Brèves

Hommage à Matthieu Giroud, contributeur éclairé de la revue Métropolitique, décédé en ce 13 novembre macabre

Disneyland Paris  © Tom Bricker/Flickr

Disneyland Paris
© Tom Bricker/Flickr


 

« Nous avons appris avec stupeur le décès de Matthieu Giroud, victime de l’attentat du 13 novembre. Matthieu était un chercheur brillant, spécialiste des transformations urbaines et des processus de gentrification. Il était aussi un passeur, traducteur de textes fondamentaux de la pensée critique en géographie. Pour nombre d’entre nous, il était surtout un collègue et un ami et nous avons tous le cœur lourd. Il est parti beaucoup trop tôt. Nous avons choisi de publier à nouveau son premier article écrit dans Métropolitiques en hommage à sa pensée et sa créativité. Nous adressons nos plus sincères condoléances à sa famille » écrit la revue Métropolitique. Lumière de la ville partage leur tristesse et relaye cet hommage.
 
 

Les rêves urbains du capitalisme


Par Matthieu Giroud
 
La ville transformée en marchandise serait devenue l’un des piliers d’un ordre social et urbain occultant les oppressions, contenant les utopies et leurs élans révolutionnaires. Marc Berdet raconte l’histoire de cette transformation progressive, pour mieux en faire la critique.
 
Comment la ville-marchande s’est-elle progressivement muée au cours des trois derniers siècles en ville-marchandise ? Telle est la question que pose le sociologue Marc Berdet dans un essai critique stimulant et original, Fantasmagories du capital. L’invention de la ville-marchandise. Walter Benjamin aurait élaboré la notion de fantasmagorie pour « faire du monde imaginaire du capitalisme un objet privilégié de la théorie critique » (p. 9). Pour Marc Berdet, ce sont en effet de multiples fantasmagories du capital qui, depuis un peu plus de deux siècles, contribuent à l’invention de la ville-marchandise, à savoir une ville qui pour mieux vendre et faire consommer se mue elle-même en marchandise. Il s’agit moins dans cet ouvrage de considérer la ville comme un produit de consommation pris dans le tourbillon d’un marché urbain international, et dont il faudrait à tout prix faire la publicité, la promotion et le marketing, que de penser la ville, ou plus précisément certains de ses lieux, comme des mondes dédiés à la glorification de la marchandise.
 
Celle-ci se décline dans la topographie de ces lieux (dans les plans des parcs de Disney ou des grands centres commerciaux), dans leur morphologie (l’exemple de Big Duck, un restaurant en forme de canard, bâti en 1931 à Long Island), mais aussi dans les univers oniriques parallèles auxquels ils donnent naturellement mais sélectivement accès. Car pour Marc Berdet, les fantasmagories du capital sont des « lieux clos saturés d’imaginaires », des « rêvoirs collectifs » qui seraient « communs aux visiteurs des Expositions universelles du XIXe siècle, aux joueurs captivés par les néons de Las Vegas au XXe siècle et aux badauds fascinés par les galeries commerciales du XXIe siècle » (p. 8). Les fantasmagories du capital sont à la fois des lieux géographiquement situés, dont l’emblème contemporain serait le centre commercial, et leurs avatars a-géographiques et fictifs, que leurs concepteurs font planer dans et par delà les têtes des usagers.
 
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