Brèves

Aux Etats-Unis, une ville test, sans aucun résident, devrait voir le jour

© Pegasus Global Holdings

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C’est sur un terrain situé entre l’actuelle zone d’essai atomique et la frontière mexicaine que la société de télécommunication et de transport Pegasus Global Holdings bâtira sa ville expérimentale.
 

CITE (« Center for Innovation Testing and Evaluation ») servira de terrain d’essai aux agences fédérales de transport, de l’énergie, aux ONG, aux universités et organismes de recherche autant qu’aux industriels désireux de tester leurs produits ou protocoles dans de réelles conditions. Une City-Lab en quelque sorte, qui accueillera le jour les nombreux travailleurs de chaque institutions, mais la nuit aucun résident. Une ville comme un studio de cinéma, qui grouillerait d’employés le jour, et serait désertée la nuit tombée.
 

© Pegasus Global Holdings

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Prévue pour accueillir 35 000 « passagers », soit l’équivalent de villes comme Draguignan ou Lens, cette cité fantôme devrait couter près d’un milliard de dollars à construire. Tous les éléments de la recette « construire une ville » sont au programme: un centre (et par extension une banlieue pavillonnaire), un quartier d’affaire, une mairie, une église, un commissariat, une autoroute et même un petit aéroport régional. En périphérie, des complexes industriels sont prévus ainsi que de vastes zones agricoles sur le pourtour. L’ensemble du projet pourrait ainsi s’étaler sur près de 39 km². Un découpage en trois zones : urbaines, périurbaines et rurales, ultra classique donc pour une ville se vantant d’être une sorte d’incubateur de la ville du futur et de servir de terreau fertile à la recherche en urbanisme… Rien de novateur dans l’armature urbaine puisqu’aujourd’hui « réinventer la ville » se limite à innover en terme de gestion de la ressource eau où de la production d’énergie verte à partir de différentes sources (biomasse, solaire, éolien et géothermie).
 

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Si cette ville n’est pas habitée peut on réellement la qualifier de ville? Cette zone de transit géante, pulsative, rythmée par les flux pendulaires travail-domicile, permettra t’elle le déploiement de techniques d’appropriations de l’espace ainsi que la formation de repères spatiaux et de rapports sociaux inhérents à l’urbanité? Est-il possible d’habiter une ville où l’on ne fait que travailler, sans y faire ses courses, sans s’y détendre le week-end, sans y promener son chien? Ne sommes nous pas là en train de construire un n-ième « non-lieux », ces espaces de passage interchangeables où l’humain reste anonyme et où le travail (et non pas la consommation cette fois) remplace les rapports sociaux ? Ne sommes nous pas en train de passer de « la ville dortoir » à « la ville bureau », où la mono-fonctionnalité des usages entraine la mort de la ville ?
 

Si cette « ville » n’accueille pas de riverains, c’est, selon les promoteurs du projet, pour pouvoir tester les inventions en toute sécurité. L’exemple avancé est celui des essais de véhicules intelligents sans pilote et de centaines de drones qui pourront sillonner les rues et le ciel sans risques. Ces essais n’auront-ils lieu que la nuit? Et comment améliorer un produit testé dans un désert des conditions non représentatives, sans piétons peu vigilants, ni arbres ni pluie?
 

Le concept de ce projet, dont le lancement est prévu pour 2018 nous échappe encore…
 


 
 
 

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