Brèves

Les volumes résiduels de la Défense, une véritable ville souterraine à inventer !

© Jean Pierre Rey

© Jean Pierre Rey

A l’occasion d’une des visites organisées par l’Atelier International du Grand Paris dans le cadre de son évènement Grand Paris #Climat, nous avons visité les sous-sol de la Défense, un véritable dédale d’espaces vacants.
 

40 000 m2 de « vide » remplissent les soubassement de la dalle construite dans les années 80 sur les principes de la Charte d’Athènes. Ces volumes tampons, descendant jusqu’à -20m, sont les espaces résiduels provoqués par les infrastructures de transport, les structures de maintien de la dalle et les fondations du quartier de la Défense, où la séparation des fonctions se répercute sur l’espace. Un labyrinthe d’espaces perdus en somme, dont une partie devait accueillir le prolongement de la ligne 1 il y a 20 ans. Aujourd’hui il ne reste de ce projet qu’une « Gare Fantôme » qui devrait retrouver « prochainement » une nouvelle jeunesse en accueillant une station de la ligne 15 du métro du Grand Paris.
 

Quelle fut notre surprise quand la première salle secrète des intestins du quartier d’affaire nous fut ouverte! On l’appelle « La Salle du Monstre de Moretti ». Une énorme machine hybride, un croisement entre sculpture, peinture et installation sonore, occupe le centre d’une pièce de plusieurs centaines de mètres cubes. Elle fut nommée « le Monstre » par Joseph Kessel et transportée de l’atelier de Moretti, des Halles vers la Défense, en 1973. La dalle n’étant que partiellement construite, l’artiste bénéficiait à l’époque d’une ouverture au grand jour dans ce nouvel atelier. Puis, petit à petit la bête fut enfermée dans son cocon de béton. Aujourd’hui, au passage du métro, les parois se mettent à trembler tandis que l’on croirait entendre le mugissement du monstre.
 

L'architecte Dominique Perrault devant "le monstre de Moretti" © Jean Pierre Rey

L’architecte Dominique Perrault devant « le monstre de Moretti »
© Jean Pierre Rey

Puis, c’est vers la « Cathédrale » que nous fûmes conduits : un espace de 6 000 m2 de vide sur trois niveaux, encerclé par les infrastructures de transport. Simplement séparé par une paroi de la surface du rond point de la Défense, il s’oppose « Aux Bassins »: une succession de cavités que l’on longe par une passerelle et en relation direct avec le sol naturel.
Pris en étaux entre un ciel si proche mais impalpable et un sol naturel mais inculte, les passagers de ce voyage onirique sont dépossédés de tout repère. Certains anonymes ont pourtant foulé ce sol avant nous, déposant de-ci, de-là, la marque de leur passage. Les graffitis donnent vie aux murs ternes, des guirlandes de bidons semblent vouloir occuper ce grand vide glaçant et certaines pièces de ferraille sont assemblées en sculptures dignes de César.
 

La "Cathédrale" © Jean Pierre Rey

La « Cathédrale »
© Jean Pierre Rey

© Jean Pierre Rey

© Jean Pierre Rey

Il y a donc une vie dans ces sous-sol fermés au public depuis toujours ? A cette idée, l’image d’une « Métropolis » s’impose d’elle même : au dessus, les cadres et les sièges des grands groupes de notre pays, au dessous, les marginaux et les oubliés de la société. Un article du journal Street press paru le 8 juin dernier avait retracé le quotidien de plusieurs de ces habitants de l’ombre. « Dans ce dédale, les marginaux respectent une sorte de cartographie informelle. Chacun a sa place bien définie. (Les) polonais, par exemple, squattent en groupe, le long de la route souterraine appelée « voie des Sculpteurs », en face de la tour Total. (…) Eric a choisi un parking en travaux, peu fréquenté, pour « être tranquille ». On croise aussi des femmes seules, des sans-papiers, des camés…. »
 

Mais quel est le devenir de ces espaces perdus (pas pour tout le monde)? Comment tirer profit du moindre espace inexploité de la ville? Comment densifier le tissu urbain et construire la ville sur elle même pour endiguer son étalement? Les méandres souterrains de la Défense constituent le terreau idéal pour expérimenter les préceptes du Grand Paris. Plusieurs projets sont à l’étude. « Défacto », l’établissement pulbic de gestion du quartier de la Défense, travaille depuis 3 ans à l’exploration et à la modélisation 3D de ces sous-sol ignorés. L’objectif est d’intervenir avec l’EPAD (l’établissement public d’aménagement et de développement) sur les espaces les plus facile d’accès pour attirer d’éventuels investisseurs et amorcer un processus de réappropriation complet. L’appel à projet lancé en 2014 a retenu l’idée d’un réseau de restos et d’un espace de co-working et d’évènementiel. « Le quartier, fruit d’une idéologie fonctionnaliste, a été construit de manière à ce que la diversité n’existe pas. Le dessus, siège des oeuvres d’art et des gestes architecturaux, s’oppose au dessous où résident les circulations, les livraisons et les poubelles. La diversité économique du quartier est très pauvre tandis que la diversité des usagers est grande. On recense 20 000 habitants et 17 000 étudiants en plus des 120 000 travailleurs quotidiens. La priorité est d’animer ce quartier pensé uniquement pour travailler, d’y amener la qualité de vie ainsi que les services manquants » déclare Marie-Célie Guillaume, directrice générale de Défacto. Ainsi, bars à vins, restaurants étoilés, bistrots-gastro, data-centers, scènes artistiques et fermes souterraines devraient fleurir entre les profondeurs et la surface.
 

Dominique Perrault, l’architecte de la Bibliothèque Nationale de France, présent à cette visite guidée s’enthousiasme. « Il est étonnant de remarquer que les sous-terrains ne se trouvent pas connectés aux tours de surface. Les lignes de transport circulaires fonctionnent comme une muraille infranchissable qui sépare, en surface, le quartier du reste du tissu urbain et en sous sol, les 40 000 m2 d’espace vacants d’un hypothétique accès aux tours. C’est bien de penser au programme comme le fait Defacto, cela permet de conjurer l’idée négative et glauque que l’on se fait des souterrains. Mais le potentiel réside dans la connexion et la mise en réseau entre cet espace perdu, futurs espaces publics, et les tours, espaces privés par excellence. De plus, il est positif de penser que le domaine d’extension de la lutte est grand, puisque l’on peut encore creuser plus profondément! »
 

Serait on alors en train de passer de l’ère du « sky scraping » à celle du « ground scraping »? Pour illustrer cette tendance, un article sur l’architecture souterraine vous sera présenté très prochainement dans Lumières de la Ville !
 
 

Pour suivre la suite de l’évènement Grand Paris #Climat de l’Atelier International du Grand Paris, n’hésitez pas à aller faire un tour sur leur site : http://www.grandparisclimat.fr/
 
 

En attendant, on vous conseille de garder la tête dans les nuages plutôt que de faire l’autruche.
 

© Jean Pierre Rey

© Jean Pierre Rey


 
 
 

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