier. Niemeyer dit avoir voulu « tropicaliser » la griffe du maître.
 

L'église Saint François d'Assise à Belo Horizonte

L’église Saint François d’Assise à Belo Horizonte

Dans les années 1950, Juscelino Kubitschek, devenu président de la République, décide de créer une nouvelle capitale à l’intérieur des terres, dans le but de mieux répartir les richesses et la population, largement concentrées sur les côtes, afin de mettre fin à la rivalité entre Rio de Janeiro, capitale politique et culturelle, et São Paulo, capitale économique. Lucio Costa conçoit le plan de la ville et Oscar Niemeyer réalise les principaux bâtiments publics. Le photographe Marcel Gautherot immortalisa de ses sublimes photographies l’émergence depuis la terre rouge de cette nouvelle capitale. Inauguré le 21 avril 1960, ce projet fit la notoriété mondiale de l’architecte brésilien.
 

Le congrès national du Bresil à Brasilia ©AP Eraldo Peres

Le congrès national du Bresil à Brasilia
©AP Eraldo Peres

Le palacio Alvorada à Brasilia

Le palacio Alvorada à Brasilia

La cathédrale de Brasilia

La cathédrale de Brasilia

En 1964, lors du coup d’Etat militaire, Niemeyer s’exile en France. Membre du Parti communiste, l’architecte doit quitter le pays pour des raisons politiques. Il réalise à Paris plusieurs édifices tels que le siège du Parti communiste français, place du Colonel-Fabien à Paris (1965-1980), le siège du journal L’Humanité à Saint-Denis (1989), ou encore la Bourse du travail à Bobigny. « J’ai habité à Paris, en Italie, en Algérie, de sorte qu’en voulant me faire taire, ils m’ont permis de montrer mon architecture au monde entier. »
 

Le siège du PCF, place du Colonel Fabien à Paris

Le siège du PCF, place du Colonel Fabien à Paris

Vue de l'intérieur de la coupole du PCF ©Slate

Vue de l’intérieur de la coupole du PCF
©Slate

Après un long exil, il revient au Brésil en 1982 où il réalise quelques années plus tard le musée d’Art Contemporain de Niteroi, surgissant comme une fleur de la falaise verticale. L’architecte prend en considération le paysage dans lequel son musée s’inscrit. Il définit ainsi l’angle d’inclinaison du bâtiment selon l’angle de la mythique montagne du Pain de Sucre, qui le caresse à distance. Les baies vitrées du musées donnent à voir le panorama de la baie sur 360°.
 

Le musée de Nitéroi, face au Pain de Sucre

Le musée de Nitéroi, face au Pain de Sucre

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Il reçoit le prix Pritzker en 1988 et est fait commandeur de la Légion d’honneur en 2010 avant de s’éteindre à l’âge de 106 ans le 5 décembre 2012.
 

L'immeuble Copan de Sao Paulo

L’immeuble Copan de Sao Paulo

L’architecture organique de cet artiste est gravée à jamais dans l’histoire. Dans la vidéo qui suit, il raconte, déjà âgé, la manière dont les formes galbées des corps féminins sur les plages ont inspiré son geste de création.
 


 
 
 

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