Brèves

Les «Terrasses des Cèdres», une tour forêt qui plonge sur le lac et a pour skyline les Alpes

© Stefano Boeri Architetti

© Stefano Boeri Architetti

C’est à Chavannes dans l’ouest lausannois que le milanais Stefano Boeri bâtira la tour des Cèdres, dont il a dévoilé mardi le visage au public. L’architecte s’intéresse surtout dans ses recherches aux contraintes relatives au changement climatique et à la mutation d’un territoire. Après avoir signé à Milan « El bosco verticale » (Le bois vertical), deux immeubles forêts dont il se sert comme « prototype », Boeri perfectionne le concept en offrant à la Suisse sa première tour végétale.
 

Adepte des défis et des prouesses architecturales, l’architecte se détache de ses projets types, en suspens au dessus de l’eau, pour aller conquérir les airs. Bien loin de la la Villa Méditerranée à Marseille (un projet très décrié par la population) et de l’ex-arsenal de La Maddalena en Sardaigne, la tour des Cèdres appelle toutefois au débat. Couverte de terrasses et de loggias, la tour devrait accueillir plus de 80 arbres d’essence lémanique (cèdres, chênes verts, érables…), qui pourraient atteindre jusqu’à 12 mètres. Des bacs de 3 mètres sur 3, et de 1 mètre de profondeur seront intégrés sous chaque terrasse afin d’accueillir les précieuses essences. Ces pots de 9m3 seront irrigués grâce aux 500 m3 annuels d’eau de pluie et d’eau «grise» récupérées.
 
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Face à de tels arguments, certains sont septiques. Gaétan Genetti, paysagiste indépendant à Lausanne et « Monsieur Jardinier » de la Radio romande, confient au journal 24h : «Ce ne sont pas des conditions optimales pour de grands arbres. Entre le volume racinaire réduit qui obligera à l’utilisation de fertilisants – on prévoit entre 10 et 15 m3 de terre pour les arbres urbains -, la température élevée renvoyée par le bâtiment, et le vent, ils seront soumis à un stress permanent.»
Autant d’arguments qui remettent en cause la durabilité du projet, qui pourrait s’avérer «faussement écologique». Gaétan Genetti dit pourtant «adorer ce genre de défis qui font avancer la cohabitation entre l’habitat et la nature. Mais on ne pourra jamais recréer un habitat équilibré, un vrai milieu naturel, dont la base même est le sol de terre végétale avec toute une microfaune, sur un immeuble.»
 

Hormis ce petit détail pour le moins embarrassant, le projet a la qualité d’avoir été pensé en fonction du paysage qui l’accueille. Le bâtiment, de 15m de large, 52m de long et 117m de haut offre une transparence précieuse pour ses observateurs, où qu’ils se trouvent. Tournée vers le grand paysage, la tours joue sur le double regard, sur la liaison entre panorama intérieur et extérieur. De plus, ce projet rappelle l’histoire du lieu puisque d’anciennes pépinières couvraient le quartier.
 

« A Chavannes, c’est une tour solitaire, qui plonge sur le lac et a pour unique skyline les Alpes! » déclare son père concepteur.
A l’inverse de ses deux tours milanaises, qui baignent dans un contexte urbain atteint par le « syndrome de la tour » depuis les années 60 déjà, la tour de Chavannes sera l’unique bâtiment à s’ériger dans le paysage, tel un nouveau totem pour la ville. Son dernier étage sera accessible au public et accueillera des restaurants ou cafés. Le socle du bâtiment servira également d’espace public et offrira des services tels que ceux d’une banque, d’une poste, d’une bibliothèque et de commerces.
 

Amener de la végétation et de la biodiversité à plus de 100 mètres du sol est le pari fou de nombreux architectes avant-gardiste, mais n’est-ce pas une utopie ?
 
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