Débats

« Smart City »? Ca veut dire quoi?

© DOF

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Le Forum « Smart City » s’invite à l’Hotel de Ville de Paris du 26 au 28 novembre


 
Un cycle de tables rondes entre politiques, philosophes, urbanistes et directeurs de grands groupes est organisé à Paris à la veille de la COP 21. Les thèmes abordés, entre citoyenneté et technicité, sont vastes. Et le président scientifique du forum n’est autre que Carlos Moreno, le grand « spécialiste du contrôle intelligent de systèmes complexes » (euh… nous non plus on ne comprends pas bien). Quoi qu’il en soit, il est connu par ses réflexions sur la ville « intelligente », durable et sensible.
 

Il est légitime qu’en ce moment même vous soyez en train de vous poser cette question : Mais qu’est ce que la « ville intelligente »?
Selon Moreno, « la smart city n’est pas une vie désincarnée et technocentrique mais un lieu d’espoir et de partage… Il ne s’agit en aucun cas d’une ville désinvestie de l’humain et de son urbanisme où son QI est proportionnel au silicium déployé. Ni d’une ville technocentrique, algorithmique, qui méconnaît sa complexité, sa diversité intrinsèque, ses quartiers, ses fractures sociales, économiques, culturelles, écologiques. » La smart city est une « ville vivante , territoire de vie, de brassage, d’espoir ».
 

Pour la maire de Paris, Anne Hidalgo, la smart city ne peut se résumer à un terrain d’expérimentation d’une technologie avant-gardiste. « Le Nord de l’Europe possède de nombreux quartiers, vitrines des progrès de ces technologies durables. Ils sont imbattables en question de gestion de déchets, d’énergie renouvelable, de transport collectif… Mais ces avancées ne peuvent se satisfaire d’en privilégier certains et d’en exclure d’autres. Il faut croiser les disciplines: technologiques, économiques, sociales… ». La technique doit être un moyen et non une fin. Elle doit être mise au service de l’humain et de ses usages.
Enfin, elle clôture son allocution par une parole sur la gouvernance. « Les destins du Grand Paris et de Paris sont liés. Nous devons nous donner la capacité de proposer un projet fédérateur. Le Grand Paris ne doit pas devenir un territoire d’affrontement politique et manichéen. Entre le noir et le blanc, toute une palette de nuances existe ».
 

Si vous n’avez toujours pas compris en quoi la smart city n’est pas une ville peuplée de drones dépollueurs d’air, de vélos électriques et de maisons perchées dans les arbres, voici quelques sujets abordés, bien plus concrets :
 

Vers un « bassin de vote » équivalent au « bassins de vie »


 
Fernando Nunes da Silva – vice-président de l’Association Internationale de Développement Urbain – rebondira sur la gouvernance selon un angle différent. Pour lui, une différence existe entre un « territoire démocratique » et un « territoire de vie ». Nous habitons chacun différents territoires, entre celui où l’on a grandi et où l’on vient encore visiter notre famille, celui où nous possédons une résidence principale, celui où l’on travaille… Or nous ne votons que dans un seul.
Pour Cynthia Fleury – philosophe chercheur au Muséum d’histoires naturelles – la ville est au coeur du processus démocratique. L’expression « élire domicile » en témoigne. Le citoyen doit se sentir souverain, posséder un pouvoir de « capability », pour développer un sentiment d’appartenance à un territoire. Pour que le sentiment identitaire se développe chez un individu, celui-ci doit avoir le sentiment de pouvoir agir sur son espace de vie. Mais la part d’invention réciproque entre l’individu et le territoire reste encore à inventer. Les nouvelles technologies pourraient permettre d’atténuer ce problème en offrant aux citoyens un outil de participation plus léger que la mise en place d’un nouveau système électoral.
 
Et si, au lieu de compter le nombre des pas, des applications permettant de participer à la prise de décision relative à l’espace public par exemple voyaient le jour? Le « digital citizen » serait-il le futur habitant de la smart city?
 

Vers la ville globale


 

« Le XIX° siècle était celui de l’empire, le XX°s, celui de l’Etat. Le XXI°s est celui de la ville ». Carlos Moreno insiste sur la notion de ville globale. Selon lui, il n’est plus possible de résonner à l’échelle d’une ville; c’est celle de tout un réseau qu’il faut aborder. « Avant il y avait d’un côté l’individu, de l’autre le groupe. Aujourd’hui nous faisons face à une situation d’individualisme connecté ». La coopération entre les villes lui semble primordiale. Les projets de commande groupés (achat de bus municipaux par plusieurs villes), de coopération entre start up (comme entre NY et Paris), d’aide financière aux villes du sud, d’échange de savoirs face à une situation donnée (aménagement de fleuves, anticipation de catastrophes, accessibilité…) sont, à ses yeux, des modèles à suivre. « L’aménagement de la Garonne à Bordeaux, le téléphérique de Medellin en Colombie, les outils de démocratie participative développés à Yokohama, le projet de solidarité aux personnes âgées mis en place à Barcelone… sont des références que l’on doit prendre soin de réadapter dans d’autres contextes. »
 
Les smart cities seraient-elles celles du dialogue, du partage, de la solidarité? Leur coalition leur donnerait-elle plus de pouvoir que les Etats?
 

Entre le centre et la périphérie se trouve le Saint-Esprit « mobilité »


 

C’est un fait, avec le temps, les inégalités sociales s’accentuent entre le centre et la périphérie. Pour pallier à ce problème, plusieurs solutions sont envisagées : créer des centralités secondaires, favoriser l’émergence d’une identité « périphérique », délocaliser (ou plutôt relocaliser) les administrations et les sièges de grands groupes, créer des campus universitaires hors des centres villes, valoriser les noeuds à grand potentiel de connectivité, amener la culture et les loisirs en périphérie…
Mais l’inégalité principale réside dans les transports, qui forment comme une barrière supplémentaire d’accès aux centralités. Plus le trajet à parcourir est long, plus le tarif est élevé, mais surtout plus le temps devient précieux. Le temps, cette valeur essentielle que l’on a tendance à oublier, est en réalité aussi nécessaire que l’oxygène de notre air. Alors que faire? Connecter mieux, rendre les transports plus rapides et confortables, équiper les trains de manière à ce qu’il soit possible d’y travailler… Si ce temps n’est pas « perdu », il s’agira toujours d’un temps « imposé ».
 
Les smart cities seront-elles celles où télé-travail est roi? Ou bien celles où le centre n’accueillera pas la grande majorité des emplois qualifiés?
 

Beaucoup de questions en somme, pour si peu de réponses… C’est normal, la construction des smart cities est en cours.
 
 
 

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