Portraits

Les « Bergers Urbains », bien plus que des bergers… has been ou visionnaires ? Paru sur Demain la Ville

© Les Bergers Urbains

© Les Bergers Urbains

guillemets-ouvrantAvez-vous déjà vu des moutons pâturer en pied d’immeuble ou en bordure de périphérique ? C’est la tendance du moment pourtant ! Soit disant plus écologiques et moins chers que la tondeuse à gazon, ces petites bêtes laineuses ponctuent le paysage urbain. Ce n’est pas seulement d’éco-pâturage dont il est question ici mais de transhumance (on précise pour les urbains : le déplacement des moutons d’un point A vers un point B), de renaturation des sols et de « véritable » agriculture urbaine.
 
Rencontre avec ces Bergers Urbains, rares paysans de ville capables de relier la théorie à la pratique !
 

Les Bergers urbains est une coopérative montée au printemps 2014 par cinq jeunes passionnés de la transposition des pratiques paysannes en ville. Paysagistes, architecte, développeur territorial mais aussi ostéopathe, constituent l’équipe de cette structure labellisée « durable ». Et, si vous ne les connaissez pas, vous avez surement déjà entendu parler de leur association Clinamen, créée en 2012. Cette cellule de recherche et de développement expérimente constamment de nouveaux procédés d’agriculture urbaine et participe à de nombreux évènements avec son troupeau de moutons, dont Les Bergers Urbains est l’opérateur.
 

La coopérative Les Bergers Urbains développe des actions dépassant largement l’élevage. Mais ils ont choisi ce symbole du berger pour se détacher de l’éco-pâturage classique, car, en plus de la pratique de la transhumance qui leur est propre en milieu urbain, la coopérative procède à la polyculture paysanne. Elle cultive plusieurs espèces de plantes, sur un même terrain, qu’elle associe à l’élevage, de manière à assurer une certaine complémentarité des besoins. Selon un processus circulaire, les déchets des animaux servent d’engrais au fourrage et aux légumes des bergers. En somme, c’est la transposition en ville d’un savoir ancestral qui a tendance à disparaître à la campagne.
 

Nous sommes allés à Villetaneuse, à la rencontre de ces bergers modernes, sur le campus de la faculté Paris XIII où ils établissent leurs quartiers. Plongeons à la rencontre de Guillaume, Julie, Simone et Pauline, ces urbains qui ont cependant toujours eu un pied à la campagne.
 

De gauche à droite : Julie, Guillaume, Simone et Pauline © Jasmine Léonardon

De gauche à droite :
Julie, Guillaume, Simone et Pauline
© Jasmine Léonardon

Tout d’abord, pourquoi le terme de Bergers Urbains et pas celui de « paysans urbains » ?


 
Nous avons choisi le terme berger à l’inverse de celui de paysan pour le symbole que représente cette activité. Cet ambassadeur du monde nomade sillonne le paysage au contact des hommes et des bêtes. C’est un métier noble et ancien, bien loin de l’image que l’on se fait aujourd’hui des éleveurs et agriculteurs productivistes.
 
Avec nos bêtes, nous menons de nombreuses actions, en milieu urbain mais aussi en milieu rural. Là-bas aussi le rapport à l’animal s’est perdu. Les moutons sont affrétés par camions sur leurs lieux de pâture estivaux. Les transhumances ne sont plus réellement menées par les bergers à travers les villages. La pratique pastorale disparaît. A l’époque, un berger s’occupait d’un troupeau de 120 bêtes. Aujourd’hui ils en ont plus de 1 000 à gérer. Et il n’est plus possible de laisser les bêtes pâturer seules à cause de la réintégration du loup.
 
Mais notre terrain, c’est avant tout la ville. Il est faux de croire que les animaux ne sont pas heureux en milieu urbain, ils ont une très grande capacité d’adaptation. Nos brebis préfèrent la flore urbaine à celle qu’elles trouvent dans la montagne. Elles préfèrent aussi marcher sur des sols asphaltés. Ce sont de vraies petites citadines ! Nous baladons nos bêtes de terrains en terrains, pour entretenir des espaces verts. Quand les moutons traversent la ville, il s’agit d’une réelle attraction. Les gens nous suivent, prennent des photos, nous posent des questions… un vrai petit défilé ! Nous faisons partie des rares personnes à pratiquer encore la transhumance. Mais les moutons ne sont qu’une partie de notre activité, nous produisons des légumes également et entretenons des sols à l’aide de techniques variées.
 
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