Portraits

La « methode Piano », la légèreté et la modestie

© cityproject

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Du 11 novembre au 29 février, la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris, met en lumière le travail inaltérable de l’éminent architecte génois Renzo Piano. Mais que dit on? Il ne s’agit en aucun cas de l’oeuvre d’un seul homme. C’est à tout un groupe, constitué selon les projets, que l’on doit l’effervescence réflexive, matrice du résultat.
 

Un outil


 
Renzo Piano est avant tout et dans l’esprit de tous, le père du Centre Pompidou, dont il partage la paternité avec Richard Rogers. A seulement 33 ans, il remporte ce concours colossal, qui l’éjectera prématurément dans la cours des grands architectes de son temps. Contrairement à nombreux de ses confrères, le style de l’architecte n’est pas identifiable d’un simple regard. Il se méfie du geste, du dessin, de l’esthétique prévalant au confort. Il abandonne vite l’esquisse pour modeler son outil de prédilection : la maquette, et ne se sent pas à l’aise avec l’informatique dont il estime que les rendus sont toujours biaisé. Un petit artisan et un grand bâtisseur en somme, qui a suivi les traces de son père après avoir achevé ses études d’architecture à l’Ecole Polytechnique de Milan.
 

Le Centre Georges Pompidou, Paris

Le Centre Georges Pompidou, Paris

Une méthode


 
Si la signature de Renzo Piano ne se lit pas dans la forme de ses édifices, elle réside dans le processus du projet. Son agence Renzo Piano Building Workshop porte bien son nom. 150 personnes de plus d’une vingtaine de nationalités sont réparties dans ses trois agences, à Paris, Gènes et New York. Le processus de création est collectif et chaque projet naît d’une exploration intellectuelle « collégiale ». Avant de prendre son crayon, l’architecte convie autour de lui ses associés, les ingénieurs, les clients. Pour bâtir les extraordinaires cases du centre culturel Jean-Marie-Tjibaou, à Nouméa en Nouvelle-Calédonie, il a fait appel à un anthropologue par exemple. Pour lui, comprendre la culture, le contexte, l’histoire d’un paysage, tant territorial que social, est primordial. Il confiera au Moniteur : « L’architecte ne peut se satisfaire d’une approche touristique. Il doit devenir new-yorkais, ougandais, kanak. » Avec humour, il décrit son « laboratoire » comme le village de Gaulois d’Astérix; il connait des disputes mais la cohésion est forte, de sorte qu’au final, la question de savoir qui a eu l’idée ne se pose jamais.
 
Le centre culturel Jean-Marie-Tjibaou, Nouméa

Le centre culturel Jean-Marie-Tjibaou, Nouméa

Des principes


 
L’architecte dit avoir toujours préféré la légèreté à la pesanteur. Inspiré par les navires, flottant dans l’eau, et les grues, flottant dans l’air, de sa ville natale, Gènes, il construit des structures à l’aspect aérien. A Oslo, il drape son musée d’art contemporain d’une toiture semblable à une toile de bateau.
 
Musée d'art contemporain, Oslo

Musée d’art contemporain, Oslo

Le travail des matériaux est également important à ses yeux. Il reflète l’identité d’un territoire, d’un terroir. A Kampala, il conçoit un centre de chirurgie pédiatrique entièrement bâti en pisé. En Ouganda, il édifie un hôpital à partir de matériaux traditionnels, la terre et à Nouméa, son centre culturel s’inspire des armatures de bois utilisées dans les constructions kanak.
 
La plupart des ses oeuvres sont des édifices publics. Renzo Piano affectionne particulièrement la dimension de « partage » à laquelle un programme donne naissance. Une bibliothèque, un auditorium, un musée… sont bien plus appropriables par une communauté qu’un édifice privé. C’est dans ces lieux que les mots « cité » ou « civilisation » prennent tout leur sens. Le très attendu du Palais de Justice de l’architecte, situé dans la ZAC de Clichy-Batignolles, illustre cette orientation.
 

Futur Palais de Justice de Paris

Futur Palais de Justice de Paris

Mais surtout, Renzo Piano, se caractérise par son approche « paysagiste ». Loin de parachuter un objet formel sur un terrain dont il est désolidarisé, l’architecte considère primordial de capter le « génie du lieu ». « Avant de dessiner un projet, il faut se balader sur le site les mains dans les poches et écouter le silence. Pour l’aéroport du Kansai, au Japon, nous sommes restés quatre heures en pleine mer là où il devait prendre place sur une île artificielle à créer ! Un bon architecte doit apprendre la modestie, un mot qui disparaît au moment même où il est prononcé, comme silence» confie t’il au Moniteur.
 

Une oeuvre?


 
Loin de nous l’idée de vous gâcher la plaisir, alors pour le découvrir, il ne vous reste plus qu’à courir à l’expo !
 
Extension de la chapelle Notre-Dame du Haut, de Le Corbusier, à Ronchamp

Extension de la chapelle Notre-Dame du Haut, de Le Corbusier, à Ronchamp


 
 
 

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