Brèves

La rue de la Fontaine au Roi, une histoire d’eau

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Aujourd’hui célèbre pour avoir été la scène d’un abominable crime, la rue de la Fontaine au Roi fut déjà associée à des bains de sang par le passé mais elle permis également l’approvisionnement de la capitale en eau salvatrice.
 

Son nom vient d’un réseau d’aqueducs qui alimentait Paris en eau. La rue, située entre les hauteurs de Belleville et le Faubourg du Temple, permettait d’affréter le précieux liquide par ses souterrains vers les points bas de la ville. Il faut savoir que le plateau de Belleville est coiffé d’une couche sableuse qui repose sur une sous-couche de marnes imperméables. Dès l’époque romaine, l’eau, retenue par le couche argileuse, fut recueillie par des drains de pierre enterrés.
 
Ce n’est que vers l’an mille que les moines de Saint-Martin-des-Champs (abbaye située à proximité de l’actuel Conservatoire des Arts et Métiers) rendirent réellement effectif le captage de cette eau autour des rues de la Mare, des Cascades et des Savies. On peut encore observer un des vestiges de cette époque, le regard Saint-Martin, utilisé pour entretenir l’aqueduc souterrain et prélever l’eau. Par la suite, des systèmes analogues furent mis en place vers le Pré-Saint Gervais et à Ménilmontant. Sur décision de Philippe Auguste, l’eau fût rendue accessible aux habitants par les dos fourbus des porteurs d’eau et un réseau de fontaines. Le système resta le seul à approvisionner la rive droite jusqu’à la première installation en 1603 de la pompe de la Samaritaine qui affréta l’eau de la Seine et au captage des eaux de l’Ourcq, décidé par Napoléon. En 1669, sur 35 fontaines, 9 étaient encore alimentées depuis les hauteurs de Belleville.
 

La partie la plus ancienne de la voie est dénommée « chemin du Mesnil », sur le plan de Gomboust de 1652. Selon le dictionnaire des rues de Paris de Jacques Hillairet, elle fut prolongée, de la rue Saint Maur jusqu’au boulevard de Belleville, peu avant 1914. Le plan de 1750 la dénomme rue des Fontaines au Roi, ce qui laisse supposer qu’elle abritait un aqueduc sous ses pavés. En 1792, elle devint rue de la Fontaine Nationale, puis rue Fontaine de 1806 à 1814, date à laquelle fut rétabli son nom d’origine.
 
C’est rue de la Fontaine au Roi que tomba la dernière barricade de la Commune, qui eut lieu du 18 mars 1871 jusqu’à la « Semaine sanglante » (21 au 28 mai 1871). La tentative d’implication révolutionnaire menée par les ouvriers pour assurer la gestion des affaires publiques prit donc fin sur ses pavés, tachés de ce sang qui sèche vite en entrant dans l’histoire.
 
Aujourd’hui c’est le sang de la jeunesse parisienne et festive qui la recouvre, lavé par l’eau des pleurs de toute une nation.
 

23 juin 1848. Prise de la barricade de la rue Fontaine au Roi et du Faubourg-du-Temple. Par François-Ignace Bonhommé. (©Histoire par l'image — Musée d'art et d'histoire, Saint-Denis (93).

23 juin 1848. Prise de la barricade de la rue Fontaine au Roi et du Faubourg-du-Temple. Par François-Ignace Bonhommé.
(©Histoire par l’image — Musée d’art et d’histoire, Saint-Denis (93).


 
 
 

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