Portraits

Histoires du Bataclan, lieu de fête avant le deuil

Bataclan_theater,_Paris_January_2011
 

“J’étais aimable, élégante”


 
J’étais aimable, élégante,
Et jadis
Je brillais, jeune et charmante,
A Paris !
Je régnais en souveraine,
Mes beaux yeux
Me donnant une douzaine
D’amoureux !
Qui me rendra le ciel de ma patrie ?
Qui me rendra ma gaîté, ma folie,
Et les amours
De mes beaux jours ?
Adieu, chants de ma jeunesse,
Que ma voix
Murmurait avec ivresse
Autrefois !
Adieu, mes rêves d’enfance !
Plus d’espoir !
Je ne dois plus, pauvre France,
Te revoir !
Qui me rendra le ciel de ma patrie ?
Qui me rendra ma gaîté, ma folie,
Et les amours De mes beaux jours ?

 
Voici les paroles de l’une des chansons de l’opérette Ba-ta-clan d’Offenbach, qui donna son nom à la désormais tristement célèbre salle de spectacle parisienne. Ces paroles, poignantes dans le contexte des derniers jours, sont tirées d’une chinoiserie musicale farfelue en un seul acte. La comédie y présente trois usurpateurs et un plouc avide de pouvoir, dont le ridicule met à terre l’aura des grands opéras et la noblesse de Napoléon III. Ôde aux plaisirs, cette allégorie de la vie parisienne dont Offenbach est si fier, est dépeinte sous les traits de l’abondance, de la démesure et de la débauche.
 
Edifiée en 1864 par l’architecte Charles Duval, le Bataclan fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 11 mars 1914. Il s’inscrit aujourd’hui tristement dans l’histoire et dans les mémoires de tous les parisiens. Durant le nuit macabre du 13 novembre, plus de 80 personnes y laissèrent leur âme. Ses murs aujourd’hui tachés de sang ont essuyé les affres du temps, capturant dans leurs pierres les rires, les mélodies et les flammes des évènements.
 
o-BATACLAN-570
 
L'intérieur du Bataclan, vers 1865

L’intérieur du Bataclan, vers 1865


 
Après un incendie en 1933, le bâtiment perd son allure de pagode chinoise. La programmation originellement consacrée aux revues montées est abandonnée et l’édifice est transformé en cinéma. Les planches qui auront offert à Maurice Chevalier ses premiers succès se taisent alors, écrasées par l’essor du cinéma parlant. Le bâtiment original est partiellement détruit en 1950 pour se conformer aux nouvelles normes de sécurité en vigueur. En 1969, le cinéma ferme ses portes.
 
Dans sa dernière incarnation, la salle de spectacle prend l’apparence d’une salle de concerts Rock ‘n’ Roll et devient un haut-lieu post-punk des années 80. Joël Laloux, le programmateur de la mythique salle, a su surfer sur la vague de l’émergence de nouveaux styles musicaux et participa à la construction de l’identité du lieu : « De Bashung à Joan Baez, de Jane Birkin à Cesaria Evora, de Lou Reed à Jean Guidoni, de Prince à NTM, de Telephone à Oasis ou Djamel Debbouze, artistes et groupes qui ont marqué l’époque se sont produits au Bataclan, où l’on se presse, dans une chaleur d’étuve » écrivent les journalistes Véronique Mortaigne et Nathalie Guibert.
 
Depuis 2004 et jusqu’au 11 septembre 2015, la Bataclan est dirigé par Jules Frutos et Olivier Poubelle qui y développent une activité éclectique laissant place aux spectacles, café-théâtre, discothèque, mais surtout aux concerts. En 2006, la façade de l’édifice retrouve les couleurs originales qu’elle avait perdues depuis bien longtemps. Elle sert de théâtre à de nombreux meetings de campagnes et accueille Jean-Pierre Chevènement, Edouard Balladur, François Hollande… Après que les mitterrandistes y aient fêté les dix ans de pouvoir socialiste, des intellectuels y soutiennent Ségolène Royal…
 
Un lieu à l’histoire multiple donc, dont les lignes de l’avenir sont encore à écrire.
 
 
 

Commenter l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Je déclare avoir pris connaissance et avoir approuvé la Charte de modération et j'accepte que ma réaction soit publiée sur le site Lumières de la Ville.