Portraits

De Toronto à Rio, la forêt urbaine est le coeur battant de la métropole

La forêt urbaine de Etobicoke, à Toronto © Sam Javanrouh

La forêt urbaine de Etobicoke, à Toronto
© Sam Javanrouh

« Infinies et mystérieuses, les forêts fascinent depuis des siècles. Mythes et légendes y plongent leurs racines, des contes de Perrault aux Mangas japonais. Aujourd’hui cernées, infiltrées ou recomposées par les mégapoles, elles stimulent un nouvel imaginaire ».
Extrait de l’exposition La ville fertile présentée à la Cité de l’architecture en 2011


 

Sur les talons de l’agriculture urbaine, la foresterie urbaine représente aux yeux de certains la nouvelle frontière de la planification urbaine. Pour d’autres, elle pourrait être l’élément manquant d’un avatar : la ville-forêt où se dresseraient d’élégantes tours végétales.
 

Comme son nom l’indique, une forêt urbaine est une forêt se trouvant en coeur de ville. Elle se différencie des « parcs urbains » par sa dimensions « sauvage » et son importance écosystémique, prioritaires devant les usages et les loisirs.
 

Qu’elles soient vestiges de boisements naturels ou forêts artificiellement replantées, les forêts urbaines éveillent depuis quelques années la curiosité des politiques.
Les arbres sont réputés pour purifier l’air, un service non négligeable en milieu urbain qui pourrait améliorer la santé et la longévité des habitants. Ils jouent également le rôle de tampons climatiques en fournissant de l’ombre et en refroidissant l’air par le phénomène d’évapotranspiration. L’hiver, ils réduisent les pertes de chaleur en protégeant les villes du vent, phénomène traduit par une baisse des factures d’énergie résidentielle. Les arbres favorisent également l’infiltration des eaux de pluie dans le sol et réduisent ainsi l’usure des infrastructure tout comme les coûts d’entretien destinés aux municipalités. Il faut savoir également qu’une très grande biodiversité a été recensée en ville, en comparaison aux territoires agricoles noyés de pesticides. Une forêt en coeur de ville représente donc le refuge idéal pour de nombreuses espèces. Enfin, les forêts urbaines peuvent produire des avantages économiques substantiels en augmentant la valeur du foncier avoisinant, en attirant de nouveaux investisseurs et de nouveaux visiteurs.
 

En France, de très rares cas existent puisque la majorité des forets sont considérées comme « péri-urbaines ». En revanche, au Canada, depuis que la première « stratégie sur la forêt urbaine » s’est tenue en 2006, plus de 20 municipalités ont développé des politiques forestières urbaines. Tout comme l’agriculture urbaine, la foresterie urbaine est bien plus que la traduction des pratiques de gestion « rurales » en milieu urbain. L’environnement urbain exige des nombreuses consultation avec les populations et les organisations locales. Ainsi, les principes forestiers classiques sont combinés à des outils de communication afin d’atteindre un large éventail de prestataires sociaux, écologiques et économiques. Pour répondre à la demande croissante de professionnels de la foresterie urbaine, de nombreux collèges et universités à travers le Canada et les États-Unis ont élaborés des programmes d’enseignement allant de la planification, à la gestion de données géographiques, la communication, la sensibilisation et la vulgarisation, en passant par la sélection, la plantation et l’entretien des arbres.
 

La skyline de Toronto depuis la canopée de Don Valley

La skyline de Toronto depuis la canopée de Don Valley

À l’instar de Tijuca, aux portes de Rio de Janeiro, les plus vastes forets urbaines sont transformées en réserves biologiques et placées sous contrôle satellite permanent afin d’éviter toute contamination urbaine. D’autres servent directement la ville, soit en la structurant par de nouveaux corridors écologiques, soit en régulant son climat comme à Tokyo. Théâtres de nouveaux usages urbains, ces forêts hybrides convoquent des gestions diverses et un vocabulaire adapté : lisière, sous-bois, strate, régénération…
 

Rio accueille la plus vaste foret urbaine du monde


 

La forêt de Tijuca, surplombe la ville de Rio depuis la colline qui accueille le Corcovado. Elle joue un rôle primordial dans l’équilibre écologique de la ville et assure l’approvisionnement de la métropole en eau. Après plusieurs étapes de prise de conscience sur son rôle fondamental, le gouvernement transforme le massif de la Tijuca en Parc National en 1961. Depuis 2000, il est considéré comme une Unité de Conservation et appartient au patrimoine mondial de l’UNESCO.
 

Le parc, recouvrant 3360 ha, est devenu une zone de loisirs prisée par les touristes et les habitants de Rio. Cet écrin de verdure est constitué d’une végétation secondaire, fruit de la reforestation commanditée par l’empereur Pierre II, quand il réalisa que l’exploitation intensive du café mettait en danger l’approvisionnement en eau potable de la capitale impériale.
 

Aujourd’hui pourtant, il est très difficile de contenir l’extension des zones habitées vers cette zones naturelles. En 2005, plusieurs favelas (bidonvilles) s’étaient déjà étendues en mordant sur les marges de cette zone protégée tandis que de nombreuses autres se rapprochaient dangereusement des limites de cette même aire.
 

La forêt de Tijuca à Rio de Janeiro

La forêt de Tijuca à Rio de Janeiro

Mais quand chez certains, la croissance démographique entre en concurrence avec une forêt urbaine déjà bien établie, chez d’autres elle est au coeur de nouveaux projets métropolitains.
 

La future Forêt Linéaire de Paris


 

Le projet de forêt linéaire s’étend d’Est en Ouest dans Paris, en reliant le canal Saint-Denis aux espaces verts de la Porte d’Aubervilliers. L’objectif est de former une continuité écologique au nord de Paris et ainsi, de protéger les habitants des nuisances sonores provenant du boulevard périphérique. En fermant les yeux, on imagine à travers le pare-brise un panorama exclusivement boisé, d’une route qui cisaille la forêt, comme au Canada. Peut-on réellement croire qu’un tel paysage puisse faire parti des « cartes postales » parisiennes?
 

C’est pourtant ce qui pourrait bien se produire ! D’une superficie de 11 250 m2 et longue de 300m, cette foret a été inaugurée en 2014. Mais il faudra attendre 15 ans pour avoir l’impression de se promener dans un sous bois en foulant ce ruban vert. Une partie est ouverte au public tandis que l’autre, surélevée et inaccessible accueillera une plus grande biodiversité.
 

Image de communication du projet

Image de communication du projet

L’innovation est à l’honneur dans le domaine de la foresterie urbaine ! Il faudra être encore un peu patient pour que les municipalités cueillent le fruit… de l’arbre.
 
 
 

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